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PUBLIÉ LE 05/05/2015
Magazine » Enquêtes

Les animaux, en quête d’ivresse ?

Les animaux consomment des substances psychoactives de manière répétée et possiblement, délibérée… Recherchent-ils des états d’ivresse ?

Ca plane pour eux ! En Suède, les élans se saoulent en mangeant des fruits fermentés. Les éléphants du Gabon consomment une racine hallucinogène, l’iboga. En Australie, les wallabys, petits marsupiaux, raffolent du pavot. Les musaraignes de Malaisie boivent le nectar fermenté des palmiers. Les merles et les mouches drosophiles s’abreuvent de l’alcool de fruits. Les animaux seraient-ils friands d’états modifiés de conscience ? « Les animaux dans la nature vont volontairement, et de manière répétitive, consommer des plantes et des champignons psychoactifs. (…) De nombreux cas suggèrent que l’effet psychoactif est le moteur primaire de cette consommation. Souvent, seulement une petite quantité de la plante ou du champignon est consommée, donc son effet nutritionnel est minuscule alors que son effet psychoactif est important », rapporte le neurobiologue David Linden dans son article « Bob Dylan and Siberian Reindeer agree : everybody must get stoned ».

En effet, l’exemple le plus frappant reste celui des rennes de Sibérie, qui adorent lécher l’urine des humains ou de leurs congénères ayant auparavant consommé des amanites-tue-mouches. Est-ce parce que le principe actif de ces fameux champignons au chapeau rouge est toujours présent dans l’urine de ceux qui l’ont ingurgité ? Clairement, les rennes ne se battent pas pour de l’urine pour des raisons nutritives. Le peuple Chuckchee de Sibérie lui-même collecte la neige tachée de l’urine des chamanes après les cérémonies. 80% de la muscimole contenue dans les amanites-tue-mouches – ingrédient clé des breuvages consommés lors des rituels - s’y retrouve. Sa consommation est un ticket gagnant pour un voyage surprenant. Les rennes pourraient bien aimer, eux aussi, errer dans des états altérés.

L’étude de la pharmacologie, des états hallucinatoires et du comportement animal, a alors amené le Dr Ronald K. Siegel, chercheur en psychiatrie à l’université de Californie, à affirmer que toutes les créatures cherchent l’ivresse par moments. « Ce comportement est tellement puissant et persistant que nous pouvons l’apparenter à une pulsion, tout comme la faim, la soif ou la sexualité », appuie-t-il. Ainsi, la recherche d’états modifiés de conscience ne serait pas le propre de l’homme. Dans de nombreux pays, les forces de l’ordre sont régulièrement appelées pour dégager des animaux enivrés des espaces publics, et si vous rêvez de siroter un cocktail sur une plage des Caraïbes, il vous faudra peut-être bien protéger votre verre des singes qui en raffolent tout autant que vous. Que se passe-t-il dans la tête de ces créatures dans ces moments particuliers ? Leur arrive-t-il aussi de voyager dans d’autres dimensions ? Peut-on imaginer qu’à l’instar des chamanes ils puissent également côtoyer des esprits divers et variés ?


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