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PUBLIÉ LE 13/05/2013
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La spirale initiatique

Maud Séjournant
Albin Michel
Magazine » Bonnes feuilles

Changer de regard sur ce qui nous entoure

Vivre différemment, oui, mais par où commencer ? Dans son livre « La spirale initiatique », Maud Séjournant nous propose de changer notre regard sur la Terre afin de renouer avec la nature... Loin d'un ensemble de choses statiques, la nature regorge de vie et de merveilles dans lesquelles nous, en tant qu'êtres vivants, trouverons toujours bonheur à plonger.

Le rapport au temps est totalement à l’inverse chez les mayas qui disposent de deux calendriers, l’un de deux cent soixante jours et un autre basé sur les mouvements de la Terre par rapport au Soleil de trois cent soixante jours, plus cinq jours « pour rien », hors temps. Les deux calendriers fonctionnent simultanément. Tous les cinquante-deux ans, ils recommencent le même jour. Je n’entrerai pas dans les détails de ces cycles très complexes, disons seulement que tout mouvement fait partie d’un plus grand mouvement et nous rappelle ainsi la notion de fractale mais dans le temps et non dans l’espace.
Les prophéties des diverses traditions de toute l’Amérique annoncent en tout cas une période de purification intérieure et de grand changement de conscience. Le cycle du Cinquième Soleil se termine pour voir l’avènement du Sixième Soleil. De nombreux mondes ont disparu avant celui qui est le nôtre, mais comme pour les cérémonies de reconsécration des temples balinais ou de célébration des esprits alliés qui ont fait un pacte avec nous, il est peut-être nécessaire maintenant de renouveler en conscience notre accord avec les esprits de la nature qui nous entourent pour recréer une alliance. Il est essentiel que nous les traitions en alliés et non pas comme des objets utilisables et corvéables sans fin. Nous le voyons se manifester au travers de nouvelles recherches scientifiques qui examinent la nature pour apprendre ce qu’elle sait si bien faire naturellement et l’adapter à notre monde humain.
La situation présente de la Terre ouvre enfin les yeux de l’homme occidental. S’il n’était pas prêt, il y a quelques centaines d’années, à écouter les enseignements de ses frères rouges, il semble maintenant disposé à s’asseoir avec eux pour apprendre une nouvelle manière de se relier aux énergies de la nature. Ils allumeront le feu qui pourra éclairer les peuples, disent certaines prédictions, et créeront ensemble une alliance pour une nouvelle Terre.

C’est l’automne. Cette année, l’été indien se prolonge étonnamment tard dans la saison. Nous sommes début novembre, et les arbres sont dans leur phase flamboyante ; les bouleaux en haut sur la montagne sont presque nus et plus bas les cottonwoods, sorte de peuplier aux branches épaisses dont la peintre Georgia O’Keefe a su magnifiquement rendre l’esprit dans ses peintures du Sud-Ouest américain devenues célèbres. Ces arbres énormes poussent en général autour des rivières ou des arroyos car ils ont besoin de beaucoup d’eau. Leurs feuilles arrondies répondent au vent par un frissonnement dont le bruit ressemble à de l’eau qui coule. Ils passent en automne par une phase dorée, je dirais même jaune d’or pur.
Je pratique ce que m’a enseigné mon ami chasseur : voir la nature non pas comme les choses ou des objets autour de moi, mais comme un ensemble mouvant dont je fais partie et qui est en relation avec moi. J’ouvre ma porte intérieure pour que les arbres, les animaux, les pierres puissent entrer en moi, communiquer, et donc me toucher. Les cadeaux sont prêts pour ceux qui savent être vulnérables et les accepter. Je vais en recevoir un de taille.

Il y a un cottonwood majestueux au bord de la route que je prends pour aller au centre-ville ; à chaque passage, il accroche mon regard d’abord par sa forme à la fois puissante et élégante, majestueuse et douce en même temps, puis par sa couleur d’or qui se détache sur le ciel bleu roi si typique de Santa Fe, un bleu qui tire sur le pourpre avec une densité que seul l’air de la montagne à deux mille mètres sans pollution peut offrir ; de tous les lieux de la Terre que j’ai visités, je n’ai pas vu un seul autre endroit qui offre un ciel pareil.
L’or s’étale sur le bleu, un léger frémissement de feuilles légères et mouvantes. Tout est là, rien à imaginer de plus : la perfection de la beauté. Y rentrer, et se laisser pénétrer ; se taire et ne plus entendre de discours, être avec cet arbre, tout simplement ; plus de description, juste de l’appréciation, un silence de bonheur total ; le temps n’existe plus.
Autrefois, je l’aurais peut-être entendu me parler, se lancer dans une conversation, prise dans la compréhension que j’avais alors de la communication chamanique. Maintenant, seul le silence existe, au-delà de tout mot, de tout message, de tout enseignement ; car lentement je deviens lui, je réalise que je suis cet arbre, que je suis cet or qui frémit dans le soleil automnal ; je suis riche à jamais de cet or qui va disparaître dans quelques jours, personne ne peut m’arracher cette abondance extrême qui déborde dans des larmes si douces. Le monde s’arrête comme dit Castaneda, les apparences tombent comme ces feuilles pour laisser briller l’essence ; l’essence de l’arbre, l’essence de l’espèce, l’essence du végétal, l’essence des saisons qui passent et se renouvellent, l’essence du temps qui devient alors éternel. Je suis cela ; je suis cela, et résonne à mes oreilles la prière de la Voie bénite de la Beauté : Je marche dans la Beauté, Devant moi, la Beauté, derrière moi, au-dessus de moi, sous mes pas.


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