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© Michael Neugebauer
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PUBLIÉ LE 11/02/2013
Magazine » Entretiens

Jane Goodall,
l'amie des chimpanzés

Cinquante ans. Voilà plus de cinquante ans que la primatologue Jane Goodall étudie les chimpanzés et se bat pour leur préservation. Ses recherches, fruits d’années passées à leurs côtés, ont contribué à montrer tout ce qui lie l’homme à l’animal. A quelques jours de la sortie du film Chimpanzés, entretien avec l’une de ses inspiratrices.

D’où vient votre passion pour les animaux ?

En 1936, pour mon deuxième anniversaire, mon père m’a offert une peluche à l’effigie de Jubilee, un bébé chimpanzé né au zoo de Londres. Ma passion date de là ! Depuis mon enfance, je cherche à entrer en communion avec les animaux, à les observer et à les comprendre. En grandissant, j’ai pris la résolution de réaliser mon rêve : voyager en Afrique et travailler avec eux dans leur milieu naturel. A 23 ans, invitée au Kenya par une ancienne camarade d'école, j’ai rencontré l’homme qui a changé ma vie : le docteur Louis Leakey, un paléontologue et anthropologue renommé pour ses recherches sur les chimpanzés. Intéressé par les connaissances sur la faune et la flore africaines que j’avais acquises dans les livres, il m’a embauchée comme assistante. Quelques mois plus tard, nous avons évoqué la possibilité d'étudier un groupe de chimpanzés sur les rives du lac Tanganyika en Tanzanie. Tout a vraiment commencé là.

Facile de se faire une place au milieu des singes ?

Au début, j’ai eu beaucoup de mal. Ils avaient peur de moi, prenaient la fuite dès mon arrivée. J’ai mis plusieurs mois avant de pouvoir m’en approcher. Les conditions étaient difficiles, mais rien n’ébranlait ma détermination. Progressivement, ils se sont habitués à ma présence. Un jour, j’ai observé un chimpanzé en train de fabriquer et d'utiliser des outils pour attraper des termites. J’ai su que j’étais alors le témoin d’un moment crucial, qui allait bouleverser notre rapport à l’animal : à l’époque, la science estimait que l’usage de l’outil était le propre de l’homme.

Qu’avez-vous appris d’autre ?

Les chimpanzés sont biologiquement semblables aux humains : nous partageons plus de 98% de notre patrimoine génétique. Ils disposent de nombreuses capacités intellectuelles. La disposition de leur larynx les empêche de parler comme l’homme, mais ceux à qui on a enseigné le langage des signes sont capables de l’utiliser. Dans la forêt, ils émettent des vocalisations qui leur permettent de se reconnaître et d’échanger des informations à distance. Autre élément important : ils ont une personnalité et ressentent des émotions. Les membres d'une même famille maintiennent des liens toute leur vie. Ces liens peuvent être très forts, la mort vécue comme une tragédie. Les chimpanzés ont aussi la faculté de rire… et savent faire la guerre.

De quoi remettre l’homme à sa place ?

Parmi toutes les espèces, aucune n'est inférieure ou supérieure à une autre. Seuls les degrés de parenté diffèrent, en allant des espèces les plus éloignées de nous à celles les plus proches.

Que peut nous apporter une meilleure relation aux animaux ?

Vous savez ce qu’on dit : un homme qui aime les animaux ne peut être foncièrement mauvais ! Je pense qu’ils révèlent notre identité profonde. J’entends par là que la relation animale fait émerger notre bonté ou notre cruauté. Dans les deux cas, il ne s’agit que de l’expression de nos désirs ou de nos peurs.

Les grands singes restent menacés d’extinction…

Il y avait un million de chimpanzés dans les années 60 ; ils sont aujourd’hui moins de 200 000. Combien seront-ils dans vingt ans ? Ils sont victimes des épidémies, de la déforestation, mais aussi du braconnage. Certains n’hésitent pas à tuer plusieurs membres d’un même groupe pour capturer un individu, destiné soit au commerce de la viande, soit à être vendu comme animal de compagnie, aux zoos, aux cirques ou aux laboratoires. Pourtant, ce « cousin » a encore tant à nous apprendre sur nos origines ! Les chimpanzés jouent aussi un grand rôle dans la protection de la forêt : du fait de leur consommation de fruits, de leurs déplacements importants (plusieurs kilomètres par jour) et de leur longue durée de vie, ils assurent une dissémination des graines indispensable à la régénération de la forêt. S’ils disparaissent, c’est tout l’écosystème qui sera en danger. Dans la nature, tout est connecté. La détruire, c’est se détruire soi-même.

Que doit-on dire à nos enfants du règne animal et de la nature ?

Les jeunes réagissent aux maux que l'homme inflige à la Terre. Le programme éducatif Roots & Shoots que j’ai initié en faveur de l’environnement, pour et par les jeunes du monde entier, est un message d'espoir : il n'y a pas de fatalisme. Ils peuvent améliorer le sort du monde.


Chimpanzés : documentaire sur la vie d’un bébé chimpanzé, en salle à partir du 20 février 2013. Réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill, produit par Disneynature. Bande annonce :



Jane Goodall à Paris : le 12 février 2013 à 20h au Grand Rex, projection du film en avant-première, suivie d’une rencontre avec le Dr Jane Goodall. Partie des recettes reversée à l’Institut Jane Goodall France.

Institut Jane Goodall France : protection de la biodiversité, aide au développement durable et éducation des plus jeunes.


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