Confidences extraordinaires de la comédienne Sonia Rolland, née au Rwanda en 1981 et élue Miss France en 2000.
Quelle place tient l’extraordinaire dans votre quotidien ?
Je suis convaincue qu’il y a beaucoup de choses appartenant
au domaine du subtil qui nous échappent. Mais
je ne veux pas que ces croyances prennent le dessus sur
ma vie jusqu’à la conditionner. En Afrique, les gens
n’ont pas le même rapport avec le monde de l’invisible
qu’ici, en Occident. Ma mère me donne des objets protecteurs
et me fait parfois faire des rituels dans la maison.
Je n’ai pas envie de tomber dans la superstition.
En même temps, elle me répète que c’est important,
alors je le fais... Ce que je vis au Rwanda ou avec ma
mère, je n’en parle pas à tout le monde ici. La plupart
de mes amis français ne veulent pas croire aux énergies
ou aux esprits. Cela leur fait peur. Je pense que cette
réticence est très liée au regard qu’on porte sur la mort.
En France, on la voit comme une fin en soi. Elle est
taboue, ancrée dans la noirceur. Au Rwanda, le rapport
à la mort est plus sain parce qu’on estime qu’elle n’est
qu’un passage, et que les défunts vivent une autre vie,
ailleurs.
Et vous, croyez-vous en une vie après la mort ?
Je m’interroge beaucoup. Ma mère dit voir régulièrement
mon grand-père dans son sommeil, lui parler,
et obtenir des informations de sa part. C’est d’ailleurs
ainsi qu’elle a eu l’idée de m’inscrire, il y a treize ans, au
concours Miss France ! C’est drôle car j’entretiens moimême
un lien très particulier avec ce grand-père. Avant
de mourir, il a insisté pour me voir à son chevet pour
me dire que de l’autre côté, il veillerait sur moi. Souvent,
dans des moments de doute, quand je dois faire
des choix, j’ai l’impression qu’il m’envoie des signes.
En même temps, j’ai encore du mal à croire en une vie
après la vie...
Avez-vous, vous aussi, des révélations à travers les rêves ?
Il m’arrive souvent de rêver d’une scène, et de la vivre
quelque temps plus tard dans la réalité. Mon élection
Miss France par exemple, je l’avais plusieurs fois visualisée.
Je ne peux pas dire que je me sois vue précisément
avec l’écharpe et la couronne mais je baignais dans
quelque chose de très lumineux. Tous mes amis peuvent
en témoigner, je leur disais :
« Il va m’arriver un
truc, je le sens. Cela va être immense, intense et ingérable. »
Pensez-vous avoir des perceptions extrasensorielles ?
Au Rwanda, nous avons une tradition. Quand un
enfant naît, les grands-mères se penchent sur son berceau,
arrivent à déterminer sa personnalité, et vont
en fonction de ce qu’elles perçoivent, lui donner un
nom. On m’a appelée Witonze, « celle qui acquiert la
sagesse ». Puis, elles lui transmettent un don. Là-bas, on
m’a déjà dit que ce don se situait dans mes mains. Que
j’étais capable de soigner. J’ai déjà testé sur mes proches.
Et en effet, j’ai sûrement un truc à exploiter. Mais je
reste persuadée qu’on a tous cette faculté en nous. Je
me demande si le fait de s’occuper de l’autre, d’apposer
ses mains sur lui, de lui donner un peu d’amour n’est
pas tout simplement ce qui va enclencher un processus
d’autoguérison.
Vous semblez osciller en permanence entre le rationnel et le surnaturel...
Je reconnais vouloir toujours chercher des réponses
rationnelles à des événements inexpliqués. Je suis en
permanence tiraillée entre mes deux cultures. Mon père
français, athée, cartésien est très fermé au surnaturel.
Ma mère, rwandaise et très pieuse, m’a toujours beaucoup
parlé d’esprits, de rêves prémonitoires, de désenvoûtement,
de sorciers et d’énergies... Alors que faire ?
Qui croire ? Du coup, je prends un peu des deux, et je
fais ma sauce.