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PUBLIÉ LE 04/06/2012
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
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Magazine » Entretiens

5 questions à… Sonia Rolland

Confidences extraordinaires de la comédienne Sonia Rolland, née au Rwanda en 1981 et élue Miss France en 2000.

Quelle place tient l’extraordinaire dans votre quotidien ?
Je suis convaincue qu’il y a beaucoup de choses appartenant au domaine du subtil qui nous échappent. Mais je ne veux pas que ces croyances prennent le dessus sur ma vie jusqu’à la conditionner. En Afrique, les gens n’ont pas le même rapport avec le monde de l’invisible qu’ici, en Occident. Ma mère me donne des objets protecteurs et me fait parfois faire des rituels dans la maison. Je n’ai pas envie de tomber dans la superstition. En même temps, elle me répète que c’est important, alors je le fais... Ce que je vis au Rwanda ou avec ma mère, je n’en parle pas à tout le monde ici. La plupart de mes amis français ne veulent pas croire aux énergies ou aux esprits. Cela leur fait peur. Je pense que cette réticence est très liée au regard qu’on porte sur la mort. En France, on la voit comme une fin en soi. Elle est taboue, ancrée dans la noirceur. Au Rwanda, le rapport à la mort est plus sain parce qu’on estime qu’elle n’est qu’un passage, et que les défunts vivent une autre vie, ailleurs.

Et vous, croyez-vous en une vie après la mort ?
Je m’interroge beaucoup. Ma mère dit voir régulièrement mon grand-père dans son sommeil, lui parler, et obtenir des informations de sa part. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a eu l’idée de m’inscrire, il y a treize ans, au concours Miss France ! C’est drôle car j’entretiens moimême un lien très particulier avec ce grand-père. Avant de mourir, il a insisté pour me voir à son chevet pour me dire que de l’autre côté, il veillerait sur moi. Souvent, dans des moments de doute, quand je dois faire des choix, j’ai l’impression qu’il m’envoie des signes. En même temps, j’ai encore du mal à croire en une vie après la vie...

Avez-vous, vous aussi, des révélations à travers les rêves ?
Il m’arrive souvent de rêver d’une scène, et de la vivre quelque temps plus tard dans la réalité. Mon élection Miss France par exemple, je l’avais plusieurs fois visualisée. Je ne peux pas dire que je me sois vue précisément avec l’écharpe et la couronne mais je baignais dans quelque chose de très lumineux. Tous mes amis peuvent en témoigner, je leur disais : « Il va m’arriver un truc, je le sens. Cela va être immense, intense et ingérable. »

Pensez-vous avoir des perceptions extrasensorielles ?
Au Rwanda, nous avons une tradition. Quand un enfant naît, les grands-mères se penchent sur son berceau, arrivent à déterminer sa personnalité, et vont en fonction de ce qu’elles perçoivent, lui donner un nom. On m’a appelée Witonze, « celle qui acquiert la sagesse ». Puis, elles lui transmettent un don. Là-bas, on m’a déjà dit que ce don se situait dans mes mains. Que j’étais capable de soigner. J’ai déjà testé sur mes proches. Et en effet, j’ai sûrement un truc à exploiter. Mais je reste persuadée qu’on a tous cette faculté en nous. Je me demande si le fait de s’occuper de l’autre, d’apposer ses mains sur lui, de lui donner un peu d’amour n’est pas tout simplement ce qui va enclencher un processus d’autoguérison.

Vous semblez osciller en permanence entre le rationnel et le surnaturel...
Je reconnais vouloir toujours chercher des réponses rationnelles à des événements inexpliqués. Je suis en permanence tiraillée entre mes deux cultures. Mon père français, athée, cartésien est très fermé au surnaturel. Ma mère, rwandaise et très pieuse, m’a toujours beaucoup parlé d’esprits, de rêves prémonitoires, de désenvoûtement, de sorciers et d’énergies... Alors que faire ? Qui croire ? Du coup, je prends un peu des deux, et je fais ma sauce.


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