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PUBLIÉ LE 08/09/2014

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Inexploré n°23

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Homéopathie, l’invisible en évidence

L’homéopathie dilue des substances naturelles pour en extraire des informations subtiles. D’où vient l’étonnante efficacité de ces remèdes ?

« D’après les sondages, pas loin de 50 % de la population utilise l’homéopathie régulièrement. C’est énorme ! », s’exclame la Dre. Martine Gardénal, médecin homéopathe de renom et auteure de nombreux livres sur le sujet. Toutes les pharmacies vendent les fameuses petites granules homéopathiques, et les témoignages de leur efficacité semblent être étayés par de nombreuses études publiées dans les plus grandes revues scientifiques. « J’ai réalisé et fait valider des recherches par l’Inserm sur l’effet de substances en haute dilution homéopathique sur certains récepteurs du cerveau. Ces travaux ont été confirmés scientifiquement en 2007 par l’équipe du Pr William Rostène, directeur de recherches en neurophysiologie », rapporte le Pr Albert-Claude Quemoun, docteur en pharmacie, expert scientifique international et président de l’Institut homéopathique scientifique. Pour lui, il n’y a donc pas de doute, l’homéopathie produit bel et bien des effets physiologiques mesurables.

« Et je pense que cette médecine, vraiment innovante, n’est pas utilisée au plein de ce qu’elle peut offrir », poursuit la Dre Gardénal. Si prendre de l’arnica lorsque nous avons pris un coup ou de l’Oscillococcinum® contre la grippe semble être plutôt entré dans les mœurs, il se pourrait que cette approche, inventée par le Dr Samuel Hahnemann en 1796, ne nous ait pas encore tout révélé et que son potentiel thérapeutique soit bien plus vaste que des soins de premiers secours. « L’essentiel est invisible pour les yeux », déclarait Antoine de Saint-Exupéry. C’est précisément cet invisible que les remèdes homéopathiques semblent dévoiler.


De la matière à l’information


Toute médecine s’appuie sur l’utilisation d’une pharmacopée. Traditionnellement, cette liste de substances médicales est majoritairement composée de plantes, avec en complément des minéraux et des substances animales. Ce n’est que récemment que l’industrie pharmaceutique a commencé à produire des molécules de synthèse – inspirées des structures moléculaires trouvées dans la nature. Alors, qu’elles soient naturelles ou synthétiques, la médecine soigne avec des substances physiques. Mais voilà que l’homéopathie vient battre en brèche cette certitude que seule la chimie pourrait impacter le corps. Car si cette approche thérapeutique part elle aussi des mêmes substances médicales, elle leur fait subir une transformation – une transmutation, pourrions-nous dire – surprenante. L’homéopathe pharmacien va commencer par en extraire les principes actifs – souvent avec de l’alcool. Il va poursuivre sa manœuvre en diluant cette teinture alcoolisée dans de l’eau. Il procède à des dilutions successives, en secouant bien les mélanges. Si bien qu’à partir d’un moment, il ne reste plus aucune molécule de la substance originelle dans la dilution. Voilà qui est déroutant. Pourquoi tant de manipulations pour se retrouver avec seulement de l’eau ?

« À partir de 12ch (unité de mesure des dilutions homéopathiques, ndlr), il n’y a plus de molécule originelle. Mais le solvant a gardé la mémoire de cette substance. Le Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, a repris les travaux du Dr Jacques Benvéniste de l’Inserm, en redémontrant qu’au-delà de certaines dilutions, une substance comme l’ADN peut laisser dans l’eau une trace qui conservera sa longueur d’onde spécifique », explique le Pr Quemoun. L’homéopathie utiliserait ainsi cette capacité de l’eau à mémoriser la structure énergétique des éléments qu’elle contient. Un remède homéopathique ne serait donc pas du « rien », mais de l’eau contenant l’information d’une substance qui n’est plus là matériellement parlant. « C’est quand même extraordinaire d’imaginer qu’il y a deux siècles Hahnemann ait eu ce trait de génie. C’est une médecine qui accepte de franchir les limites de la matérialité. Et c’est vraiment efficace », assure la Dre Gardénal. Sauf que, si la pharmacopée fonctionne tout aussi bien sous sa forme matérielle, pourquoi chercher à « extraire » l’information de la matière ?


Manier des informations subtiles


Le problème avec la pharmacopée conventionnelle, est qu’elle peut produire des effets secondaires, voire toxiques. Il faut la manier avec soin. Non seulement l’homéopathie se débarrasse de cet inconvénient en se détachant de la matière, mais elle permettrait l’apparition de potentiels insoupçonnés de ces remèdes. « La dilution fait apparaître les effets émotionnels des substances utilisées. Et plus on dilue, plus on va vers des effets psychologiques remarquables », nous dit Martine Gardénal. En s’éloignant de la matière, c’est l’effet « psychique » des substances qui fait son entrée sur scène. « L’anémone pulsatille, ou Anemone pulsatilla, est excessivement timide, elle est très douce et n’aime pas du tout l’agressivité. Alors que la noix vomique, ou Nux vomica, est une colérique, c’est une sanguine qui se met facilement en colère », poursuit la Dre Gardénal. Et ces traits de caractère ne semblent pas se produire tout à fait par hasard. Natrum muriaticum est un remède réalisé à base de sel. Nous savons qu’une des propriétés du sel est d’absorber et de retenir l’eau. Il se trouve que ce remède réduit les problèmes de rétention d’eau mais aussi soulage les personnes qui ont du mal à pleurer et qui ont une tendance à ressasser le passé sans arriver à le lâcher. Apis mellifica, un remède élaboré à partir d’une abeille broyée, est prescrit à des gens très occupés, actifs socialement et parfois trop dévoués aux bonnes causes. Étranges coïncidences.

De manière assez incroyable, la pratique clinique montre les effets psychologiques des remèdes homéopathiques. Une jeune femme de 25 ans consulte la Dre Gardénal car elle a des accès de colère extrêmes et quasi quotidiens. La rendant capable de casser des choses de manière soudaine et frénétique, de crier sur les gens, voire de se faire mal, ses excès sont un véritable problème pour cette employée de bureau célibataire. « La médication proposée par son médecin ne lui convenait pas. De plus, cette camisole chimique n’avait pas vraiment d’effet sur elle », certifie la Dre Gardénal. L’homéopathe lui prescrit Chamomilla. Ce remède à base de fleur de camomille est « conseillé en cas de changements brusques d’humeur et de troubles comportementaux caractérisés par de la colère, de l’agitation, une irritabilité inhabituelle et de l’agressivité à la moindre contrariété », stipule le site homeopathie.com. À la suite de ce traitement, les éclats de colère de la jeune femme se raréfient. Elle arrive à nouer une relation sentimentale stable et à évoluer dans son travail. « Maintenant je suis douce comme un agneau », témoigne-t-elle à son homéopathe avec un brin d’humour.

Cette jeune femme aurait-elle bénéficié d’un effet placebo ? Une méta-analyse effectuée par le Dr Klaus Linde en 1997 et publiée dans The Lancet, une revue médicale à comité de lecture, indique : « Il est peu probable que les effets cliniques de l’homéopathie soient entièrement attribuables à l’effet placebo ». Une annonce remise en question en 2005 par le même journal. Marc Henry, professeur de chimie à l’université de Strasbourg et spécialiste de l’eau, décrypte un problème de fond dans la nouvelle étude : « En ce qui concerne l’allopathie, il manque les études à résultats négatifs, c’est ce qu’on appelle un biais statistique. Les scientifiques préfèrent publier les bons résultats et non les mauvais. Pour l’homéopathie, il y a en revanche des études positives, mais aussi quelques études négatives. Ce que les statistiques mettent aussi en évidence c’est que l’homéopathie, contrairement à l’allopathie, n’est pas une médecine de masse – fait bien connu de tous les homéopathes. Les remèdes doivent être choisis en fonction du profil de chaque personne. Donc tester le même remède sur un large groupe de sujets n’est pas une méthodologie adaptée à l’homéopathie. »


À chaque plante sa personnalité


Comment comprendre cette ébauche de corrélations entre les substances et leurs effets psychologiques ? « Si nous regardons par exemple les plantes, nous sommes bien obligés d’admettre qu’elles ont chacune un comportement spécifique. Elles ont une manière d’éclore, de se socialiser, de se reproduire. Comme nous, certaines plantes aiment se mélanger aux autres, d’autres cohabitent mal ensemble. Elles ont des préférences », souligne le Dr Vial, médecin homéopathe, ancien chef de clinique à Montpellier et expert en botanique. Les plantes auraient une personnalité propre.

En effet, de nombreuses études scientifiques mettent en évidence l’incroyable variété d’intelligences déployées par le monde animal et végétal : sensibilité à l’environnement, habilité à y répondre, stratégies. Les substances dont nous faisons nos remèdes ne sont pas inertes. Elles ont chacune un comportement qui leur est spécifique. « Nous devons maintenant admettre que les plantes ne sont pas des êtres végétatifs mais des êtres vivants, aussi capables que nous d’intelligence », affirme le médecin homéopathe. Serait-ce cette « psychologie » des substances que l’homéopathie mettrait en évidence ? Devrions-nous mettre cela en corrélation avec les cultures ancestrales qui considèrent que chaque élément qui compose le monde possède un esprit ayant des choses à nous apprendre ? « Pour les peuples de la forêt amazonienne, c’est un peu comme si le monde végétal était une université et chaque plante une sorte de professeur », confirme l’anthropologue Jeremy Narby. L’homéopathie nous interroge en ouvrant la possibilité de soigner des pathologies mentales, voire spirituelles, avec un procédé qui semble savoir extraire les informations subtiles du monde qui nous entoure. Hahnemann l’avait bien dit dans son Organon : « L’état moral du malade devient, dans la sélection du médicament homéopathique, l’élément le plus déterminant parce qu’il constitue une des manifestations les plus caractéristiques et les plus essentielles, qui doit le moins échapper au médecin habitué à faire des observations exactes. »


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