Où :
Grand Amphithéâtre de la Société de Géographie
184 boulevard Saint Germain 75006 Paris
La soirée en deux mots
Anthropologue et célèbre auteur du Serpent cosmique, Jeremy Narby, inaugure la nouvelle saison des conférences de l’INREES lors de cette grande soirée d’exception en venant nous parler des passerelles qui existent entre la science et les savoirs des peuples indigènes. Plongée au cœur de l’intelligence de la Nature.
Dédicace : Jeremy Narby dédicacera ses livres à l’issue de la conférence. Les ouvrages de Jeremy Narby seront vendus lors de la soirée au profit de l’INREES.
Jeremy Narby
Jeremy Narby, extrait du documentaire "Other Worlds"
Docteur en anthropologie de l’université de Stanford (Etats-Unis), Jeremy Narby est, depuis 1989, directeur de projets amazoniens pour l’ONG suisse Nouvelle Planète qui œuvre afin de soutenir les initiatives des peuples indigènes de l’Amazonie. Il s’agit de les aider à défendre leurs territoires et leurs connaissances. Par ailleurs, il cherche à agir comme diplomate entre les systèmes de savoir, avec une approche bi-cognitive et autocritique, convaincu que multiplier les angles d'approche permet de mieux cerner la nature complexe de la réalité. Cette voie, de son propre aveux, est longue à maîtriser, mais peut enrichir la réflexion sur des questions de base telle que qu'est-ce qu'une plante ?
Il a notamment écrit Le Serpent cosmique, l’ADN et les origines du savoir (publié en douze langues), Chamanes au fil du temps (coécrit avec Francis Huxley), et Intelligence dans la nature, en quête du savoir. Il est né le 23 octobre 1959 à Montréal, Canada. Il est marié, a trois enfants et vit dans le Jura suisse.
Trois questions à Jeremy Narby
La science occidentale a-t-elle des choses à apprendre d'autres savoirs traditionnels ?
Jeremy Narby
La plupart des définitions de la "science" se centrent sur la falsification d’hypothèses. Claude Lévi-Strauss a montré dans son livre La pensée sauvage que les humains observent la nature méthodiquement et testent des hypothèses depuis des millénaires. C’est ainsi que nos ancêtres ont domestiqué les plantes et les animaux, et développé la céramique, le tissage et la métallurgie. La civilisation repose donc sur des millénaires de science néolithique. Actuellement, le savoir des chamanes peut compléter la science moderne en l’aidant à faire sens des données qu’elle génère. Le chamanisme peut fonctionner comme un contre-champ à la science, permettant de "revoir sous un autre angle". Désormais les chamanes et les scientifiques s’accordent à reconnaître une unité sous la surface de la diversité de la vie. Nous savons maintenant que nous faisons partie de la nature. Mais les conséquences de cette idée ne sont pas encore développées dans les cultures occidentales. Les chamanes peuvent nous aider à comprendre notre parenté avec les autres espèces, et, par là, notre humanité.
Comment avez-vous été convaincu que le savoir auquel les peuples amazoniens ont accès n'est pas "imaginaire" ?
Les amazoniens ont un savoir extensif concernant les propriétés des plantes, et la sophistication de certaines de leurs recettes ne peut être expliquée par tâtonnement aléatoire. Par ailleurs, ils attribuent une bonne partie de leur savoir aux visions de leurs chamanes. J’ai essayé les plantes hallucinogènes que ces derniers utilisent pour constater leur efficacité. Tout cela m’a mené à considérer que l’imagerie interne d’un chamane peut être la source d’un savoir vérifiable. Les données d’un chercheur comme Benny Shanon tendent à le confirmer (voir son livre The antipodes of the mind : charting the phenomenology of the ayahuasca experience). Mais ce n’est qu’une hypothèse, qu’il s’agit de tester à de multiples reprises. Des investigations complémentaires sont nécessaires. Nous ne sommes qu’au début d’une compréhension, et les certitudes ne sont pas très utiles en l’occurrence.
Qu'est-ce qu'une plante ?
D’après la recherche scientifique actuelle, les plantes sont des êtres vivants sensibles, qui perçoivent toutes sortes d’événements et de réalités autour d’elles, et qui utilisent cette information à bon escient. Ce sont des organismes intelligents, à même de communiquer entre elles, surtout par voie chimique. Comme nous, les plantes sont faites de cellules. Et il s’avère que les cellules d’une plante communiquent entre elles en utilisant de nombreux signaux moléculaires identiques à ceux qui sont utilisés par nos propres neurones. Une plante n’a pas de cerveau, mais l’ensemble de son organisme agit comme un cerveau. Chez les peuples indigènes de l’Amazonie, les plantes sont considérées comme des « personnes », avec qui nous avons une parenté.