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PUBLIÉ LE 13/11/2012
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Air du temps

Faire le vide en soi
pour se recentrer

Pour certaines personnes, se retrouver seul représente une véritable source d’angoisse. Le psychanalyste Moussa Nabati vient de sortir « Comme un vide en soi – habiter son présent ». L’occasion d’expliquer les raisons de cette angoisse, et de trouver quelques clés pour apprendre à se réapproprier ce vide et le transformer en source d’énergie.

L'hyperactivité et l'angoisse du vide que manifestent beaucoup de nos contemporains sont-elles selon vous uniquement liées au contexte sociétal ?
Non, je ne crois pas. N'étant pas rétrograde, je considère d'ailleurs qu'il y a beaucoup de positif dans ce que nous propose la société actuelle: les libertés, les nouvelles technologies, les médicaments qui permettent de se soigner… Tout cela améliore nos vies. Cependant, se pose un problème de limites pour certaines personnes, et c'est là que le bât blesse. Cette profusion tous azimuts risque de déposséder beaucoup de nos contemporains de leur intériorité. En tant que psychanalyste, j'observe notamment ce décentrage chez ceux qui sont dominés par leur «enfant intérieur». Ils vivent dans le besoin d'être reconnus et l'illusion qu'ils seront comblés par une consommation d'objets, d'activités ou de relations «bouche-trous». C'est alors que les produits proposés par notre société peuvent devenir envahissants.

Il y aurait donc de l'infantile dans l'incapacité à se recentrer ?
La théorie que je développe dans mes livres est que certains d'entre nous (assez nombreux, je dois dire) ont vécu à un moment de leur enfance une «carence matricielle» quand leur mère, ou l'adulte qui s'occupait d'eux, s'est montré psychologiquement indisponible - et ce pour de multiples raisons qui ne doivent pas culpabiliser les mères. Ce peut être le fait d'une maman compétente mais qui, trompée, a sombré dans la déprime, ou une mère qui avait des ennuis dans son travail, etc. Dans ces périodes, l'enfant a fait l'expérience d'un vide de nourriture affective. L'adulte qu'il sera devenu aura tendance à fuir anxieusement toutes les situations qui évoquent de près ou de loin ce vide, et à quêter frénétiquement ce qui peut le combler: activités à outrance, hyperconsommation de télé, Internet, etc.

La psychanalyse seule peut-elle libérer la personne d'un tel trouble ?
Absolument pas. La psychanalyse aide essentiellement à prendre conscience de ce traumatisme vécu dans l'enfance ; les thérapies cognitives et comportementales, elles, ou le développement personnel, cherchent à apprendre au patient des manières de penser pour s'en libérer. Je crois plutôt à un compromis entre ces deux approches, que j'appelle la «compréhension incarnée». Il faut d'une part avoir cherché les raisons de son incapacité à affronter le vide, mais aussi mettre en place dans sa vie certaines mesures nées de ce qu'on a appris sur cette difficulté à «freiner» dans certaines situations, afin de transformer son vide en source d'énergie.

Par exemple ?
Ralentir, renoncer à certaines relations, prendre de la distance, apprendre à patienter, à faire silence… En fait, tout cela revient à apprendre à respecter le vide. Il est très négativisé dans nos sociétés, mais on peut aussi apprendre à ne plus se battre contre lui.

Et la pratique de la méditation dans un tel but, qu'en pensez-vous ?
Tant qu'une technique désigne un état d'esprit, une philosophie de vie, cela me semble très positif. Mais si elle se prend pour un système thérapeutique, aux relents idéologiques comme ceux d'une nouvelle religion, alors elle court le risque de se transformer en aliénation supplémentaire.

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