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Mercredi 27 Juin 2012 / Par Audrey Mouge
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Enquêtes

Des guérisseurs et des médecins

Entre le guérisseur aux mains nues et le médecin en blouse blanche, la frontière est moins infranchissable qu'il n'y paraît. La collaboration existe déjà et le dialogue entre les deux approches est prometteur.
© Cécile Plantin
7 janvier 2011, Artas, dans l’Isère. Alice J., 72 ans, est brûlée au troisième degré, de la tête aux pieds. Sa chaudière a explosé. Elle est transportée d’urgence en hélicoptère au service des grands brûlés d’un hôpital de Lyon, et mise immédiatement sous coma thérapeutique. Quand sa fille apprend la nouvelle, elle se précipite sur son téléphone pour appeler René Blanc, un pompier retraité qui possède un secret, « le secret », comme on a coutume de le dire, pour désigner le don du barreur de feu : une prière murmurée, quelques mots accompagnés de gestes discrets, qui atténuent à distance le feu des brûlures et accélèrent la cicatrisation. Pour intervenir, René Blanc n’a besoin que du prénom de la personne, des circonstances de l’accident, et de la localisation des zones endommagées. Inutile pour lui de se déplacer au chevet de ceux qu’il aide, tout se fait par téléphone, pour rendre service. Après trente-quatre jours de coma, Alice reprend connaissance. Elle est intubée, sa peau calcinée mais elle ne ressent aucune douleur. Ses brûlures sont pourtant spectaculaires. « Les médecins ont voulu m’installer une perfusion de morphine. J’ai refusé. C’était inutile, je n’en avais pas besoin ! », se souvient-elle. Le Dr Pierre Lacroix, chirurgien plasticien, brûlologue, spécialiste des greffes de peau dans ce même hôpital, connaissait déjà René Blanc. Très intéressé par l’effet antalgique presque immédiat du « secret » et de son pouvoir de guérison précoce constatés chez de nombreux patients faisant eux-mêmes appel à un barreur de feu, il a souhaité un jour rencontrer ce faiseur de secret. Deux hommes, deux générations différentes, deux univers éloignés l’un de l’autre, deux modes d’intervention divergents mais qui, très vite, se sont trouvés des affinités, engagés dans un même combat: réparer les lésions causées par le feu et apaiser les sou rances des autres, de la manière la plus efficace possible. C’est ainsi que le médecin et le barreur de feu ont, pour la première fois, uni leurs compétences pour aider Alice. D’un côté, le Dr Lacroix, au bloc opératoire de l’hôpital de Lyon, a procédé à plusieurs greffes de peau sur le visage et sur le corps de la brûlée. De l’autre, René Blanc, chez lui, à  Thonon, a soulagé à distance ses douleurs et lui a permis de cicatriser plus rapidement. Le premier travaillant sur son corps physique, le second sur un autre aspect de sa personne.

La médecine est parvenue à s’imposer comme le modèle thérapeutique dominant, aidée par des succès majeurs comme l’anesthésie, la chirurgie, la découverte des antibiotiques... Elle a également développé une formidable connaissance des maladies à partir de la classification des symptômes de détresse du corps et du psychisme, et de leur regroupement en pathologies. C’est le constat de Jean- Dominique Michel, spécialiste en anthropologie médicale qui souligne aussi ses limites en lien avec ses caractéristiques matérialistes. « C’est à la fois la force et la faiblesse de la médecine de ne traiter que ce qui est observable et objectivable. Les pratiques de santé alternatives reposent sur d’autres représentations que celle du corps en tant que manifestation physicochimique. Elles s’enracinent dans des visions immatérielles de l’être humain, considérant que le corps et ses manifestations de santé et de maladies ne sont que le reflet d’une réalité existant dans un plan non matériel. »

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