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PUBLIÉ LE 09/01/2012
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
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Magazine » Air du temps

Après la guerre, la méditation ?

Certaines blessures de guerre sont invisibles mais aussi douloureuses qu’une balle tirée à bout portant. 35% des militaires ayant survécu aux conflits restent hantés par le souvenir de scènes d'horreurs. Pour les aider à digérer leurs traumatismes, le cinéaste David Lynch propose aux soldats américains des formations en méditation transcendantale financés par sa Fondation. Les premiers résultats sont très prometteurs.

Anxiété, irritabilité, repli sur soi, difficultés de concentration, colère, dépression sévère, modification de la personnalité, insomnies, cauchemars : aujourd’hui, 500 000 soldats américains de retour d’Irak ou d’Afghanistan sont victimes de troubles psychiques importants qu’on appelle « Syndromes de Stress Post-Traumatique » (SSPT). Un chiffre qui représente 35% des militaires de l’US Army envoyés sur le terrain.

« Quand mon fils est rentré d’Irak, je ne l’ai plus reconnu, se souvient Julia, la mère de David George, un fantassin de l’armée américaine. Ce n’était plus celui que j’avais vu grandir. Il était devenu agressif, violent. Plus rien ne l’intéressait. Il ne dormait plus. Puis il s’est mis à boire. Comme il était souvent ivre au volant, il a eu plusieurs accidents de voiture. Parfois assez graves. J’étais très inquiète pour lui mais il me répétait : « maman, ça m’est bien égal de mourir demain ! »

Ne supportant plus cet état névrotique chronique, nombreux sont ceux qui choisissent de mettre fin à leur vie. Chez les vétérans d'Irak, par exemple, les pertes de soldats américains par suicide sont deux fois plus élevées que les morts au combat !
Selon un rapport officiel publié en avril 2010 dans la revue Army Times, 18 anciens combattants américains de l’après 11-Septembre 2001 tenteraient chaque jour de se suicider. Des chiffres alarmants qui démontrent que ces blessures invisibles exigent autant de soins et d’attention que celles qui marquent la chair. Mais comment aider le système nerveux limbique à digérer ces traumatismes ?

« Il existe différents types de psychothérapies mais les résultats restent encore aléatoires et il n’est pas garanti que ces soldats parviennent immédiatement à se sortir d’un stress post-traumatique, précise le Dr Patrick Clervoy, médecin psychiatre du Service de santé des armées français. Le chemin peut être long. Des années sont parfois nécessaires !»

Elaboré par la thérapeute comportementale américaine Francine Shapiro et introduite en France par le neuropsychiatre David Servan-Schreiber, l’EMDR (Eye-Movement Desensitization and Reprocessing,) fait partie des techniques dont l’efficacité a été prouvée et reconnue par la communauté scientifique. Cette psychothérapie repose sur une approche qui, par un mouvement de va-et-vient des yeux, va débloquer l’information traumatique et réactiver le système naturel de guérison du cerveau pour qu’il complète le travail.
Pour que l’esprit enclenche ce processus d’autoguérison, une autre technique, bien plus inattendue, est proposée aux anciens combattants américains, par la Fondation du cinéaste David Lynch, qui s’est engagée à financer des formations en méditation transcendantale.
Une technique mentale de relaxation profonde et de développement de la conscience, née en Inde en 1955 et développée en Occident dans les années 70 par Maharishi Mahesh Yogi. La technique consiste à s’asseoir deux fois par jour chez soi les yeux fermés en récitant une vingtaine de minutes un mantra.
« La méditation transcendantale est simple, naturelle, facile à apprendre et très agréable à pratiquer, explique Bob Roth, vice-président de la Fondation David Lynch. Elle n’exige aucun changement de mode de vie, de régime alimentaire, ou de convictions religieuses. Elle peut être apprise par tous, indépendamment de l’âge, de la profession ou du niveau d’étude, précise-t-il. D’ici à fin 2012, nous espérons que faire bénéficier de cette formation à plus de 10 000 soldats. »
Aux Etats-Unis, de nombreuses études ont été effectuées sur le bien-fondé de cette pratique. Comme celles du psychiatre américain Norman Rosenthal qui démontrent qu’après trois mois de méditation transcendantale, le stress post-traumatique s’avère bien moins élevé chez les anciens combattants qui ont adopté cette pratique que chez ceux qui ont plutôt suivi une psychothérapie conventionnelle. Les résultats de ces recherches confirment une série d’études effectuées en 1985 sur des vétérans de la guerre du Vietnam.

Aujourd’hui, grâce à la Fondation David Lynch, près de 400 soldats américains souffrant d’un stress post-traumatique ont profité des bienfaits de la méditation transcendantale. En huit semaines seulement, ces vétérans de guerre prétendent avoir vu leurs angoisses diminuer de moitié. Les différentes études effectuées ont en effet démontré que cette technique permettrait de stimuler le cortex pré-frontal, d’équilibrer le taux de sérotonine et de noradrénaline (deux neurotransmetteurs intervenant notamment dans la régulation du sommeil, de l’humeur de l'attention, des rêves et des émotions) mais aussi de réguler l’amygdale, cette petite amande au centre du cerveau, impliquée dans la perception de nos réactions viscérales, comme la peur, l'anxiété et le stress.
« Dès qu’il a commencé à pratiquer, je l’ai vu changer, raconte Julia, la mère du soldat David George. Il s’est mis à reprendre goût à la vie. La méditation transcendantale a vraiment sauvé la vie de mon fils ! »

« Après deux mois de méditation transcendantale, mes cauchemars ont cessé, confirme le soldat. Je ne bois plus, j’ai des projets. Je suis un homme heureux ! »

Depuis la création de sa fondation en 2005, David Lynch a déjà expérimenté la méditation transcendantale dans les prisons mais aussi dans les écoles où des bourses ont été attribuées à plus de 100 000 jeunes en difficultés pour leur permettre d’acquérir cette technique. Une démarche qu'il souhaiterait aujourd’hui étendre en France dans une dizaine d'établissements scolaires de banlieue. « La méditation transcendantale n’est pas un luxe pour nos enfants qui grandissent dans un monde de violence et de crise souvent angoissant, conclut le réalisateur de Blue Velvet. Pour eux, c’est une véritable nécessité ! »


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