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PUBLIÉ LE 29/04/2013

LE FILM À VOIR

I AM

Tom Shadyac
Magazine » Air du temps

Enquête sur une prise de conscience

C’est l’histoire d’un réalisateur à succès qui envoie balader les fastes de sa réussite hollywoodienne pour soutenir, caméra au poing, l’être plutôt que l’avoir, la coopération plutôt que la compétition. Le documentaire "I AM" retrace la quête, réelle, du cinéaste Tom Shadyac.

Vous connaissez Ace Ventura, Professeur Foldingue, Menteur, menteur ou Bruce Tout Puissant ? Signées Tom Shadyac, ces comédies loufoques ont fait se bidonner l’Amérique, et assuré le succès de leur réalisateur.
En 2007, un grave accident de vélo entraîne celui-ci vers la dépression. « J’avais des sautes d’humeur, un tintement résonnait dans ma tête, j’étais devenu sensible à la lumière et au bruit », explique-t-il. Aucune thérapie ne le soulage. Après plusieurs mois de souffrance, il se croit condamné.

Frôler la mort ne laisse pas indemne. Tom Shadyac s’interroge alors sur le sens de sa vie. Quel message veut-il laisser ? « J’ai commencé à comprendre que le monde dans lequel je vivais était un leurre. » Qu’à partir d’un certain niveau de confort, « l’accumulation de richesses n’achète pas le bonheur », voire qu’elle peut être « une forme de maladie mentale ».
Il vend sa luxueuse propriété de 1600 m2, arrête de voyager en jet privé, emménage dans un camping résidentiel, entreprend une existence plus simple et plus responsable… Et imagine un projet de film, à la rencontre de ceux dont les livres ont nourri sa prise de conscience – journalistes, universitaires, scientifiques, poètes, activistes, fers de la lance de l’économie éthique… Comme par miracle, ses troubles régressent ; le documentaire peut voir le jour.


Une vision tronquée


« Pourquoi le monde ne tourne-t-il pas rond ? Que peut-on faire pour le changer ? » Telles sont les questions posées par Tom Shadyac, convaincu que « la guerre, la pauvreté, la crise environnementale ou la cupidité ne sont que les symptômes d’une cause plus profonde, source de tous les autres maux ».
Du philosophe Noam Chomsky au généticien David Suzuki, tous lui répondent que la folie actuelle découle d’une vision faussée du monde et de l’humain. « Depuis 300 ans, on pense que l’univers se comporte selon des lois fixes dans le temps et l’espace, et que le processus primordial à l’œuvre dans nos vies est la compétition », explique la journaliste Lynne McTaggart.

Or aujourd’hui, la science découvre que la nature, loin de valoriser la loi du plus fort, privilégie la coopération. Des études montrent que chez bon nombre d’espèces – insectes, cerfs, primates ou oiseaux – les décisions sont prises à la majorité. D’autres révèlent que les émotions positives comme l’amour, l’attention ou la gratitude favorisent l’équilibre et la santé, clarifient les pensées, améliorent les performances – alors que la colère, la frustration et la peur inhibent nos capacités.
« Une multitude d’éléments prouvent que nous sommes câblés pour la connexion et la compassion », commente Tom Shadyac. Les neurones miroirs nous font ressentir les émotions des autres comme si c’était les nôtres ; le nerf vague libère des ocytocines dès que nous assistons à un acte compassionnel ; venir en aide stimule des endorphines, à l’origine d’un « sentiment de plénitude et d’extase » dont témoigne l’archevêque Desmond Tutu, figure historique de l’anti-apartheid…

Selon les chercheurs de l’Institut Heartmath, le cœur serait même le principal moteur de notre intelligence, avant même le cerveau, et nos émotions auraient la capacité d’affecter le reste du vivant.
« Les battements du cœur créent un vaste champ magnétique à l’extérieur du corps, dont le rayonnement est perçu par les êtres environnants, indique le Dr Rollin McCraty. Sans qu’on sache encore comment, se créent entre les deux organismes des échanges d’ondes et d’informations qui dépassent le cerveau. »


Tous reliés


Les mystiques et les cultures traditionnelles l’avaient pressenti ; la science commence à approuver l’idée que nous sommes liés les uns aux autres. « Nous faisons tous partie d’un champ d’énergie universel », affirme Lynne McTaggart.
Postulat New Age ? Non, apports de la physique quantique. Même si nos perceptions ordinaires ne voient que l’apparence de la séparation, sur un autre plan, tout se joue, à tout moment, dans l’interaction et l’interdépendance.

« Nous disposons d’une cinquantaine de capteurs partout dans le monde, reliés à des générateurs de nombres aléatoires, explique par exemple Dean Radin, chercheur en parapsychologie. Dès qu’un évènement fort se produit, tels que le 11 septembre, les appareils arrêtent de fonctionner aléatoirement. Lorsque les gens sont concentrés collectivement sur un même sujet, quelque chose crée un ordre qui n’est pas censé être là. » Preuve que « notre conscience est capable de transformer le tissu potentiel de la réalité du monde dans lequel on vit »
« La réalité n’est pas une chose, c’est une relation entre des éléments, poursuit Marilyn Schlitz, présidente de l’Institut de sciences noétiques. Elle ne prend forme que lorsque la relation se crée. » A nous donc de décider quelle forme nous voulons lui donner. « Tant que nous continuerons à nous diviser, le monde restera le même, ponctue Tom Shadyac. La solution, c’est l’amour. Ce n’est pas une utopie ; nous l’avons dans nos gênes. »


De la conscience à l’action


Par où commencer ? « Tout part d’une transformation en profondeur de chacun d’entre nous », estime le cinéaste. Arrêter de se conformer à ce qu’on croit être la nature humaine, retrouver le lien aux autres et à la nature, cultiver l’être plutôt que l’avoir… « A partir de ce changement intérieur, l’action suit naturellement. »
« Le changement vient de millions d’actes apparemment insignifiants, repris et imités par d’autres, poursuit l’historien Howard Zinn. L’histoire montre que l’émergence progressive d’une conscience, lorsqu’elle atteint un nombre critique de gens, finit par lancer un mouvement suffisamment fort pour changer la donne. » La non-violence marche : les suffragettes, Gandhi et Martin Luther King en sont la preuve. « L’amour peut être une force puissante, applicable en politique. »
Si on s’y met tous, le matérialisme et l’individualisme cesseront petit à petit d’être la panacée, l’économie redeviendra un « outil pour assurer le bien-être et la sécurité des gens » plutôt qu’un « sport monétaire », espère Tom Shadyac.

Six ans après son accident, lui reste fidèle à ses choix. Il se déplace à vélo, enseigne sa vision du monde à l’université du coin, reverse tous les bénéfices de I AM à la Fondation qu’il a créée, en faveur des plus défavorisés. Après s’être mis en retrait d’Hollywood, il a repris les chemins des studios, pour réaliser le remake d’Intouchables (actuellement en tournage). Une comédie centrée sur la compassion… pour laquelle une grosse partie de sa rémunération à huit chiffres sera versée sur un compte philanthropique.
« Une voix intérieure me dit parfois que je suis fou d’avoir renoncé au luxe qui m’était offert pour adopter un style de vie que la société ne considère pas comme une réussite, mais pour moi, c’est presque l’inverse, conclut le réalisateur. Comme dit Gandhi : vis simplement, pour que d’autres puissent simplement vivre. »

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