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PUBLIÉ LE 08/03/2011
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
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David Servan-Schreiber nous parle des guérisseurs

A l'occasion de la sortie du coffret DVD de la série documentaire Enquêtes Extraordinaires, l'INREES vous invite à découvrir le regard d'un neuropsychiatre sur les actions des guérisseurs et des barreurs de feu. Quel mystère se cache derrière le magnétisme ? Rencontre avec David Servan-Schreiber pour mieux comprendre le phénomène.

INREES : Quel regard portez-vous sur l’action de ces barreurs de feu, et autres guérisseurs ?
David Servan-Schreiber : En tant que médecin, j’ai un contrat avec le patient : ce que je lui propose ne doit pas lui faire de mal et j’ai de bonnes raisons de penser que cela lui fera même du bien. Dans ce contrat implicite, il n’est pas stipulé que je doive savoir comment ça marche ! Je connais des radiothérapeutes qui, quand ils initient un traitement conseillent à leur patient d’aller voir un barreur de feu de la région, parce que dans leur expérience, les patients traités par un barreur de feu en accompagnement de la radiothérapie ont beaucoup moins de brûlures de l’épiderme. De vraies questions se posent. Personne ne sait comment cela fonctionne. A l’heure actuelle, le fait de « barrer le feu » n’a aucune base physiologique, scientifique ou rationnelle... Mais si ça marche, les effets secondaires sont nuls, et cela permet au patient d’aller au bout de son traitement avec le maximum de bénéfices. Donc c’est finalement totalement rationnel. Ce serait même irrationnel de ne pas le faire. Quelle est la médecine la plus rationnelle : Est-ce celle qui n’utilise pas un traitement efficace sous prétexte qu’il sort des pratiques habituelles, ou est-ce celle qui va faire tout ce qu’elle peut pour soigner un patient ?

Sait-on quel mécanisme est en jeu ?
On sait que l’esprit peut avoir une influence considérable sur les mécanismes physiologiques. La peau et le système nerveux central sont issus du même tissu embryonnaire. Dans l'embryon, il n'y a que trois types de tissu : il y en a un qui va donner, le cerveau avec tous les nerfs et toute la peau. Donc la peau, c'est presque un organe du système nerveux. On peut donc imaginer que les barreurs de feu, par des mécanismes psychologiques savent agir sur les réactions de la peau à une agression extérieure. Ayant dit cela, je ne vous ai pas expliqué le début du pourquoi du comment.

Certains magnétiseurs disent activer des mécanismes d’autoguérison chez ceux qu’ils ont en face d’eux. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
L’effet placebo est incontournable. Toute la science le reconnaît et ce n’est rien d’autre que cela : activer des mécanismes d'autoguérison qui forcément sont là puisqu'on fait une intervention qui pour nous, médecins, n'est pas censée avoir d'effet, or il y a un effet de guérison qui se manifeste. Il faut comprendre qu’un effet placebo qu'on contrôle, qui, à chaque fois qu’on l’utilise, guérit le patient, n’est plus un placébo, c’est un traitement. Souvent, il y a une confusion. Les médecins parlent d'effet placebo pour désigner quelque chose qu'on ne contrôle pas, qui n'est pas efficace, quelque chose qui est dans la tête du patient. Mais si une guérison s'opère au niveau de la peau, de façon systématique avec la même intervention, même si elle n'a pas de fondements scientifiques, vous avez là un véritable traitement.

Et sur les maladies sur lesquelles vous vous êtes penché, notamment sur le cancer, est-ce que, en dehors de la radiothérapie, il y a d'autres champs de cette maladie qui peuvent éventuellement intégrer les pratiques alternatives, voire du travail de guérisseur ?
En travaillant longtemps avec des gens qui ont souffert de cancer, en donnant des conférences dans le monde entier sur le sujet, j’ai rencontré énormément de personnes qui m’ont raconté qu'un guérisseur a joué un rôle important dans leur maladie. Ça ne prouve rien scientifiquement. Ils ont aussi fait de la radiothérapie, de la chimiothérapie, de la chirurgie. qu'est-ce qui a véritablement permis la guérison ? On n’a jamais la réponse définitive. Mais beaucoup de gens sont convaincus que certains guérisseurs les ont prodigieusement aidés dans leur approche de la maladie. Pour moi, tant qu'un guérisseur ne vous prend pas trop d'argent, qu'il ne vous fait rien faire de dangereux, qu'il ne vous empêche pas de suivre les traitements conventionnels dont on sait qu'ils sont efficaces, il n’y a pas de charlatanisme ni de danger. Mais il faut évidemment avancer sur ce terrain avec beaucoup de précaution.

Dans votre parcours de malade, avez-vous envisagé d’avoir recours à un guérisseur ?
J’ai accompagné une jeune femme qui avait un cancer très grave voir un chamane amérindien, un sioux dans le Dakota du Sud. Ma curiosité était attisée. C’était un des derniers grands chamanes. Je n’ai pas résisté à la tentation de lui poser des questions sur moi car je savais que je portais un cancer au cerveau mais j’allais bien depuis plusieurs années. Il a mis ses mains autour de moi, il a invoqué les esprits et il m’a dit : il n’y plus rien, vous allez très bien. « Vous savez, a-t-il ajouté avec humour, le vrai guérisseur ici, ce n’est pas moi, c’est ma mère, qui a 95 ans et ne travaille plus parce qu’elle est trop fatiguée. C’est à elle qu’il faudrait demander. » Le lendemain, je suis donc allé voir sa mère avec lui et je lui ai posé la même question. C’était une petite dame toute frêle et édentée qui vivait dans une roulotte mais qui avait des yeux extrêmement vifs, perçants et d’une grande intelligence. On sentait une vivacité d’âme extraordinaire. Elle a mis sa main sur la tête à l’endroit où j’avais eu ma tumeur et elle m’a dit : « votre tumeur est revenue, elle est là, il va falloir vous faire soigner à nouveau, mais tout ira bien. » Je venais de faire des examens qui indiquaient que la tumeur se comportait parfaitement normalement et qu’il n’y avait pas de danger. J’ai donc pris ça un peu à la légère. Mais au bout de trois mois, un peu avant la date prévue, je suis allé refaire des examens. La tumeur était revenue et elle avait beaucoup grossie. Il a fallu que je refasse toute une série de traitements. Aujourd’hui je vais très bien. Il y a quelque chose de très mystérieux dans cette histoire pour laquelle je n’ai pas d’explication. C’était ma rencontre avec ce monde mystérieux des guérisseurs.

Il y a des notions d’énergie, de rapport avec des traumatismes de choses passées. Cela fait-il sens pour vous, en tant que neuropsychiatre ?
Pour moi, il ne fait aucun doute que les traumatismes du passé jouent un rôle majeur dans la physiologie du présent. Si vous portez avec vous une immense douleur d’avoir été très impuissant dans des situations de guerre, de viol, de mort d’un parent ou d’un enfant, des dizaines d’années plus tard vous pouvez encore en souffrir et dans la physiologie, on peut détecter des anomalies, par exemple de la cortisone, de la noradrénaline, dont on sait qu’elles agissent sur la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer. Donc pour moi il n’y a aucun doute, en tant que scientifique. On sait par quels mécanismes des traumatismes psychologiques peuvent affecter nos capacités à lutter contre la maladie. En tant que médecin, que psychiatre, j’insiste toujours pour que mes patients qui font face à des maladies graves se nettoient autant que possible de leurs traumatismes afin que leur physiologie puisse lutter le plus efficacement possible contre la maladie.

Ce mystère de la guérisseuse sioux, qu’est-ce que cela éveille en vous ?
Le respect pour le mystère. Je pense que c’est la seule attitude plausible à avoir en médecine aujourd’hui : faire le plus possible avec ce que l’on sait, aller le plus loin possible, et garder le respect pour ce mystère qu’est la vie et sa capacité à se renouveler, à se soigner, à se guérir, à se décupler, que nous ne maîtrisons pas scientifiquement.

Découvrez aussi les documentaires Enquêtes Extraordinaires avec Stéphane Allix :
Saison 1 - Enquêtes Extraordinaires »
Saison 2 - Enquêtes Extraordinaires »


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