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PUBLIÉ LE 30/03/2010
  • illustration de Alessandra Buronzo Alessandra Buronzo
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Thierry Janssen : écouter sa voix intérieure

Pourquoi, alors que jeune chirurgien et promis à un avenir brillant, Thierry Janssen décide-t-il de tout quitter ? Que lui a dit sa voix intérieure ? Pourquoi a-t-il choisi de l’entendre, et de la suivre ? Thierry Janssen revient sur son parcours et nous évoque l’importance d’écouter sa voix intérieure afin de suivre son cheminement personnel.

C’est en Belgique, à l’âge de 18 ans, que Thierry Janssen commence ses études de médecine dans le but de pouvoir pratiquer la chirurgie. C’est son rêve depuis qu’il a croisé, un jour dans un hôpital, le chirurgien qui a opéré sa maman. Il se promet alors qu’une fois adulte, il fera comme le monsieur qui s’est si bien occupé d’elle. L’heure venue, Thierry se coupe du reste du monde pour se consacrer à fond à ses études. Il fait tellement d’efforts, seul dans sa chambre, passant son temps à étudier, qu’il a le sentiment de « bousiller » sa jeunesse, de sacrifier son insouciance. A force de volonté, il obtient son diplôme et, sélectionné au concours de la spécialisation en chirurgie, il décide même de devenir professeur. Car, il est déçu par l’enseignement qu’il a reçu. « Je cherchais des maîtres, capables de témoigner et d’accompagner, je n’ai trouvé que des personnes savantes qui me demandaient de répéter leur savoir » Enfin, à l’âge de 33 ans, Thierry Janssen obtient ce qu’il veut : un poste académique à l’université de Bruxelles. Cependant le bonheur n’est pas au rendez-vous. « Malgré tout ce que j’avais, je n’étais pas satisfait… ou plutôt je commençais à ne plus être satisfait ! Je ressentais une sorte d’inconfort : j’étais tendu et agressif. Je me mettais facilement en colère, c’était incontrôlable, j’étais devenu caractériel et franchement infernal ! »

A cette époque, Thierry est convaincu que la cause de son mal-être est à rechercher dans le comportement des autres, dans le fonctionnement du monde hospitalier et universitaire. Il a beau souffrir d’eczéma et de conjonctivites à répétition, rien ne le fait douter de lui. Il ne réagit même pas face à la remarque d’un confrère dermatologue qui lui dit : « tu dois être bien mal dans ta peau » ou à celle d’un ami psychiatre qui lui demande « qu’est-ce que tu ne veux pas voir ? » ! Convaincu qu’il lui faut changer d’air, il se fait nommer dans le centre de cancérologie de l’université.

Le 5 janvier 1998, Thierry Janssen prend ses fonctions dans le prestigieux Institut Bordet à Bruxelles pour occuper un poste hiérarchiquement plus élevé. Théoriquement il devrait être content... Mais, en arrivant à l’hôpital, le premier matin, il ne se doute pas que sa vie va définitivement changer. Dans l’ascenseur qui l’amène à l’étage de son bureau, sa nouvelle secrétaire lui parle, mais Thierry ne comprend pas ce qu’elle lui dit. Tout ce qu’il perçoit, c’est une angoisse qui monte en lui. Dès qu’il entre dans son nouveau bureau, surpris, il entend une voix. « C’était parfaitement audible, j’entendais ma propre voix. C’était incroyable de l’entendre, mais je sais que c’était la mienne… Enfin, j’ai le sentiment que c’était la mienne. Je l’ai entendue me dire « Si tu restes ici, tu vas mourir ». Je l’ai entendue si clairement ! ». Sans hésitation, Thierry s’assoit dans le fauteuil du bureau qui aurait dû être le sien pour longtemps et écrit d’un seul trait sa lettre de démission. Il ne doute pas une seconde de son geste. Pour lui, il ne s’agissait pas de prendre une décision, il n’y avait pas de pour, ni de contre, aucune balance devant lui… Il n’y avait pas à justifier ou à argumenter, sa démarche était de l’ordre du choix, elle l’impliquait dans tout son être. « Parfois on me dit que j’ai fait preuve de courage. Je ne pense pas que j’ai eu du courage. J’ai simplement perçu le danger comme si j’avais le feu aux fesses et que ça brûlait. Si je restais, j’allais être consumé. J’ai « sauté par la fenêtre », il ne m’a pas fallu de courage pour ça ! J’ai écouté mon instinct de survie. » Ce jour-là, Thierry fait son choix avec le sentiment qu’il ne peut plus tricher avec lui-même. Il quitte l’hôpital avec un sentiment de joie profonde. « Je n’avais jamais ressenti ça : une telle puissance, non pas de domination, mais de potentiel. Un tel potentiel… J’ai téléphoné à la personne qui partage ma vie et je lui ai dit : « tu sais aujourd’hui je suis né une seconde fois ». Pour moi le 5 janvier est un anniversaire aussi important que celui de la date de ma naissance biologique. »

Cette phrase entendue à l’intérieur de lui-même a été une « évidence » dans la vie de Thierry Janssen. « Ce que j’ai vécu était à la fois physique, intellectuel et émotionnel. Tout mon être était concerné, engagé, il n’y avait pas à réfléchir. »

En rentrant à la maison, dans sa voiture, il ne sait pas ce qu’il va faire de sa vie, mais il sait ce qu’il ne fera plus ! « L’homme ne va jamais aussi loin que lorsqu’il ne sait pas où il va » disait Christophe Colomb... Et Thierry Janssen ajoute : « Si l’on accepte d’aller dans l’inconnu, on découvre beaucoup plus que ce que l’on croyait trouver. Colomb n’a pas découvert l’Inde, il a découvert beaucoup plus, il a débarqué sur un nouveau continent. Moi, j’ai découvert qui j’étais. Et ce que je suis est beaucoup plus que ce que je croyais être. »

Thierry Janssen dit enfin « oui » à lui-même, tout en ayant la conviction que quelque chose est en train de mourir en lui. Mourir à soi-même pour renaître. C’est la fin d’une longue série d’années infernales, pendant lesquelles, en bon perfectionniste, il a donné le meilleur à ses patients pour être toujours efficace. C’était sans compter avec le bon sens profond qui l’habitait, cette petite voix qui nous rappelle, si nous voulons bien l’écouter, ce qui est réellement bon pour nous. Depuis, il a appris à écouter les messages de cette voix de sagesse. « Elle est toujours là, même si je ne l’écoute pas tout le temps ! Car la peur m’empêche parfois de l’entendre… Quand j’ai peur, je construis mentalement des raisons de justifier des défenses qui ne sont pas forcément nécessaires. Je projette alors des raisons d’avoir peur très illusoires, j’imagine des évènements qui ne se produiront probablement jamais ou qui ont une faible probabilité de se produire. De grands délires (rires) qui m’empêchent de garder mon bon sens et, du coup, d’orienter ma vie dans la bonne direction, dans le respect de mes besoins essentiels… ». Le quotidien change alors brusquement et Thierry Janssen est au début d’un grand virage.

Une fois quitté l’hôpital, un grand nombre d’évènements se présentent à lui. Ceux-ci s’apparentent à de véritables « synchronicités », des situations pleines de sens dont Carl Gustav Jung dit qu’elles surviennent surtout dans des périodes de transformation, participant à la réorganisation d’un chaos dans lequel nous nous trouvons, alors que nous sommes en chemin vers un état de nouvel équilibre. « Je ne sais pas si c’est la seule explication à y apporter mais c’est l’expérience que j’en ai ! » A ceux qui lui demandent comment ils peuvent faire la même chose, Thierry répond : « Il n’est pas nécessaire de faire la même chose, moi j’ai fait ce que je pouvais. Quelqu’un d’autre n’a pas forcément besoin de rompre aussi brutalement avec son passé. Cependant, si on se pose la question, c’est que l’on a un doute, une sorte d’appel à faire autre chose ou à faire autrement. Il serait dommage de se donner des excuses pour ne pas y répondre ».

Fortifié et même un peu euphorique, Thierry n’a pas de mal à rester fidèle à son choix car, pour lui, il s’agit de rester près de lui-même. Néanmoins, peu de temps après, la peur et le doute l’envahissent, devant les factures à payer, le regard des autres, le jugement de ses parents et l’incompréhension de ses amis. C’est à ce moment qu’une amie lui annonce son départ pour Paris en tant qu’attachée de presse du couturier Giorgio Armani. Apprenant que cette société de mode recherche un directeur pour ses magasins Emporio, la voix de Thierry lui souffle à l’oreille : « Toi, tu vas faire ça ! ». Et, contre toute attente, en dépit de toute logique, peu de temps après l’envoi de sa candidature, il obtient le poste ! « Pour moi cette expérience a été une étape très initiatique. Je n’avais aucun intérêt pour la mode, comme chirurgien je vivais en pyjama vert et j’étais chaussé de sabots en caoutchouc. J’ai postulé parce que c’était Paris, une ville que j’aime et que je considère comme «ma» ville. De plus, je croyais que la mode allait être un univers léger et facile. Et puis, mon ego avait besoin de savoir que si j’avais lâché une carrière «brillante», je pouvais continuer à travailler dans un environnement tout aussi brillant et remarquable. Cela me rassurait énormément. » Cependant, Thierry va bientôt s’apercevoir que son essence profonde n’est pas rassasiée par ce mode de vie. Le passage chez Armani lui permet de découvrir qu’il paye un prix trop lourd pour exercer le pouvoir et satisfaire son besoin de reconnaissance. Il gagne très bien sa vie, tout est plein de paillettes autour de lui. Mais la petite voix… ? Il ne l’écoute pas, malgré le mal-être physique, la tension et l’agressivité qui reviennent. « J’étais aveuglé par ma croyance. Je pensais que sans ce job, je ne pourrais pas survivre. J’avais peur. » Mais un beau jour, la direction d’Armani lui demande de partir. Les qualités de sérieux et de rigueur pour lesquelles il avait été engagé devenaient des défauts. « Je n’avais pas la culture de cet univers professionnel et j’ai manqué d’humilité en imposant mes vues à des personnes qui, elles, travaillaient depuis de nombreuses années dans le monde de la mode. L’humilité est tellement importante, je ne m’en rendais pas compte, tout simplement parce que j’avais peur d’échouer, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas être assez bien. J’avais trop d’ego. »

Grâce à l’indemnité de licenciement, Thierry décide de ne pas travailler tant qu’il y aura de l’argent sur son compte. Il s’offre alors une année à Paris, dans le même appartement. « Je ne voulais rien changer à mon mode de vie pour ne pas ajouter du trouble au chaos déjà existant. J’avais besoin de repères. Cette année est le plus beau cadeau que je me suis offert : le temps et l’espace nécessaire pour comprendre les raisons de mon départ de l’hôpital et laisser se révéler quelque chose qui était à l’intérieur de moi. Je pense que tout est en nous, souvent depuis très longtemps. Très jeune, déjà, on a en soi une forme de bon sens. Et puis on l’empêche de s’exprimer, trop préoccupés que nous sommes par les peurs héritées de nos parents, de nos cultures, ou de nos expériences négatives de la réalité… On projette sur le monde un tas de fausses idées et, du coup, on n’est plus en contact avec la réalité. On croit être rationnels et on ne l’est plus vraiment. Si on fait taire toutes ces peurs, on peut redonner la parole à l’enfant qui vit à l’intérieur de nous. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours une photo de moi enfant sur moi, dans mon portefeuille. Régulièrement, je regarde les yeux de cet enfant, et je lui dis : « je vais essayer de t’aider à rester dans la spontanéité, je vais essayer de te laisser accomplir ce que tu veux accomplir » ». Sans contrainte professionnelle, Thierry vit une année de liberté pas toujours facile, souvent inconfortable. Pour ne pas se « perdre » dans cette aventure, il se lève tous les jours à 8h pour écrire un roman, jusqu’à 15h, et sortir ensuite se promener, méditer, respirer. « Je vivais une sorte de réveil, je commençais à comprendre les êtres et les choses au-delà des apparences, avec acuité et nuance ». Les jours se suivent et l’argent diminue, mais Thierry apprend à vivre le présent. « Régulièrement, je perds cette notion de l’instant présent, j’essaie alors d’y revenir. Cette année vécue à Paris, sans travailler pour de l’argent est certainement la plus belle année que j’ai vécue à ce jour, mais aussi la plus difficile. Car personne ne m’attendait, je devais me faire confiance, apprivoiser mes peurs de manquer et de ne plus exister dans le regard des autres. Sans compter le danger pour mon couple, car nous étions décalés tant nous vivions des choses fortes à distance, entre Paris et Bruxelles. Mes économies étaient en train de fondre et ma relation de couple était en danger. Je suis donc rentré en Belgique, après une année de « retraite » ». Ce qui a le plus étonné Thierry pendant cette année, ce sont les « petits signes » qui semblaient lui indiquer le chemin à suivre. « Quand on est sur sa vague, on arrive forcément un jour sur une plage. Il s’agit de surfer sur cette vague, sans la quitter. »

Un soir d’avril 1999, il se rend dans une librairie des Champs Elysées et « tombe » sur un bouquin rangé au rayon ésotérique « Le pouvoir bénéfique des mains », écrit par Barbara Brennan, une ancienne physicienne de la NASA devenue guérisseuse. En lisant la quatrième de couverture, il sent un courant électrique parcourir son corps, une sensation déjà vécue lors de rencontres avec des personnes importantes dans sa vie. Il achète le livre et le dévore en deux jours. Les concepts qui y sont abordés lui rappellent quelques lectures ésotériques de son adolescence, mais la manière dont ils sont expliqués est proche de sa culture scientifique. Tout à coup, il lui paraît acceptable, « raisonnable » de parler d’une dimension énergétique de l’existence, il comprend mieux des notions un peu étranges comme celle des « chakras » véhiculée par la tradition ayurvédique. Il est séduit. Quelques semaines plus tard, alors que Thierry rentre pour un week-end à Bruxelles, les « synchronicités » continuent. Notamment lors d’une rencontre avec un ami, accompagné d’une jeune femme. Celle-ci lui dit : « Oh ! Mais vous, vous allez écrire ! ». Il lui répond : « Oui, j’écris un roman. » Mais elle réplique : « Non ! Vous allez écrire ! Vos livres vont être lus. » Convaincu que son ami avait informé la jeune femme de son projet de roman en cours, Thierry s’éloigne. Mais la dame ajoute : « En plus, vous allez soigner avec vos mains ». Thierry coupe court car les manières intrusives de la dame l’énervent. « J’étais persuadé que mon ami lui avait dit que j’avais pratiqué la chirurgie… soigné avec les mains … »

Trois semaines plus tard, alors qu’il est à nouveau en week-end à Bruxelles, Thierry entre chez un antiquaire et il croise cette femme une nouvelle fois. Il lui fait part de son agacement. Elle s’excuse en précisant qu’elle avait parfois des « flashs » sur les gens. « Cela peut paraître incroyable, mais la jeune femme a ajouté que je devrais rencontrer sa mère qui suivait une formation aux Etats-Unis, dans une école de guérison créée par une ancienne physicienne de la NASA devenue guérisseuse… Barbara Brennan dont je venais de lire le livre, sans savoir qu’une école existait ! » Renseignements pris, mais sans argent pour financer la formation proposée sur quatre années à raison d’une semaine par mois, Thierry décide de trouver un travail pour pouvoir payer son inscription dans l’école de Brennan. « Mon but n’était pas d’apprendre un nouveau métier. J’écoutais, une fois encore, ma petite voix intérieure qui me conseillait de répondre à ma curiosité. Je ne savais pas de quoi mon futur serait fait, mais je savais que, dans le présent, je désirais comprendre ce que « être guérisseur » voulait dire… je préssentais que cela serait très différent que « être un docteur technicien et prescripteur de médicaments ».

Les synchronicités réapparaissent alors pour organiser le chaos. Cette fois, c’est le passé qui apporte la solution. A l’âge de 17 ans, Thierry avait perdu son cousin, qui était aussi un ami très cher, dans un accident de moto. Le père de ce garçon ayant appris l’inscription de Thierry dans l’école de Brennan aux États-Unis, lui propose de l’aider financièrement à réaliser son projet. « Un cadeau tombé du ciel, sans l’avoir demandé, sans même y avoir pensé. »

Commencent alors quatre années d’une formation bien plus difficile que les études médicales car il ne s’agissait pas seulement d’emmagasiner un savoir et d’acquérir une compétence. Il fallait, en plus, transformer sa qualité d’être et apprendre à être présent à soi-même, aux autres et au monde. Art-thérapie, gestalt-thérapie, bioénergie, psychanalyse jungienne, qigong, danse, travail par le toucher… les outils étudiés sont nombreux. Très vite, l’ancien chirurgien est sollicité par de nombreuses personnes en souffrance physique ou psychologique. Et, après avoir « résisté » un peu, il finit par accepter de renouer des relations thérapeutiques en assumant une fonction de psychothérapeute. « Une fonction, seulement, car mon petit parcours m’a appris qu’il ne faut pas confondre être et faire. On est plus que ce que l’on fait. On est un être qui fait des choses. J’ai fait le chirurgien, je fais le psychothérapeute… mais je suis devenu un meilleur guérisseur. Ce qui compte c’est l’intention avec laquelle nous agissons. » Progressivement, il décide de réserver son temps de consultations aux personnes atteintes de maladies physiques. « Cela me paraissait plus légitime car des bons thérapeutes il y en a beaucoup, mais des thérapeutes qui ont opéré les gens et prescrit des chimiothérapies il y en a beaucoup moins. » Convaincu de pouvoir apporter un soutien psychologique au cours de l’épreuve de la maladie du corps, Thierry Janssen accompagne les patients jusqu’aux portes de leur mort si nécessaire. Mais pas seulement car, fort de ses expériences au sein de différents systèmes de soins parfois très éloignés de la médecine conventionnelle, il est convaincu qu’un travail psychologique aide aussi à mobiliser les ressources de guérison qui sommeillent en chacun de nous, en synergie avec les traitements plus classiques. Il tente alors d’offrir aux malades une médecine « intégrative » faisant appel à la fois à des praticiens alternatifs ou complémentaires et aux médecins conventionnels. Toujours à l’écoute de sa voix intérieure, Thierry décide alors d’écrire un premier livre. « Lorsque l’on a reçu autant de cadeaux de la vie, il faut lui faire des cadeaux en retour, essayer de la comprendre, l’honorer, se mettre à son service. » C’est ainsi qu’en l’an 2000, Thierry s’isole en montagne afin d’écrire « Le travail d’une vie ». « J’en avais besoin pour expliquer et légitimer ma démarche. Le sous-titre du livre « quand psychologie et spiritualité donnent un sens à l’existence » était très important car dans mon propos la spiritualité consiste à comprendre l’esprit de ce que nous sommes, de ce que sont les choses, de ce qu’est la vie. Cela implique de comprendre les liens qui relient toutes les dimensions de la réalité, ce « souffle » - spiritus en latin - qui traverse et anime le vivant. »

Suit, en 2003, « Vivre en paix », écrit d’un trait en quelques jours. Puis, en 2006, « La solution intérieure », un livre qui représente pour Thierry la chose la plus difficile qu’il ait accomplie à ce jour. « Quinze mois de recherche et d’écriture, huit heures par jour. Ce livre m’a demandé de faire la paix entre le médecin et le guérisseur, entre le mathématicien et le poète, qui vivent à l’intérieur de moi. Je n’aurais pas pu l’écrire si je n’avais pas écrit « Vivre en paix » auparavant. Je voulais cet ouvrage comme une passerelle entre différentes manières de comprendre et de soigner l’être humain, entre différentes dimensions de corps, d’émotions et de pensées. » A peine paru, l’ouvrage connaît un grand succès et, surtout, déclenche une série de rencontres avec d’anciens confrères qui l’invitent à donner des cours et des conférences en milieu hospitalier, avec son ancien patron chez Armani qui l’invite à passer des vacances chez lui dans sa retraite en Toscane… « Ce qui se passe en nous finit par se manifester à l’extérieur de nous. L’apaisement et la guérison créés par l’écriture de « La solution intérieure » ont fini par créer la paix et la guérison autour de moi. Finalement, j’ai pu continuer à faire ce que j’ai toujours voulu faire : aider, soigner et enseigner. Quelle magie ! Quel bonheur ! » Non identifié à ce qu’il fait, Thierry arrête régulièrement son activité de consultation et d’enseignement, pour s’isoler, méditer et écrire. C’est ainsi qu’il nous a livré le désormais célèbre « La maladie a-t-elle un sens ? une enquête au-delà des croyances » parue en 2008. « Chaque fois que j’entends ma voix intérieure me demander d’écrire, j’essaie de lui répondre. En 2004, j’ai tenté de faire la sourde oreille… je suis tombé malade, épuisé par le travail. Je croyais avoir compris la leçon… et pourtant, cette année encore, je suis retombé malade… épuisé à nouveau par des dizaines de cours et de conférences, dans différents pays, et par trop de consultations, trop de perfectionnisme, trop de peur. La peur, encore elle ! Lorsque je n’écoute pas ma voix intérieure, c’est mon corps qui finit par parler. Alors j’ai décidé d’écouter mon corps. Je pars en retraite pour un an, à l’intérieur de moi,… me poser, me reposer, méditer et écrire… car un nouveau livre demande à naître… ». Thierry rit en nous dévoilant le thème de ce prochain livre… Mais en parler reviendrait à quitter ce précieux présent qu’il nous propose d’expérimenter. « Quelques mois avant de mettre un terme à ma carrière chirurgicale, un patient sur le point de décéder m’avait offert un livre autour duquel figurait un bandeau promotionnel, avec une phrase qui m’avait interpellé sans que j’en comprenne toute la signification : « la vie est généreuse pour celui qui vit sa légende personnelle ». Ce qui m’est arrivé après mon départ de l’hôpital et, plus tard de la société Armani, me donne envie de croire à cette affirmation. Je crois que si nos actes sont en cohérence avec nos intentions profondes, les évènements de notre vie résonnent avec ces intentions. Tout conspire alors pour que nos souhaits essentiels, même non conscients, se réalisent. Soit parce que nous reconnaissons dans le monde qui nous entoure ce qui va nous permettre de réaliser ces souhaits profonds, soit le monde autour de nous répond à notre désir essentiel… Qui peut dire qu’il connait toutes les subtilités de la nature des liens qui nous unissent à notre environnement ? Pour ma part, je reste émerveillé par cette magie. Je tente donc de rester un magicien, en cultivant une forme de cohérence entre ce que je pense, je dis et je fais, et en essayant d’avoir confiance en moi et en la vie ».


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