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PUBLIÉ LE 18/04/2011
  • Virginie Gomez
    Auteur
Magazine » Air du temps

Vivre dans une société que l'on ne décrypte pas

Un enfant sur cent cinquante naît autiste en France. Nous connaissons tous le mot « autisme ». Il évoque l’image d’un enfant silencieux, enfermé sur lui-même, souffrant de troubles du comportement. L'INREES vous explique pourquoi il est important de s'intéresser de près à ce sujet trop peu abordé dans notre société.

L’autisme n’est pas une maladie, mais un handicap lié à un problème génétique. La plupart d’entre nous ignorent que l’autisme revêt des aspects multiformes, au point qu’obtenir un diagnostic par le corps médical en France relève du parcours du combattant. Il est caractérisé par des troubles de l’interaction sociale, de la communication, des centres d’intérêt restreints et parfois des comportements stéréotypés. En résumé, des troubles envahissants du développement (TED).

Dans le documentaire « Autisme, l'espoir », la réalisatrice Natacha Calestrémé nous présente Aymeric, diagnostiqué autiste sévère à l’âge de trois ans et demi, à qui l’on avait prédit qu’il ne parlerait ni ne lirait jamais. Pourtant, nous découvrons que grâce à l’infinie patience de ses parents et à leur acharnement à trouver des professionnels qui pratiquent des méthodes ayant fait leurs preuves à l’étranger, il suit aujourd’hui, à l’âge de dix ans, un CM1.
Depuis 2005, scolariser les enfants atteints de handicap est obligatoire. Une étude récente a mis en évidence que les enfants des classes accueillant les autistes sont moins violents et plus mûrs. Pourtant, dans bien des cas, l’enfant autiste est accueilli à l’école une heure par semaine seulement pour répondre à cette obligation de scolarisation. Il n’a alors aucune chance de progresser et de se sociabiliser. Car l’enjeu est là : Ces enfants qui n’ont aucune intuition sociale, qui lorsqu’on leur sourit se demande pourquoi on leur « montre les dents », doivent être confrontés le plus souvent possible aux autres enfants afin d’apprendre à s’intégrer.

Josef Schovanec est atteint d’autisme dit Asperger, c'est-à-dire sans déficience mental et avec un QI supérieur. Il a pourtant vécu les mêmes situations traumatisantes. Aujourd’hui à 28 ans, un bac +12 en poche et parlant sept langues, il avoue ne pas savoir lacer ses chaussures. Non sans dérision, il ajoute que si nous testions ses compétences sociales aujourd’hui, nous lui ferions sans doute redoubler son CP.

Daniel Tammet, lui aussi atteint d’autisme Asperger, s’est fait connaître en publiant un livre (Je suis né un jour bleu, Les arènes, 2006) où il décrit sa sensibilité particulière. Il perçoit le monde grâce à un univers de nombres qui évoquent pour lui des formes, des couleurs et des émotions. Lorsqu’il a une multiplication compliquée à faire, Daniel Tammet explique qu’il « visualise les deux nombres et leurs deux formes distinctes. Puis l’image change. Une troisième forme apparaît : La réponse.» Plus troublant, il n’est pas le seul. D’autres autistes perçoivent la même chose.

Récemment, Jacob Barnett, un garçon de douze ans a défrayé la chronique aux Etats-Unis, en développant sa propre théorie de la relativité. Sa maîtrise des concepts mathématiques a suscité l’intérêt de plusieurs universitaires. Jacob souffre d’autisme Asperger, avec un QI supérieur à celui d’Einstein.

L’autisme savant est certes l’exception plutôt que la règle. Mais il permet de comprendre le défi que représente ce handicap qui remet en question nos modes de perception. Nous les croyons absolus mais l’autisme montre leur caractère relatif, conditionnel, et bouscule les frontières de la normalité. Il renvoie aussi chacun à ses responsabilités. Car c’est en pensant déceler une fatalité irrémédiable qu’on la provoque. Pour la société française dans son ensemble, l’heure du choix est venue : quelle place veut-elle accorder à ceux qu’elle imagine différents pour que cette différence présumée livre toute sa richesse ?

Découvrir la conférence Autisme, voir le monde différement (27 Avril 2011) »


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