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PUBLIÉ LE 17/02/2015
  • Caroline Escartefigues
    Auteur
Magazine » Enquêtes

Dialogues inter-religieux :
vers un esprit d’Unité

Les violences de Janvier dernier à Paris semblent avoir accru les tensions entre les trois grandes religions monothéïstes. Pourtant, de nombreuses personnes de toutes confessions se lèvent dans le monde afin de valoriser un message de paix et d’amour. Lumière sur ces initiatives peu médiatisées !

Une image forte qui pourrait surprendre : Mohammed Chirani, musulman, aux côtés de Patrice Gourrier, prêtre catholique, lançant ensemble un appel au jeûne, à la prière, et au partage, contre la division et la violence. Leur message a instantanément reçu le soutien du rabbin Avraham Weill et du moine bouddhiste Matthieu Ricard, qui l’a décrit comme une « déclaration en faveur d’un altruisme durable ». Comme l’explique Mohammed Chirani : « Lorsque nous avons faim, nous prenons conscience que nous appartenons à une communauté où sont présents des nécessiteux avec lesquels nous devons partager. » Le terme religion signifie d’ailleurs étymologiquement en latin relier. Et si la spiritualité passait avant tout par un lien humble et ouvert envers son prochain ?


Une mobilisation des dirigeants religieux


En novembre 2014, le pape François réunissait à Saint-Pierre de Rome quinze représentants des grandes religions afin d’œuvrer contre l’esclavage moderne. Quelques jours auparavant, il priait avec le grand Mufti à la Mosquée Bleue. Et le judaïsme et l’islam ne sont pas en reste, Alain Michel, président de la Fondation Hommes de Parole, organise depuis 2003 le Congrès des Imamms et des Rabins. Comme il le précise, « la parole a été volée par les extrémistes, et il importe de faire savoir que ce dialogue existe afin que toutes les diasporas se reconnaissent au travers de celui-ci ». Des cercles de paix sont par ailleurs organisés quotidiennement aux quatre coins de la planète. On peut citer notamment le cas de treize sages indigènes dites « les 13 grands-mères » qui se réunissent annuellement depuis 2004 pour garantir la santé de la Terre Mère.

Dans cette nouvelle ère, des zones de conflit s’adoucissent. A Jérusalem notamment, depuis février 2009, des conférences ont lieu sur le thème «enseigner l’islam aux Juifs et le judaïsme aux musulmans». L’ICCI (Conseil de Coordination Interreligieux en Israël) s’est donnée pour mission de relier les enseignements et les valeurs des trois héritages abrahamiques pour en faire des sources de réconciliation, de coexistence et de compréhension. Il accueille également des animateurs étrangers confrontés à des tensions intercommunautaires. L’ICCI travaille ainsi avec des jeunes, des femmes et des leaders religieux pour promouvoir la coexistence juive arabe et pour la mise en place de des projets construisant la paix.


De l’utopie à la réalité


Situé sur une colline en bordure de la vallée d’Ayalon, le village de Nevé Shalom - Wahat as-Salam signifiant « Oasis de Paix » en hébreu et en arabe fut établi conjointement en 1970 par des Juifs, des chrétiens et des Arabes palestiniens, tous citoyens d’Israël. Ne supportant plus la guerre, ils partirent courageusement vers l’inconnu dans un climat d’insécurité pour bâtir ce havre de paix harmonieux. Comme nous l’explique le père Bruno Husar, fondateur de cette communauté : « Ils l'ont fait parce qu'ils ne pouvaient souffrir de vivre dans ce pays où deux peuples ne cessent de se battre, sans faire quelque chose pour les aider à se réconcilier dans la paix. ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la coexistence ne mêle pas les traditions les unes aux autres. « Neve Shalom n’est pas une histoire de syncrétisme », assure Anne Le Meignen, intervenante sur le lieu. « Chacun est qui il est et garde son identité propre. Nous avons simplement fait le choix de vivre ensemble…Ou plutôt celui d’être heureux ensemble. »

Ce village a par ailleurs essaimé des démarches de paix dans tout le territoire depuis sa création. Parmi celles-ci, on peut citer l’Association Parent Circle qui regroupe plus de 700 familles ayant perdu leurs enfants durant le conflit. Victimes de la guerre, elles ont décidé de pardonner, de promouvoir un message de paix hélas trop peu relayé par les médias. Les parents travaillent ensemble, organisent des rencontres hebdomadaires avec des artistes et des acteurs internationaux pour communiquer et œuvrer concrètement en faveur de la réconciliation.


Citoyens du monde


Mais comment permettre à la nouvelle génération de s’ouvrir à son prochain, dans un environnement médiatique aussi clivant et stigmatisant ? L’absence de communication autour du dialogue inter religieux déforme en effet le prisme de la réalité, pouvant entrainer des tensions. Interviewé récemment sur France Inter, Michel Sarfati, Rabin de Rungis et président de l’Amitié Judéo-chrétienne le souligne : « Nombreux sont les enseignants qui font face à des préjugés sans pouvoir les dissiper. Le travail est donc un travail en profondeur, un travail de contact. Et cela n’a rien de théologique. Dieu est dans le cœur des hommes ».

Comme le souligne par ailleurs Tarek Oubrou, grand Imam de Bordeaux : « Dans les médias on entend tout ce qui est extrémiste, mais dans le quotidien il y a de belles relations et les initiatives de terrain pour montrer que les religions œuvrent toutes pour la fraternité sont légions ». Ainsi dans la plupart des quartiers dits sensibles des actions quotidiennes sont menées dans le sens du dialogue et du partage de valeurs communes que sont le respect et le vivre ensemble.

Alain Michel, de la Fondation Hommes de Parole, et Christiane Singer, ont d’ailleurs mis en place cette année un voyage organisé, qui conduira 14 jeunes de cité issus des trois religions en Israël et en Palestine. « Les cinq premiers jours ils auront le désert pour se vider la tête. Par la suite ils rencontreront les habitants des deux pays dans leur vie, camps, associations, communauté de vie inter-religieuses. (…) Ils iront ensuite dans les écoles pour témoigner et désamorcer l’antisémitisme et l’islamophobie. Vivre ensemble c’est surtout une aventure humaine », nous explique Alain Michel.

Nelson Mandela a parlé de la bonté comme « d’une flamme que l’on peut cacher, mais que l’on ne peut jamais éteindre ». Ne serait-il pas temps de révéler enfin à large échelle cette bonté à l’œuvre, afin qu’une image d’unité remplace celle des tensions dans les esprits ? Une courageuse résistance pacifique à l’intolérance et à la violence s’organise en tout cas en coulisses, prouvant que si Dieu a plusieurs visages, il n’a qu’un seul cœur.


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