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PUBLIÉ LE 04/03/2011
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Entretiens

Aux frontières de la mort
avec Pamela Reynolds

A l'occasion de la sortie du coffret DVD de la série documentaire Enquêtes Extraordinaires, l'INREES revient sur un cas qui a fait le tour du monde : l'expérience de mort imminente de Pamela Reynolds. Placée en état de mort clinique pour une intervention chirurgicale extrêmement délicate, la jeune américaine va raconter être « sortie de son corps » et avoir observé toute la scène du dessus. Quelques jours avant son décès en Juin 2010, elle s'était confié à Stéphane Allix pour un dernier entretien.

INREES : Vous avez eu cette opération et cette expérience il y a très longtemps maintenant. Vous rappelez-vous de l’endroit où vous étiez et ce à quoi vous pensiez avant l’opération ?
Pamela Reynolds : Avant l’opération, j’avais de terribles maux de tête que personne ne pouvait expliquer et pour lesquels il n’existait aucun traitement efficace. Ils appelaient cela la « migraine en grappe ». J’avais trois petits enfants dont il fallait s’occuper et, pendant des années, j’ai continué à vivre comme si de rien était, en tenant bon et en me disant que ça finirait bien par passer. Puis, un jour où mon mari et moi étions partis en Virginie pour la promotion d’un disque, je suis tombée très malade. A mon retour, ma mère a décidé d’appeler le médecin pour lequel elle avait travaillé en tant qu’assistante, persuadée que j’avais un problème au cerveau. Nous sommes allés à son cabinet et il m’a directement envoyée faire des analyses. Quand il a eu les résultats des analyses, il m’a annoncé que j’avais un anévrisme et que je devais me préparer à partir, voir un avocat pour préparer mon départ et profiter de mes enfants... Il était en train de me dire que je n’avais plus aucune chance de m’en sortir et c’était très dur pour lui. C’était un ami de la famille et je le connaissais depuis l’enfance. La chance que cette opération réussisse était très mince. Mais c’était ma seule chance de rester en vie.

Etiez-vous déjà endormie en entrant dans la salle d’opération ?
Je ne souviens pas de la salle d’opération. Je me souviens de l’anesthésie puis, plus rien jusqu’à ce moment où je suis sortie de mon corps par le haut de la tête. Je sais que ça semble fou mais c’est ce qui s’est passé. J’ai quitté mon corps par le haut du crâne et je pouvais observer mon corps d’en haut.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez réalisé que vous étiez en dehors de votre corps ?
J’étais plutôt heureuse de ne plus avoir mal, c’était surprenant. J’ai ensuite vu une chose qui faisait du bruit. Un bruit que j’avais entendu pour la première fois juste avant de sortir de mon corps. J’ai entendu cette chose faire du bruit. Puis j’ai vu le médecin, le Docteur Spetzler je présume, qui tenait cet objet, une sorte de scie. J’ai vu la boîte où ils le rangeaient et les différents embouts qu’ils conservaient à l’intérieur sur un imposant présentoir. Ensuite, j’ai entendu : « Ses artères et ses veines sont trop petites », et la voix du Docteur Spetzler répondre : « Utilise l’autre côté ». A ce moment là, j’ai pris peur car il s’agissait d’une opération du cerveau et je les voyais opérer au niveau de la jambe. J’ai eu peur qu’ils aient décidé d’opérer au mauvais endroit. J’ai vu cet outil qui ressemble à celui qu’utilise le dentiste. Il y avait beaucoup trop de monde pour que je puisse voir ce qu’il faisait sur la jambe. Je savais juste qu’ils n’opéraient pas au bon endroit et pour vous dire la vérité, c’était terrorisant.

Quand vous avez vu l’outil, le Docteur Spetzler était-il déjà en train de l’utiliser ? qu'avez-vous vu pendant cette expérience ?
Non, le bruit venait juste de commencer. Mais il l’a employé avant que je ne quitte la salle d’opération. Je le sais car le bruit que faisait la scie était devenu plus grave. Comme la fraise du dentiste. Au début, vous entendez un son aiguë et une fois qu’il vous touche, le son devient plus grave. Et bien, c’était la même chose et je savais alors qu’il était en train d’utiliser cet outil.
Juste après avoir entendu que mes veines et mes artères étaient trop petites et après avoir pensé qu’ils se trompaient d’endroit pour l’opération, j’ai vu un tout petit point de lumière et j’ai entendu ma grand-mère m’appeler. Je l’ai donc rejointe et j’ai pensé que je devais être en train de mourir. Puis, je me suis dit que je ne méritais pas d’être là car je n’étais pas quelqu’un de parfait. Elle s’est mise à rire. Elle m’a dit - sans me parler vraiment car ils ont une autre manière de communiquer - que j’étais comme une enfant que l’on envoyait à l’école ; qu’ils étaient fiers de moi et que je méritais d’être dans le présent. J’ai vu beaucoup de personnes que je connaissais et aussi beaucoup d’autres que je ne connaissais pas mais avec lesquelles je savais que j’étais liée d’une certaine façon. Je savais que j’allais revenir dans notre monde. Je ne le voulais pas mais je pense que j’ai dû faire ce choix avant même d’arriver dans cet endroit, car j’avais des enfants et un mari, et que ce n’était pas le moment pour moi. Pourtant, je voulais rejoindre cette lumière, qui devenait plus grande que jamais. Je voulais y aller mais on ne me le permettait pas. Ils m’ont dit que si j’y allais, je ne pourrais pas retourner dans le “moi” qui se trouvait sur la table d’opération avec les chirurgiens et les infirmières.
Ensuite, mon oncle m’a ramenée et m’a demandé de retourner dans mon corps. Il m’a dit que c’était comme de sauter dans une piscine mais je ne le voulais pas. J’avais peur que ça me fasse mal et je ne voulais surtout pas y retourner. Alors, il m’a dit : « Ne veux-tu pas revoir tes enfants ? N’aimes-tu pas ton mari ? Et ma sœur... Ta mère ? ». A ce moment précis, je me disais que mes enfants iraient bien ; que mon mari prendrait soin d’eux et que ma mère avait toujours su se débrouiller donc je n’avais pas l’intention de revenir. Alors il m’a poussée et j’ai eu très mal. C’était comme si j’avais été poussée dans une piscine d’eau glacée. C’était froid, désagréable et ma poitrine me faisait mal. Puis j’ai entendu le défibrillateur. Ils s’en sont servi à deux reprise. La première fois, je n’ai fait que l’entendre mais la deuxième fois, je les ai vus. Ce qui m’a le plus surprise ce jour-là, c’est qu’ils passaient de la musique dans la salle d’opération. Je ne savais pas que c’était possible. J’entendais le morceau du groupe Eagles, Hotel California, et les paroles qui disaient : « Vous pouvez régler quand vous voulez mais jamais vous ne pourrez partir ». J’ai trouvé ça terrible... Tellement insensible et déplacé. Je l’ai d’ailleurs dit à mon médecin quand je me suis réveillée. Celui-ci m’a répondu que j’avais besoin de plus de sommeil... Qu’il était impossible que je sois éveillée à ce moment-là.

Peut-on revenir à votre grand-mère ? Est-ce elle que vous avez vue en premier ? Comment cela s’est passé ?
J’ai entendu sa voix. Je suis née avec une oreille interne exceptionnelle et j’entends très bien les voix, les sons et les tonalités. J’en ai d’ailleurs fait mon métier. Et je me rappelle très bien de la voix de ma grand-mère. En l’entendant, je me suis rappelé les fois où elle nous appelait pour dîner quand nous étions enfants et qu’il fallait que nous la rejoignions immédiatement. C’était la même chose. En revanche, j’ai été très surprise quand je l’ai vue car elle n’avait pas la même apparence. Lorsqu’elle est morte, elle était âgée et avait déjà bien vécu mais là, elle ne semblait pas vieille. Je ne m’attendais pas à la voir ainsi. Et mon oncle, qui était mort jeune, n’avait pas non plus l’apparence qu’il avait à sa mort. C’était bien eux, mais ils étaient vraiment très beaux et semblaient en pleine forme.

Lorsque vous avez rencontré votre grand-mère et votre oncle, vous souvenez-vous de l’endroit où vous étiez ? Etiez-vous dans un endroit particulier ?
Oh oui ! Je ne pense pas que c’était le paradis mais peut-être un endroit entre les deux, une sorte de salle d’attente, un endroit magnifique… J’ai ressenti qu’ils me transmettaient de l’énergie par le haut de la tête. Cette énergie me redonnait des forces. Comme lorsqu’on vous donne un repas alors que vous êtes épuisé et affamé. Je leur ai demandé si cette lumière était Dieu et ils m’ont répondu que non. Ils me trouvaient drôle et me dirent : « Non, non, non... La lumière n’est pas Dieu. La lumière est ce qui arrive quand Dieu respire. Ce n’est pas Dieu. »

Vous dites « ils » ? Qui étaient ces personnes ?
J’en connaissais certains, et d’autres pas... Il y avait des oncles, des cousins, une tante... D’ailleurs, j’ignorais que cette dernière était morte mais elle se trouvait là. Elle aussi trouvait ma réflexion amusante. C’était comme si tout le monde savait qu’il en était ainsi et qu’il était insensé que je l’ignore. Ils étaient habillés de lumière. C’est ce qui m’a le plus frappée. Ils ressemblaient à des êtres humains à mes yeux mais à la différence qu’ils étaient habillés de lumière. C’était des êtres de lumières qui avaient tous des tonalités différentes. Leurs communications ne passaient pas par la voix.

Dans cet endroit, vous avez vu une tante dont vous ignoriez la mort ? Etait-elle morte longtemps auparavant ?
Non, elle est morte alors que j’étais à l’hôpital. J’ai été très surprise en la voyant.

Avez-vous parlé de votre expérience à d’autres personnes que votre médecin ?
Oui, à tout le monde. C’était plutôt drôle d’ailleurs. Je pensais que j’avais eu des hallucinations et quand j’en parlais avec ma famille et mon mari, nous en plaisantions. Cela faisait rire tout le monde à l’exception des infirmières, du médecin, de l’anesthésiste et des neurophysiologistes... Ils ne semblaient pas trouver ça drôle et ils osaient à peine me regarder. En fait, ils savaient que je n’avais pas halluciné et que tout cela avait bien eu lieu. Jamais ils n’avaient entendu de choses pareilles auparavant. J’ai pensé que c’était mon imagination et que j’avais eu un rêve mais ils m’ont répondu que ce n’était pas le cas et que ce que j’avais vu s’était réellement passé.

C’est surprenant que ce soit eux qui vous aient convaincue qu’il ne s’agissait pas d’hallucinations ! Dans la plupart des cas où les gens rapportent de telles choses à leur médecin, le médecin va penser qu’il s’agit d’hallucinations...
Ils continuent de me dire que ce n’était pas une hallucination... Et il m’arrive encore de ne pas les croire. Vous ne trouvez pas cela difficile à croire ? De nombreuses personnes me demandent ce que cela peut bien vouloir dire. Ils sont en recherche de réponses religieuses. Ils cherchent à donner un sens à cette expérience. Je n’ai aucune réponse à leur apporter et je ne sais pas ce que tout cela signifie. Tout ce que je sais, c’est que ça s’est passé. Pour le sens, il faudrait s’adresser à une autre personne. Pas à moi, je ne suis qu’une musicienne.

Quels sont les autres détails dont vous vous rappelez ?
J’ai vu un coeur-poumon artificiel. J’en avais déjà aperçu à la télévision. Je savais ce que c’était. J’ai vu des lumières et je voyais le dessus des têtes, de plein de têtes. Plus de têtes que je n’en avais jamais vues. Il y a avait de nombreuses personnes dans la salle. Et puis mes cheveux étaient coupés d’une étrange façon. Je m’attendais à ce qu’ils m’aient rasé la tête mais ce n’était pas le cas.

Vous aviez les yeux complètement fermés, un casque sur les Oreilles et votre corps était à 15,5 degrés. Comment pensez-vous que vous avez pu percevoir toutes ces choses ?
Je n’en sais rien. Le Docteur Spetzler dit qu’il l’ignore également. Parfois, je pense qu’il le sait mais qu’il préfère ne rien dire. Et parfois, je pense qu’il est juste comme tout le monde et qu’il n’en a aucune idée. Je pense qu’il sait comment le cerveau fonctionne et comment l’esprit fonctionne. Je pense qu’il sait que nous avons une âme par exemple. Je ne vois pas quel est le problème. Le cerveau est comme un ordinateur qui dirige notre corps mais que l’âme dirige l’énergie quand nous n’avons plus de corps. Je sais que je suis morte parce que quelqu’un m’a dit que j’étais morte. Sur le plan religieux ou spirituel, cela ne m’a pas transformé mais de tout façon, nous parlons d'une expérience personnelle. Ce que je crois au plus profond de moi n’appartient qu’à moi.

Je vous sens encore très émue quand vous parlez de cette expérience...
Je pense que quiconque aurait vécu ce que j’ai vécu ressentirait la même chose. J’aimerais que tout le monde puisse vivre cette expérience. Ainsi personne ne poserait plus de questions, tout le monde saurait. Je pense que cela dépasse la science et invite les gens à grandir et à guérir. C’est ce qui est merveilleux.

Quand avez-vous rendu public cette histoire avec Michael Sabom ?
Comme je vous l’ai dit, les médecins savaient depuis le début que c’était arrivé et je pense qu’ils voulaient découvrir ce que ce que c’était, savoir comment l’utiliser. Le Docteur Sabom avait écrit un livre sur cette expérience et il en a donc parlé en premier. Il a « lâché le morceau » comme qui dirait. Mais toutes les personnes présentes le savaient depuis le début. Ce n’était pas un secret.

Merci à vous. Je pense que votre témoignage a été très utile. Dans notre société, beaucoup de gens ont peur de mourir, et de la mort. Et vous ?
Non ! Vous plaisantez ? Je pense qu’ils ont plutôt peur de vivre ! Mourir, ce n’est rien. C’est facile... Vivre est difficile.


Retranscription Hélène Chaurand, traduction Hélène Pau.

Découvrez aussi les documentaires Enquêtes Extraordinaires avec Stéphane Allix :
Saison 1 - Enquêtes Extraordinaires »
Saison 2 - Enquêtes Extraordinaires »


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