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PUBLIÉ LE 08/09/2011
  • Virginie Gomez
    Auteur
Magazine » Enquêtes

11/9 : que nous a-t-il appris sur le psychisme humain ?

Dix ans se sont écoulés depuis les évènements du 11 septembre 2001, dix ans au cours desquels l’impact psychologique de ce drame a fait l’objet de nombreuses études. Certaines se sont penchées sur des aspects inexpliqués du psychisme humain. Le 11 septembre a-t-il donné lieu à des phénomènes extraordinaires ? Des gens ont-ils vraiment eu la prémonition de ce qui allait se produire, ce matin de septembre 2001 ?

Le 11 septembre 2001 fut pour des dizaines de millions de gens de par le monde un intense choc émotionnel. Dix ans après, les blessures et les souvenirs restent encore très vivaces, comme le montrent les nombreux témoignages de proches des victimes diffusés ces derniers jours. Cet événement a profondément marqué la psychologie collective, plus peut-être qu’il n’a bouleversé les grands équilibres géopolitiques.


Perceptions spontanées


C’est aussi un événement qui a donné lieu à beaucoup de récits d’expériences de perception extrasensorielle spontanées (expériences PSI). En effet, il suscita le plus grand afflux de témoignages jamais enregistrés par le Centre Rhine de recherches en parapsychologie, spécialisé dans leur collecte. « J’ai reçu des dizaines d’appels et d’e-mails dans les semaines et les mois qui ont suivi, de gens qui décrivaient des expériences semblant annoncer ces événements terribles » écrit la directrice exécutive du centre Sally Rhine Feather dans The Gift, publié en 2005.

« Beaucoup firent à ce sujet des rêves intenses et dramatiques. D’autres rapportèrent avoir eu en état de veille des intuitions étranges ou encore des sensations physiques indiquant que quelque chose ne tournait pas rond. » Dans le livre qu’elle co-écrit avec Michael Schmicker, elle relate le récit de Marie, intitulé : Le Feu au Pentagone.

Agée d’une quarantaine d’année, Marie vivait à l’époque des faits en Caroline du Nord. Quelques semaines avant l’attaque, elle et son mari ont passé des vacances à Washington. « Quand nous sommes sortis de la ville, c’est mon mari qui conduisait » dit-elle à Sally Rhine Feather. Assise à côté de lui, Marie somnolait. Son mari lui dit alors: "Au prochain tournant, tu devrais avoir une bonne vue sur le Pentagone, car notre route passe juste à côté." J’ai ouvert les yeux et quand j’ai regardé vers la droite, je l’ai vu. Mais des panaches d’épaisses fumées noires s’en élevaient, d’énormes nuages de fumée. Je ne voyais pas de feu, mais de la fumée, comme si une bombe avait explosé. »

Marie poussa un cri de surprise et frappa des deux mains le tableau de bord. Son mari crut qu’elle voulait le prévenir d’un risque d’accident imminent. Mais il n’y avait pas grand monde sur l’autoroute, et aucun véhicule à proximité immédiate de leur voiture. « J’ai véritablement senti un danger, même si nous étions sur l’autoroute, à plusieurs kilomètres du Pentagone, expliqua Marie par la suite. Je pensais qu’il était en feu. Mon mari m’assura que non, et je réalisais effectivement qu’il ne l’était pas. Cela ne dura que quelques secondes, et s’arrêta aussi soudainement que ça avait commencé. »

L’expérience plongea Marie dans le trouble et la confusion. Si elle avait déjà eu des expériences PSI, c’était la première fois qu’elle « voyait » une chose qui ne se trouvait réellement devant ses yeux. A cet égard Sally Rhine Feather incite à la prudence dans l’emploi du terme hallucination : certaines donnent en effet lieu à des fantasmes, des déclarations pleines de non-sens et sont souvent le fait de gens malades. « L’hallucination de perception extrasensorielle en revanche est source d’information factuelle, précise, qui peut par la suite être vérifiée. Elle est vécue par des gens normaux, sains d’esprit et en bonne santé, comme Marie. »


Les prémonitions à l’étude


Les prémonitions constituent un phénomène qui a souvent été étudié. Des centaines de recherches ont donné des résultats statistiquement significatifs. Parmi les plus connus, on peut citer les travaux du Maïmonides Hospital de New York sous la direction de Montague Ullman et Stanley Krippner, ou encore ceux du Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR) de l’Université de Princeton qui concluent que l’homme dispose de cette capacité, dans certaines circonstances, de pressentir la survenue d’événements futurs, de manière non-conventionnelle. Cela s’est-il vérifié lors du 11 septembre ?

L’élément nouveau en ce début de millénaire est l’utilisation massive d’internet. Le 11 septembre 2001 a donné au chercheur Dean Radin l’occasion d’employer cet outil pour l’étude des perceptions extrasensorielles, ceci afin de déterminer si des effets de masse sont perceptibles.

C’est un site qu’il avait lui-même créé qui lui a fourni les données de base nécessaires. Il permettait à l’utilisateur de tester ses capacités PSI grâce à divers exercices. Dans l’un des tests, il fallait décrire une photo qui serait par la suite aléatoirement choisi par l’ordinateur. « Le test consistant à proposer une description visuelle, je me dis qu’il serait intéressant de voir si des prémonitions du 11 septembre n’avaient pas infiltré spontanément les essais des utilisateurs » explique-t-il dans son livre Entangled Minds.

Effectivement, il identifia quelques descriptions particulièrement saisissantes. Celle-ci par exemple, fut écrite par un certain Sean, au matin du 11 septembre, avant la catastrophe, dans une série de trois essais successifs : (1) - un avion de ligne vu de l’arrière gauche sur fond de nuages orageux, des traînées de nuage, des objets ovales, 2 personnes – (2) d’abord une libellule ? ensuite une branche suggérant les Everglades, puis une scène très rapide et dynamique de chute entre deux grands immeubles, derrière des fenêtres en damiers.

Ces descriptions, et d’autres de la même tonalité, incitèrent Dean Radin à approfondir ses recherches. Car les prémonitions appellent plusieurs interrogations, dont celle-ci : Pourquoi ne sont-elles pas plus nombreuses avant des catastrophes aussi terribles que le 11 septembre, ou des désastres aussi massifs que le tsunami de décembre 2004 ? Dean Radin mit en évidence un étrange effet : il est possible qu’à l’approche du désastre, inconsciemment, nous nous coupions de nos capacités intuitives. Pour nous protéger.

Le chercheur commença par examiner les données de tous les essais de précognition en ligne entre le 2 septembre 2000 et le 30 juin 2003, soit 428 000 tentatives faites par quelque 25 000 personnes. Il en retint 256 000 dont il compara les mots à une série de neuf concepts associés au contexte chaotique du 11 septembre : avion, tomber, exploser, feu, attaque, terreur, désastre, Pentagone, fumée. « Je voulais ainsi voir dans quelle mesure les mots fournis par des centaines d’utilisateurs chaque jour correspondaient à ces concepts » explique Dean Radin.

A sa grande surprise, cette analyse montra qu’à l’approche du 11 septembre, la courbe tombait à son minima sur les trois années étudiées. « Au lieu de croître en valeur, ce qui aurait été prévisible si beaucoup de gens avaient soudain eu des prémonitions spontanées du désastre qu’ils auraient exprimés sans le savoir dans les essais de précognition en ligne, les scores chutèrent significativement à l’approche du 11 septembre ».

Cela pouvait fort bien être une coïncidence. Il étudia donc une autre série de tests PSI en ligne, impliquant cette fois une série de cartes à deviner, et repéra le même type d’effet. « Sur 17 millions d’essais d’août 2000 à juin 2004, une baisse significative des performances fut observée avant le 11 septembre. La probabilité que deux tests en ligne indépendants l’un de l’autre montrent tous deux de fortes tendances négatives avant la même date signifiante est de une sur 1,8 million. De quoi écarter la possibilité que nous ayons affaire à une simple coïncidence ».

Selon Dean Radin, bien que spéculatifs, « ces résultats suggèrent que durant les jours qui ont précédé le 11 septembre, bien des gens ont inconsciemment évité leurs perceptions extrasensorielles pour supprimer la conscience d’un désastre imminent ». Autrement dit, durant la période qui a précédé le 11 septembre, beaucoup de gens ont commencé à sentir inconsciemment le problème en gestation, mais ces sentiments étant détachés de tout contexte, ils ont été refoulés.

« Le refoulement est un mécanisme psychologique inconscient que nous utilisons pour éviter les émotions ou les images perturbantes » poursuit Dean Radin. Qui en effet, aime que des images de désastres lui trottent en permanence dans la tête ? « Rares sont ceux qui savent éviter de s’identifier personnellement avec les pensées négatives sans les refouler ; ils sont encore moins nombreux à admettre publiquement ces pensées ». Selon le chercheur, ce refoulement pourrait expliquer pourquoi les prémonitions avérées de désastres majeurs enregistrées avant les faits eux-mêmes sont finalement rares comparées aux nombres de personnes concernées.


Les rêves, avant et après


Les aspects précognitifs ne sont pas les seuls à avoir été étudiés. Dans un tout autre domaine, le psychiatre Ernest Hartmann de l’université de Tufts s’est intéressé aux effets du 11 septembre sur les rêves. Pour cela, il a collecté auprès de 44 rêveurs américains les récits de dix rêves faits avant le 11 septembre, et de dix rêves faits après, soit un total de 880 rêves. Il s’agissait de préciser l’impact des traumatismes sur les rêves, chaque citoyen américain pouvant être considéré comme traumatisé, au moins légèrement, par les événements.

Dans son livre, Nature and Function of Dreaming, il explique que l’étude a été faite sur la base du concept de « l’Image Centrale », représentation imagée de l’émotion dans le rêve. Il n’est pas rare, après un traumatisme, de rêver d’un tsunami, image de vulnérabilité et d’impuissance. Dans ce cadre, le tsunami est l’image centrale. Son intensité peut être évaluée en interrogeant le rêveur, selon un protocole minutieux, ce qui fournit un deuxième critère d’étude.

« Les résultats de l’étude présentaient un contraste étonnamment clair. Les rêves qui ont suivi le 11 septembre ne contiennent pas plus de gratte-ciels ou d’avions que ceux qui ont précédé. En revanche, l’étude révèle une augmentation extrêmement significative de l’intensité de leur Image Centrale, ainsi que de la proportion de rêves comportant une Image Centrale ». En d’autres termes, les rêves sont devenus plus imagées, et ces images véhiculaient une émotion plus forte. L’hypothèse du pouvoir de l’émotion sous-jacent à l’imagerie du rêve en fut confortée.

Autre source d’étonnement pour les chercheurs, bien que tous les participants aient vu les événements du 11 septembre plusieurs fois à la télévision, pas un seul ne rêva d’avions s’écrasant sur de hautes tours ni de scènes se rapprochant de celle-ci. « Il semble que le rêve fasse toujours de nouvelles connexions. Le rêve est une création et non une répétition » avance Ernest Hartmann. Autrement dit, dans les rêves, les tours qui s’effondrent se transforment en tsunami !

Cette tendance à la répétition du contexte dramatique n’est pas systématique, une surprise pour les chercheurs : « Il y avait dans les rêves qui ont suivi le 11 septembre des images très fortes qui étaient considérés comme représentant des émotions positives » poursuit Ernest Hartmann. Certains furent selon les rêveurs impressionnants, d’une tonalité à la fois miraculeuse et mystérieuse. Les récits font état d’« impressions » visuelles ou auditives d’une extrême intensité.

Ces études illustrent à la fois l’importance et la difficulté d’évaluer l’impact sur notre psychisme d’événements comme le 11 septembre. Sans être conclusives, elles nous incitent à porter une attention accrue à ce qui se passe en nous.


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