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PUBLIÉ LE 05/02/2013
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La guérison du monde

Frédéric Lenoir
Editions Fayard
Magazine » Bonnes feuilles

Comment guérir
notre monde en crise ?

Et si la révolution des consciences était la clé pour transformer le monde ? Dans son dernier ouvrage, La Guérison du monde, Frédéric Lenoir nous propose de transcender la crise par l’adoption d’autres valeurs que la réussite matérielle.

Une fois ces deux grandes questions philosophiques explicitées, celle des valeurs et celle de la vision du monde, se pose encore la question de l’instance de la guérison de celui-ci. A quel niveau agir pour que le monde change ? Est-ce par le biais des États nations, de l’ONU, des ONG, des individus eux-mêmes, que doit s’opérer la transformation nécessaire ? La réponse se situe évidemment à plusieurs niveaux. Mais je suis convaincu que c’est l’individu – chaque individu, vous, moi – qui détient aujourd’hui la principale clé de la résolution des problèmes.


La révolution intérieure


Nous avons vu que la modernité occidentale a mis l’individu au centre et au-dessus de tout. Tandis que les sociétés traditionnelles insèrent les individus dans un moule de normes et de représentations collectives, nos sociétés modernes les en libèrent et sont entièrement axées sur la satisfaction des besoins et désirs des individus. Depuis la fin du XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XXe, le principal objectif a été d’offrir aux individus des droits fondamentaux pour leur permettre de vivre dans la dignité. Cela a été l’avènement de la démocratie et des droits de l’homme, la fin de l’esclavage et des ségrégations sociales, l’accès gratuit aux soins et à l’éducation, le droit au travail et le syndicalisme, l’émancipation progressive de la femme, etc. De nombreux progrès sont encore à accomplir dans ces domaines et l’on déplore parfois de spectaculaires retours en arrière – que l’on songe aux idéologies totalitaires du XXe siècle, aux dictatures militaires latino-américaines ou, plus récemment et dans une bien moindre mesure, à l’Amérique réactionnaire de George W. Bush – mais cela reste un objectif permanent des sociétés modernes.

A cet objectif qualitatif, d’émancipation de l’individu et de progrès social, s’est articulé un second objectif, plus quantitatif : l’amélioration du confort matériel et l’accroissement de la richesse. Alors que l’amélioration des conditions de vie et ce qu’on pourrait appeler les « bases du confort moderne » (avoir un toit, une voiture, divers appareils ménagers) étaient atteints dès les années 1960 en Occident, l’idéologie consumériste s’est développée et l’on est entré dans l’ère du « toujours plus », bien décrit par François de Closets. L’individu occidental est devenu un perpétuel insatisfait qui aspire à toujours gagner plus d’argent, à posséder davantage d’objets et à en changer sans cesse. La société de consommation est ainsi entièrement fondée sur cette idéologie pernicieuse qui fait croire aux individus que leur épanouissement passe exclusivement par l’« avoir ». Bien des maux actuels, dénoncés dans la première partie de cet ouvrage, sont issus de cette quête sans fin du profit, de la course à la possession. Tant que nous resterons dans cette logique du « toujours plus », et que cette logique continuera à se répandre à travers la planète, rien ne pourra changer, et notre monde poursuivra sa marche aveugle vers de multiples catastrophes absolument prévisibles.

Je viens d’évoquer la question des valeurs et celle de la vision du monde. Il est bien évident que la guérison de celui-ci passera par l’adoption d’autres valeurs que celles du profit et de la réussite matérielle, et par le dépassement de la vision mécaniste qui prévaut encore dans les esprits. Mais ce sont précisément ces esprits qu’il convient de changer. Or, si des discussions interculturelles à divers niveaux (instances internationales, ONG, associations religieuses et philosophiques, etc.) sont incontestablement utiles et fécondes, c’est au bout du compte à chacun de nous d’opérer cette conversion spirituelle, doublée d’un changement de mode de vie. C’est précisément parce que la modernité a mis l’individu au centre du dispositif que le monde ne pourra changer que lorsque les individus eux-mêmes changeront. (...)

Voilà qui me semble d’une limpide évidence : c’est quand la pensée, le cœur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera. Ce constat va bien au-delà des réponses techniques, du savoir intellectuel ou scientifique qui peuvent ponctuellement résoudre l’un ou l’autre des problèmes que nous affrontons, mais qui ne peuvent suffire à mener à la guérison globale et en profondeur de nos maux. La solution doit venir de chacun de nous, appelé à un travail sur soi, à une conversion du regard, à un changement de mode de vie. C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle. Il s’agit donc, pour chacun, d’examiner ce qui, en lui et dans sa vie, contribue à empoisonner le monde, de revoir ce qui, dans sa manière d’être ou de vivre, concourt aux dysfonctionnements et aux malheurs du monde.


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