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PUBLIÉ LE 20/01/2015
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Se préparer à la naissance en pleine conscience

Nancy Bardacke
Le Courrier du Livre
Magazine » Bonnes feuilles

Accouchement : la pleine conscience
pour accepter la douleur

La douleur est l’une des principales craintes de celles qui vont donner naissance. Et si nous changions d’approche ? Dans son livre « Se préparer à la naissance en pleine conscience », Nancy Bardacke nous explique que nous pouvons apprendre à modifier notre rapport à la douleur : de la réaction à l’acceptation.

Après avoir décrit le déroulement d’un « accouchement type », nous pouvons aborder une des questions fondamentales au sujet de la naissance.

« Puisqu’une des principales difficultés de l’accouchement est la douleur, posons-nous la question : qu’est-ce que la douleur exactement ? Nous la connaissons parce que nous l’avons expérimentée. Nous savons que nous ne l’aimons pas. Nous savons que nous n’en voulons pas. Pour la plupart d’entre nous, à moins de faire partie du corps médical ou d’avoir été gravement blessé ou malade, nous nous demandons toujours ce qu’elle est exactement.

(...) J’encourage alors le groupe à réfléchir sur ce que la douleur essaie de communiquer au corps. Puis je dis : « Au cours de votre vie, la douleur physique peut signifier une ou deux choses. Elle signale soit une blessure, soit une maladie. Si vous vous tordez la cheville, la douleur vous informe qu’il faut vous arrêter de marcher pour ne pas vous blesser davantage. S’il s’agit d’un mal de tête accompagné de courbatures, elle vous incite à vous reposer ou à consulter un médecin, ou à prendre des médicaments. La douleur nous permet de prendre soin de nous. »

Le groupe acquiesce. La douleur est donc une information que donne le corps au cerveau pour signaler une blessure ou une maladie. Je demande alors : « Qu’en est-il de la douleur de l’accouchement ? Est-elle le signe d’une blessure ? » Plusieurs personnes secouent la tête. « Alors est-elle le signe d’une maladie ? » Là encore, les membres du groupe s’accordent à dire que ce n’est pas le cas.

« Donc, si la douleur de l’accouchement n’est ni le signe d’une blessure, ni celui d’une maladie, qu’est-elle ? Comment va-t-on la considérer ?


Les douleurs transformatrices


Tout ce qui est douloureux n’est pas nuisible

Pour moi, les douleurs de l’accouchement appartiennent à une catégorie bien particulière. Je vous propose le concept de « douleurs transformatrices ». Ces formes de douleur sont ce que l’on pourrait qualifier de « douleurs normales ». Il s’agit bien de la douleur liée à notre corps mortel, un corps qui existe avec le « rythme de la nature », qui naît, grandit, connaît parfois la maladie, probablement la vieillesse, et la mort. La douleur physique fait tout simplement partie de la vie. La douleur émotionnelle aussi. D’ailleurs, je vous en reparlerai dans la seconde partie de ce chapitre. Au moment de l’accouchement, le corps change très rapidement, en quelques heures. Ce processus de transformation s’accompagne inévitablement de « douleurs transformatrices intenses ». (...)

Votre bébé connaîtra également les « douleurs transformatrices ». Quand ? Eh bien, quand il fera ses dents par exemple. Bien sûr, vous n’aimerez pas qu’il souffre et vous tenterez de les lui épargner en le calmant par des câlins ou en lui donnant quelque chose de froid à mâchonner. Cependant, ces douleurs ne signifient pas que quelque chose ne va pas. Tout comme il n’est pas nécessaire de s’inquiéter d’un mal de dents, nous n’avons pas à nous tourmenter des sensations intenses de l’accouchement, même si elles sont douloureuses. Il ne s’agit que d’un changement profond accompagné de « douleurs transformatrices ».

Habituellement, nous ne considérons pas le corps comme une entité qui se modifie constamment, mais en fait, il change d’instant en instant. Chaque jour, nous passons de la nécessité de manger à la satiété, ou de moments de force et d’énergie, à d’autres de fatigue. L’horloge biologique de notre corps est réglée sur environ vingt-quatre heures, calée sur le cycle des jours et des nuits. Elle régule de nombreux processus parmi lesquels ceux des hormones, de la température corporelle, des cycles de sommeil et de veille. Et puis nous vieillissons chaque jour davantage. Plus nous en serons conscients, plus nous pourrons être sensibles aux changements imperceptibles de notre corps. En étant attentives à la respiration, aux sensations corporelles comme aux pensées et aux émotions, nous serons en mesure d’observer ces modifications biologiques dont la seule constante est le changement. Tout, depuis votre corps jusqu’à l’Univers lui-même, est en perpétuelle transformation, à chaque instant.

Un des plus beaux cadeaux que vous offrent la grossesse, l’accouchement et la parentalité est de vous permettre d’être consciente de cette vérité universelle qu’est l’impermanence. Votre corps change pendant la grossesse et se transforme très rapidement. Votre bébé change également de manière impressionnante chaque jour et continuera ainsi, mois après mois, année après année. De par sa naissance, votre famille va changer également. Le monde aussi, puisqu’un nouvel être humain est né. La pratique de la pleine conscience vous aidera à vous connecter à la réalité du changement qui vous permettra de considérer votre accouchement d’une autre manière. En effet, si cela peut vous rassurer et vous réconforter, sachez que ce n’est pas un état permanent, quelle que soit la durée du travail et de l’accouchement. Car tout est impermanent !


Réagir ou répondre à la douleur

(...) En abordant la douleur de l’accouchement sous l’angle de la pleine conscience, vous utiliserez ainsi cette conscience pour lâcher toutes les idées préconçues et les histoires que vous pouvez vous raconter. Ainsi, vous pourrez vivre ce qui est réel pour vous, selon votre vérité, à l’instant présent.

Ce changement de perception n’est qu’un des éléments importants de la pratique. Celle-ci permet ainsi de dissocier l’aspect sensoriel de l’aspect émotionnel et l’aspect cognitif de la douleur. Notre manière de réagir nous montre nos différentes façons de résister – en luttant, en bloquant ou en nous contractant ; dans tous les cas, en apportant tout un flot d’inquiétudes à l’expérience du moment. Pris dans nos réactions, nous souffrons.

La pleine conscience nous offre une autre manière d’aborder l’accouchement et, par là même, toutes les expériences difficiles de la vie. Elle nous apprend à « être » avec tout ce que nous vivons, au moment présent, avec une ouverture et une acceptation des choses telles qu’elles sont, même si elles sont désagréables et douloureuses. Dans cette acceptation et cette ouverture, nous pouvons trouver, en définitive, notre liberté. Ce sentiment de liberté provient du fait que lorsque nous passons de l’évitement à l’ouverture, notre cerveau passe lui aussi d’un système qui sous-tend l’évitement à un système qui sous-tend l’« approche ». Nous n’avons plus besoin d’essayer de fuir ce qui est désagréable ou de nous accrocher désespérément à ce qui est plaisant. A chaque instant, nous savons que nous avons le choix de modifier notre rapport à la douleur et l’interprétation que nous en faisons. C’est toute la différence entre la douleur et la souffrance ! Dans la vie, on dit parfois que la douleur est inévitable mais que la souffrance, elle, est facultative. Cela s’applique véritablement à l’accouchement.


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