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PUBLIÉ LE 19/05/2014
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Eloge de la lucidité

Ilios Kotsou
Éditions Robert Laffont
Magazine » Air du temps

Dur dur d’être heureux…
Et si on osait ?

Comment aller à la rencontre du bonheur véritable ? Pour Ilios Kotsou, Doctorant à l’Université Libre de Bruxelles en psychologie des émotions et participant à l’événement L’Art d’Etre(S) Heureux en juin, le bonheur se cache en nous et semble pouvoir se cultiver, chaque jour…

Pourquoi la question du bonheur est-elle sur toutes les lèvres et occupe-t-elle une place si centrale en notre époque ?
I. K. : La question du bonheur est centrale pour tous, depuis toujours. Si on regarde la philosophie grecque antique, la question de la vie bonne, qui a du sens, qui nous rend heureux, était un enjeu essentiel, et c’est ainsi dans la grande majorité des traditions philosophiques et religieuses. En revanche, nous vivons aujourd’hui dans nos pays une époque où, pour la première fois peut-être, nous avons les circonstances extérieures, les moyens matériels, qui nous permettraient d’être heureux... mais nous ne le sommes souvent pas. C’est cela qui interpelle. Et les choses vont très loin : d’après les projections de l’Organisation mondiale de santé, les problèmes de santé mentale comme la dépression ou l’anxiété – qui sont en fait liés au mal-être – seront la première cause d’invalidité dans le monde d’ici 2030.

Que veut vraiment dire « être heureux » ?
I. K. : En résumant assez fort, on pourrait dire qu’il y a deux grandes conceptions du bonheur. Selon la première, le bonheur est quelque chose de matériel, que l’on peut acheter et même vendre. C’est ce que nous fait croire la société consumériste d’aujourd’hui. Mais les recherches scientifiques, et les traditions philosophiques comme le bouddhisme, nous montrent que plus on court après ce type de bonheur-là, moins on l’atteint car il n’est pas réel : c’est comme se mettre en route pour un pays qui n’existe pas, où on n’arrive jamais. On peut donc plutôt voir le bonheur comme une attitude intérieure que l’on peut cultiver, jour après jour. Comme une manière de marcher sur un chemin de vie qui a du sens, quelles que soient les circonstances extérieures. Le bonheur dans ce cas-là n’est pas opposé à la tristesse, à des circonstances défavorables de vie, car il est possible de percevoir, à force de travail intérieur, que la vie vaut la peine d’être vécue même si elle peut être difficile. Ce bonheur-là est donc accessible à tous.

Nous avons donc certaines illusions sur ce qui peut nous rendre heureux ?
I. K. : C’est exactement cela. La caractéristique d’une illusion, ou d’un mirage, c’est d’être très attrayant et de promettre un accès aisé à quelque chose qui, a priori, ne l’est pas. C’est ce que fait la conception consumériste du bonheur : elle nous promet l’oasis, mais tout comme un mirage, elle est illusoire et risque ainsi de nous entraîner dans une mauvaise direction, encore plus loin du bonheur véritable. Ce qu’il faut faire quand on est en plein désert, c’est tout d’abord oser la lucidité de se rendre compte que les choses ne vont pas très bien ; mais pour cela il faut pouvoir se rendre compte qu’on est souvent prisonniers d’illusions sur ce qui peut nous rendre heureux... Et être lucide, c’est au début beaucoup moins agréable que de poursuivre un mirage ; c’est sur le long terme que cette attitude nous permet de cultiver et d’agrandir en nous une place qui nous permet de nous sentir plus libres quand les choses ne vont pas bien.

Alors comment cela se fait-il qu’on puisse parfois se sentir heureux alors qu’on est dans ce mirage de bonheur matériel ?
I. K. : Evidemment, je n’ai pas dit que les moyens matériels nous rendaient malheureux. On a besoin d’un minimum de moyens matériels pour être heureux, c’est une évidence. En revanche, des moyens matériels importants ne protègent pas de souffrances émotionnelles ou des difficultés que nous amènera la vie, telles que le décès d’un proche, un échec professionnel, une rupture amoureuse, une déception... Les moyens matériels ne permettent pas d’être heureux quel que soit le contexte. C’est changer son regard et développer cette attitude intérieure, qui est la voie pour vivre heureux en étant moins affectés par les conditions extérieures, tout ce qui, au final, ne dépend pas de nous. C’est la véritable valorisation des valeurs intrinsèques comme les liens sociaux ou la compassion qui apporte le plus finalement, et ce, quel que soit le niveau d’aisance matérielle. Au niveau scientifique, on a d’ailleurs pu documenter que des facteurs intrinsèques comme les liens sociaux, la générosité, l’altruisme étaient des prédicteurs du bonheur plus importants que les facteurs extrinsèques comme la célébrité ou le pouvoir, par exemple.

Existe-t-il un lien entre bonheur et spiritualité ?
I. K. : Je dirais que oui. Une des grandes façons d’être plus épanoui, plus « heureux », est justement de cultiver cette richesse intérieure, par la méditation de pleine conscience par exemple. Cette approche nous permet une reconnexion à ce qui est fondamental en nous, mais également plus de lien « présent » aux autres : les études scientifiques montrent que quand on pratique la pleine conscience, non seulement nous nous sentons mieux personnellement, mais nous devenons plus altruistes. C’est intéressant de noter qu’à l’inverse de ce que l’on pourrait imaginer, méditer ne nous rend pas nombrilistes mais qu’au contraire, cela peut nous ouvrir au monde. C’est donc à ce titre qu’on peut faire un lien à la spiritualité puisque justement une vie spirituelle c’est quelque chose qui donne du sens, nous reconnecte à nous-mêmes, aux autres, et au monde.

Avez-vous vécu une leçon de bonheur particulière dans votre vie ?
I. K. : Je pense qu’être parent est une leçon incroyable de bonheur et de vie. Je viens tout juste de devenir papa et c’est un bonheur qui ramène au moment présent à chaque instant : je dors moins, j’ai des gros moments de fatigue, et cela n’est pas tous les jours facile, mais en même temps prendre soin d’un petit être que la vie nous a confié apporte tellement de sens à la vie. Le bonheur, ce n’est pas simplement du plaisir tout le temps, même si le plaisir en fait partie, c’est une grande aventure de connexion à soi et à l’autre, et de sens, qui sont des éléments du bonheur qui vont au-delà de simples instants de plaisir ou d’émotions positives.

Plus d’informations sur l’événement « L’Art d’Etre(S) Heureux » et inscription


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