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© Stéphanie Jeanclaude
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PUBLIÉ LE 31/03/2015

A RETROUVER DANS

Inexploré n°20

Guérir sa maison

LE LIVRE À LIRE

Zen Shiatsu, chevaux et spiritualité

Christelle Pernot
Editions du Maitre du Coeur
Magazine » Air du temps

Du shiatsu pour les chevaux

On sait le lien fort qui nous unit au cheval, et le réconfort qu’il peut nous procurer. Juste retour des choses, le shiatsu équin s’intéresse au bien-être de l’animal. A la clé : un équilibre retrouvé.

Le soigneur entre dans le box, dit bonjour au cheval. D’un regard, il observe son comportement et son environnement. Puis pose les mains sur lui, attendant qu’il accepte le contact. « Tout se joue déjà là, dans la relation de confiance et de partage qui s’installe », explique Hervé Eugène, qui enseigne le shiatsu équin du côté de Tours.

Née dans les années 80 aux Etats-Unis, cette pratique émerge en France depuis dix ans. Fondée sur les principes de la médecine traditionnelle chinoise, elle vise à rétablir l’équilibre énergétique qui régule en profondeur la santé physique et psychique de l’animal, par des pressions le long des canaux et points d’énergie, reliés aux différents organes et systèmes vitaux.

« La cartographie des méridiens du cheval n’est pas la même que chez l’homme », indique Hervé Eugène. Autre grande différence : la réceptivité immédiate de l’animal. « Doté d’un sens du toucher hyper-développé, il détectera le moindre geste, ainsi que le moindre signe de stress ou d’hésitation du soigneur. » D’où la nécessité pour le soigneur d’être 100% présent à ce qu’il fait, à l’écoute du cheval et de ses réactions.

Impossible aussi de lui imposer quoi que ce soit : contrairement à l’homme, qui accepte de souffrir pour son bien, le cheval ne tolère pas la douleur. « En shiatsu équin, le praticien propose la technique, et l’animal dispose, écrit Christelle Pernot, pionnière de la discipline en France. Il n’y a aucune obligation ou soumission, car seul le geste consenti est sain. »


Les mains du bonheur


Silence. Le temps est suspendu, tout est dans l’attention, le ressenti. De main à peau, d’âme à âme, l’homme et le cheval dialoguent. « Il n’y a jamais deux cas identiques. A chaque fois, je m’adapte à l’individualité du cheval et aux besoins que je perçois », souligne Opportune Coste, praticienne en région parisienne.

Pouces, doigts, paumes… Tout commence par un effleurage du corps de l’animal d’une main douce mais ferme, afin d’identifier ses zones sensibles, « chaudes ou froides », de tension, de relâchement ou de déséquilibre. Par cet état des lieux, le soigneur détecte sur quels méridiens il va ensuite travailler, afin de dénouer les blocages et ré-harmoniser l’énergie.

Trois quarts d’heure et quelques mouvements de stretching plus tard, pour « oxygéner les tissus et favoriser leur élasticité », la séance est finie. Et l’animal serein. « Au début, il peut être surpris par la pratique et les sensations qu’elle induit, mais il plonge vite dans un abîme de bonheur ! raconte Opportune Coste. Dès la deuxième séance, il suffit de poser les mains sur son corps pour sentir l’énergie circuler. » Et observer l’animal baisser la garde, bailler, fermer les yeux, soupirer… « Un jour, j’ai donné un shiatsu à un solide Percheron ; son propriétaire était ébahi de voir sa grosse tête se poser sur mon épaule, dans un abandon total ! »

Sur le plan physique aussi, les résultats peuvent être étonnants. « Je me souviens d’un cheval qui avait été intoxiqué par une plante et commençait à devenir handicapé, raconte Stéphanie Jeanclaude, installée dans le Béarn. Pour les vétérinaires, il était condamné. En quelques séances, le shiatsu l’a remis sur pied. Il a repris la compétition. » Opportune Coste acquiesce : lorsqu’il est pratiqué par des gens certifiés, qui maîtrisent non seulement les fondements de la médecine chinoise mais la physiologie et la psychologie des chevaux, le shiatsu améliore le bien-être de l’animal. « Le but n’est pas de se poser en substitut des vétérinaires ! précise-t-elle. Notre approche est complémentaire, fondée sur l’entretien, la prévention, la vitalité générale. » Et là-dessus, l’animal ne triche pas : « Je sais tout de suite que je lui ai fait du bien, remarque Hervé Eugène. Et moi aussi, par effet de symbiose, je me sens mieux. »


Un échange équilibré


Tout est là, dans la réciprocité. « Les chevaux sont des éponges à émotions ; par le shiatsu, on bénéficie de leur énergie. Après une séance, j’ai mes batteries rechargées et des ailes dans le dos ! » confirme Opportune Coste. Mieux : le shiatsu équin approfondit le lien, « il instaure une relation qui n’est plus basée uniquement sur une attente de l’homme envers l’animal. Le premier se met à l’écoute et au service du second », dit Stéphanie Jeanclaude.

En filigrane, il amène à se remettre en question : que cherche-t-on auprès des chevaux ? Comment les traite-t-on ? Que leur transmet-on ? « Le cavalier forme avec sa monture un couple fusionnel », commente Opportune Coste. Physiquement, l’animal compense les tensions de son cavalier – ainsi que les déséquilibres causés, par exemple, par une alimentation de piètre qualité ou des sabots mal entretenus. Psychologiquement, il peut être parasité par des émotions négatives, ou boosté par une attitude bienveillante… « Une fois qu’il a découvert le shiatsu, l’animal exprime plus clairement ce qu’il lui convient ou non, note Stéphanie Jeanclaude. Au cavalier ou au propriétaire de s’adapter. L’échange devient plus juste, plus équilibré. »

Voire « un peu magique ». « Depuis que je pratique, je me sens bien plus en connexion avec tout ce qui m’entoure, conclut la soigneuse. Mes priorités ne sont plus les mêmes. » Comme si le shiatsu équin, au-delà de ses vertus sur l’animal, était une invitation à s’interroger sur notre propre hygiène de vie et de pensée, envers nous-mêmes et envers les autres. Coup de pouce à une nouvelle conscience.


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