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PUBLIÉ LE 02/01/2013

A RETROUVER DANS

Inexploré n°17

Communiquer avec la nature
Magazine » Entretiens

Amélie Nothomb :
Ouvrir les portes de la perception

Le « dialogue transcendant » qu’elle ressent depuis l’enfance, sa connexion aiguë au monde qui l’entoure, sa troublante initiation à l’ayahuasca… Fidèle à sa liberté de ton, l’écrivaine nous confie une part très personnelle de sa vie, jalonnée d’expériences extraordinaires.

Est-ce que dans votre vie, dans l’enfance et puis dans vos relations plus tard, il y a des choses qui sortent vraiment de l’ordinaire ?
Je pense que oui. Il y a des choses dans ma vie que je ne peux pas forcément interpréter mais dont je me souviens particulièrement bien. Il se trouve que j’ai une mémoire aiguë de ma toute petite enfance – cela se sent quand on lit mon livre Métaphysique des tubes. Très petite, lorsque j’étais dans mon berceau, il y avait une très grande voix qui me parlait dans la tête, surtout lorsque j’étais dans le noir, une grande voix qui me disait : « Souviens-toi, c’est moi qui vis, c’est moi qui vis à travers toi, souviens-toi. » J’étais projetée dans une immensité, un infini noir. Cela faisait peur, mais en même temps c’était agréable. Et à ce moment-là, je me disais : « Oui je me souviens ». Maintenant, j’ai envie de me dire : « De quoi me souvenais-je au juste ? » Je ne sais pas. Mais j’ai le souvenir aigu de cette voix me disant : « Souviens-toi, souviens-toi, c’est moi qui vis à travers toi. » Aujourd’hui, comment interprétez-vous cette voix ? Certainement comme une chose en rapport avec la transcendance. J’ai toujours eu une espèce de dialogue transcendant en moi avec quelque chose que par commodité j’appelle Dieu. Je n’essaye pas du tout de construire une religion, ce sont des choses qui n’appartiennent qu’à moi, et quand je dis Dieu, je ne pense pas un instant que cette personne soit mon créateur. Et d’ailleurs cela ne m’intéresse même pas. Qu’il y ait des gens qui puissent être fascinés par l’idée que quelqu’un aurait pu créer l’univers… Pour moi, ce n’est même pas la question. On n’a pas besoin d’un créateur. Mais qu’il puisse y avoir un point de vue transcendant, et que l’on puisse établir un dialogue avec ce point de vue transcendant, est une chose qui m’intéresse. Ce dialogue perdure-t-il encore aujourd’hui ? Oui, c’est quelque chose qui dure dans le temps, qui ne m’a jamais lâchée. C’est un dialogue intérieur qui n’est pas constant mais je peux retrouver cette voix en moi. Depuis l’enfance, j’ai beaucoup vécu, et beaucoup d’autres voix sont apparues dans ma tête, toutes ne sont pas très agréables et toutes ne sont pas transcendantes, d’ailleurs. Mais cette voix transcendante, je peux la retrouver...

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