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© Alex Stoddard
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PUBLIÉ LE 18/11/2013
Magazine » Enquêtes

Comment vivre après
un « voyage vers l’au-delà » ?

Peut-on sortir indemne d’une expérience aussi intense et bouleversante que celle d’une expérience de mort imminente ? Comment revivre normalement après cela ? Le regard sur la vie mais aussi sur la mort se modifie... Un moment clé avec un avant et un après.

La mort… difficile d’en parler ou même de l’envisager pour ses proches ou pour nous-mêmes, tant le sujet est tabou dans notre culture. Alors que dire sur l’éventuelle existence d’une vie après la vie ?

En l’espace de quelques secondes, ces personnes qui vivent une expérience de mort imminente (EMI), définie comme « un état de conscience particulier se produisant pendant une période de mort effective, qu’elle soit physique, psychologique ou émotionnelle », par le Dr Pim van Lommel, cardiologue hollandais, basculent dans une autre dimension, une autre réalité. Une expérience faisant voler en éclats les repères et les croyances sur la mort et « l’au-delà », pouvant constituer un véritable choc. La plupart des témoignages rapportent le fait d’avoir baigné dans un amour absolu et ressenti un sentiment d’unité avec l’Univers d’une intensité inégalable avec ce que nous pouvons vivre et ressentir dans nos vies. Et même si elle ne dure que quelques instants, cette expérience « spirituelle » marque à jamais ceux qui l’ont vécu.


Le choc de l’expérience


« Sur le moment, c’est assez brutal. On se demande ce qui se passe. Je me suis posé de nombreuses questions. Est-ce que je suis fou ? Est-ce que je n’ai pas une mission divine ? Le drame, c’est qu’il n’y a personne pour en parler », a expliqué Xavier Rodier lors d’une conférence organisée par l’INREES. Il a vécu une EMI en 1992 à l’âge de 24 ans. Puis, après être sorti de l'hôpital après plusieurs semaines, il s'est tout simplement demandé ce qu'il faisait ici-bas : « Quand on a connu un instant de félicité et qu'il faut revenir dans ce monde, il y a vraiment de quoi déprimer... ».

Nicole Canivenq parle d’une « ouverture spirituelle brutale ». A l’époque, elle n’avait jamais entendu parler des EMI et avoue qu’elle n’était « pas très branchée sur le sujet. (…) J’étais quelqu’un de très rationnel, très terre à terre. Cela m’a amené à cheminer, à me poser des questions, à faire des recherches. Il y a une différence entre se dire qu’il existe peut-être une autre dimension, des êtres de lumière, des anges ou des archanges, et puis le vivre et les rencontrer. On est dans une conscience tout à fait différente et cela change beaucoup de choses. »

Découvrez la conférence : Les EMI par ceux qui les vivent

Son accident de voiture est d’une telle gravité qu’elle est hospitalisée pendant une année et doit suivre des séances de rééducation. Il lui faut cohabiter avec la douleur et la supporter. Des conditions difficiles qui n’ont sans doute pas facilité son retour à la vie : « J’étais en colère d’être revenue. Il m’a fallu faire un deuil à l’envers, le deuil des êtres de lumière » qu’elle avait rencontrés.

Jean Morzelle a lui aussi été très marqué et bouleversé par son EMI vécue en 1949. A l’époque, âgé de vingt ans, il est à l’armée et reçoit par inadvertance une balle dans la poitrine lors d’un exercice. « J’ai vu quelque chose d’extraordinaire. Cela a modifié toute ma vie. J’ai eu une rencontre avec qui, avec quoi, je ne peux le dire, ce n’était ni quelque chose d’humain, ni de terrien, mais de l’au-delà. C’est une expérience qui fait réfléchir car l’on se dit que la vie continue après la mort. » a-t-il déclaré lors d’une conférence organisée par l’INREES.


De nouveaux horizons


« Beaucoup de choses ont changé, mais cela s'est fait par étapes. C'est comme si cette expérience vivait en moi et qu'elle m'obligeait à me transformer. Il y a eu tout un travail intérieur pour répondre aux questions suivantes : qui sommes-nous réellement ? Quel est le sens de la vie ? Parfois, j'avais du mal à me suivre, il y avait des changements, de nouveaux centres d'intérêts… » raconte Nicole Canivenq. Pour trouver des réponses, elle s'intéresse notamment aux traditions amérindiennes et part à la rencontre de chamanes. Certains de ses proches craignent alors qu'elle n'entre dans une secte : « Par rapport à la Nicole qu'ils connaissaient, rationnelle, cartésienne, c'était la révolution, toutes les peurs étaient activées. » confie-t-elle dans le magazine de l'INREES n°9.

Jean-Pierre Jourdan, médecin et vice-président de IANDS-France (International Association for Near-Death Studies) a recueilli des milliers de témoignages de personnes ayant vécu une EMI. Il a ainsi pu observer « un changement complet des valeurs » dans les différents récits : « Beaucoup se sont lancés dans des métiers médicaux, paramédicaux, ils ont besoin d’aider les autres. »

C’est ce qui est arrivé à Nicole Canivenq. Avant son accident, elle était directrice commerciale. Et même si son envie d’aider les autres s’était déjà manifestée auparavant sans se concrétiser vraiment, cette EMI a réveillé chez elle « une intensité forte, toute une compassion pour l’être humain. » Après un stage de développement personnel, elle comprend qu’elle souhaite changer de métier : « J’ai d’abord pensé à psychothérapeute, puis j’ai bifurqué vers la sophrologie et j’ai su que c’était ça. »

Après avoir été chef d’entreprise, Xavier Rodier reprend ses études. Il devient aide-soignant, puis infirmier et obtient un diplôme d’Etat de spécialisation en puériculture. Aujourd’hui, il a créé sa propre Mini-crèche au sein de laquelle il fait en sorte que « chaque petit enfant devienne l’être humain unique qu’il est, et non celui que l’on aimerait qu’il soit. C’est ça la transformation, faire ici et maintenant, concrètement, présentement. »


Un nouveau regard sur la vie


« Je ne suis pas mort et c’est un cadeau, une grâce, les mots ne seront jamais assez forts. J’ai découvert que la vie est sacrée, la vie est un cadeau, quelque chose d’extraordinaire... C’est la plus grande manifestation d’amour que je puisse percevoir. » déclare Xavier Rodier.

Quelques années plus tard et malgré les difficultés rencontrées, Nicole Canivenq parle d’une renaissance : « En réalité, j’ai la sensation qu’avant, j’étais comme une morte vivante. Je n’étais pas assez dans le moment présent, pas assez dans le lâcher-prise par rapport à certains évènements. Pour moi, cela a été une vraie renaissance, mais c’est passé par un réel cheminement. »

Le Père Patrice Gourrier rapporte quant à lui que ce n'est pas tant l'EMI qui a été importante pour lui, mais bien ce que celle-ci lui a appris sur la vie. Il témoigne lui aussi d’une métamorphose : « Dix ans plus tard, je dois dire que cet événement a transformé mon existence. Petit à petit, j’ai l’impression de vivre réellement ma vie, de plus en plus en pleine conscience. Pour moi, cette notion est extrêmement importante. J’ai compris que ce qui m’était donné de comprendre, c’est que « l’être » est vraiment tout, avant le « faire ». Et je crois que sans cet événement, je ne serais pas le prêtre que je suis ni l’homme que je suis parce que cela a ouvert mes yeux sur la vie. ».


De nouvelles perceptions…


D’autres transformations peuvent survenir, notamment au niveau des perceptions sensorielles et intuitives. « Les rescapés d’EMI sont nombreux à se sentir envahis, sans vraiment le vouloir, par des informations venant d’une autre dimension. Cela affecterait 84% (Ring) et 92% (Sutherland) des sujets. Faisant de cette hypersensibilité intuitive l’une des conséquences des EMI les plus courantes et les moins souvent rapportées de façon spontanée. Brusquement, les sujets se mettent à percevoir très précisément les émotions des autres. Cette hypersensibilité intuitive provoque chez les sujets une insécurité extrême : à force de se débattre avec la masse d’informations qui leur arrivent malgré eux, ils ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes. Ils évitent les lieux animés, supermarchés ou transports en commun. Ils n’osent pas parler de cette capacité nouvelle et encombrante de peur d’être rejetés ou même déclarés fous. N’est-il pas embarrassant de savoir que la personne en face de nous est capable de connaître nos pensées ou nos émotions ? » déclare le Dr Pim van Lommel dans son livre Mort ou Pas.

Renaissance, cadeau, grâce… Si l’expérience semble « extraordinaire » à tous points de vue, il est important de souligner que la période d’acceptation et d’intégration d’une EMI prend généralement plusieurs années. Une période permettant de mettre en place les transformations nécessaires afin d’être en adéquation avec ses nouvelles valeurs et vivre pleinement sa vie ici-bas.


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