A l'occasion de l'évènement Hypnose : décryptage qui avait lieu le mercredi 3 novembre dernier, l'INREES vous avez proposé d'envoyer toutes vos questions sur le sujet. Aujourd'hui, le psychologue clinicien et hypnothérapeute Antoine Bioy répond à une sélection de ces questions pour continuer le décryptage avec vous sur cette technique de soin fascinante.
l'hypnose peut elle aider à guérir les phobies ? Existe-il des thérapies par hypnose pour le stress, les dépressions ou encore les formes de dépendance ? (Chantal)
Oui, toutes ces indications sont des indications reines de l'hypnose, puisque l'anxiété, le stress et même les questions autour de la dépendance peuvent être modifier par un certain nombre de leviers thérapeutiques que nous connaissons bien.
Ceci dit, quand les symptomes apparaissaent, ils s'inscrivent toujours dans l'histoire d'un patient. Je n'ai jamais rencontré un patient dont un symptome était un objet satellite dans sa vie et qu'il suffirait d'enlever cet objet pour que les choses aillent mieux. Les symptomes ont toujours un certain nombre d'enracinements. Par exemple, avoir une dépendance ne signifie pas « vivre seul » une dépendance. Celà veut dire que ma femme, ma mère ou mes enfants sont en train de patir également de ma dépendance. Ils organisent leurs vies en fonction de ma dépendance. Quand on parle de quelqu'un de dépendant, on ne parle pas d'un individu mais de tout un système, donc l'hypnose est une modalité de prise en charge notamment pour ces indications qui sont supposés être des indications reines mais cela ne veut pas dire que l'hypnose va pouvoir prendre en charge simplement tous ces syptomes. c'est évidement les individus que nous prenons en charge en tant que thérapeute, donc après il faut voir comment les choss s'articulent.
Je cite par exemple le syndrome du stress post-traumatique à la suite d'un accident. Le meilleur moment que j'ai pour rencontré un patient, c'est lorsqu'il est en orthopédie. c'est plus simple car le symptome vient tout juste d'apparaitre. Quand les patients viennent me voir deux ou trois ans après, c'est évidement beaucoup plus compliqué parce que le symptome a pris une place et s'est logé quelque part dans l'histoire de vie du patient.
Donc oui, l'hypnose possède un certain nombre d'outils qui permettent de faciliter la levé de ces symptomes, mais avec vraiment quelques précautions car ce sont les individus que nous prenons en charge et non les symptomes. Du coup, ce n'est pas parcqu'on utilise l'hypnose que la thérapie va être forcément plus simple.
Beaucoup de personnes pensent être, comme moi, résistante à l'hypnose. Que diriez-vous à une personne qui souhaite pratiquer l'hypnose mais qui pense être dans le contrôle mental ? (Eliane)
l'état modifié de conscience que l'on appelle hypnose est un état banal, que l'on connait tous ponctuellement plusieurs fois par jours (en effectuant une tâche qui réclame de l'attention, en étant plongé dans un livre ou un film qui nous passionne, etc.). Aussi, personne n'est résistant à l'hypnose, puisque nous avons tous cette faculté à glisser dans cet état modifié de conscience. Par contre, lorsqu'un hypnopraticien nous invite à entrer intentionnellement en hypnose, il peut arriver que la méthode qu'il emploie ne nous convienne pas (suggestions trop directes pour se laisser aller, par exemple). Et là effectivement, on ne rentre pas dans la situation hypnotique. Également, on peut ponctuellement ne pas être accessible à l'expérience hypnotique parce que l'on a l'esprit trop préoccupé par autre chose. Vous l'aurez donc compris, on peut tous entrer en hypnose, mais dans certains cas on peut ne pas être disposé à cela, ou la méthode employée ne convient pas.
La situation de contrôle mental n'est pas vraiment une difficulté : il faut respecter cela (à la fois du côté de l'hypnopraticien et de la personne qui souhaite être hypnotisée), et simplement proposer une entrée en séance qui s'appuie précisément sur la capacité de contrôle mental de l'individu.
j'ai revécu ma naissance par hypnose. Peut-on donner foi à ce que j'ai vu, ou est-ce que cela peut être de l'invention imaginaire ? (Bruno)
Ce que vous avez revécu est en fait la représentation que vous avez de ce qu'à due être votre naissance (la mémoire explicite - celle qui enregistre les événements - n'étant pas encore opérationnelle à cet âge, il n'est pas possible d'avoir un « souvenir » du déroulé de ce moment, même si certaines émotions peuvent être déjà présentes et mémorisées). Mais peu importe que ce
que vous avez vécu soit en fait une représentation et non la réalité des choses, le plus important est de trouver dans ces expériences ce que l'on a souhaité y trouver pour avancer plus sereinement dans la vie.
Peut-on trouver des réponses grâce à l'hypnose à certaines questions très précises et douloureuses que nous nous posons sur notre passé ? (Françoise)
Paradoxalement, l'important n'est pas vraiment les événements que l'on a traversé, mais la façon dont on les a vécu et surtout le sens qu'on leur donne. Par exemple, un événement que d'autres jugeraient banal (avoir perdu de vue un proche ami d'enfance par exemple) peut être très bouleversant pour quelqu'un, car ne semblant pas avoir de sens. A l'inverse, un événement que beaucoup jugeraient difficile voire traumatisant comme un accident de voiture ayant causé la mort d'une personne peut ne pas avoir une grande incidence sur la vie de quelqu'un car les circonstances peuvent être facilement expliquées et que la personne a trouvé du sens à cet épisode. Aussi, l'hypnose à visée psychothérapeutique (donc menée par un psychologue ou un psychiatre) peut être une excellente façon de trouver des réponses à des événements reliées au passé en permettant de leur attribuer un sens, et de leur donner une place dans son histoire de vie, lorsque ce travail ne s'est pas fait naturellement. Ce travail passe souvent par une exploration des moments de la vie en question, très exactement de la façon dont on se les représente.
Est-il possible d'apprendre à s'auto-hypnotiser ? Si oui, comment ? Quelles sont les applications pratiques et quels résultats peut-on en attendre ? (Gérard)
l'état hypnotique est un état modifié de conscience que l'on peut intentionnellement provoquer chez soi par des techniques assez simples, communes d'ailleurs à d'autres champs comme la sophrologie, la relaxation, la méditation ou encore certaines pratiques comme le yoga. Mais cet état hypnotique n'a pas de vertu thérapeutique en soi, et permet simplement (mais c'est parfois déjà important) de bien percevoir son corps, l'environnement dans lequel on est, et de pouvoir jouer sur un certain niveau général de tension interne plus ou moins important. Au sens strict du terme, ce que l'on nomme « auto-hypnose » est la reproduction de méthodes mises en place en relation avec un hypnopraticien, que l'on pratique cette fois seul. En prolongeant ainsi les séances thérapeutiques, alors on peut prolonger et accentuer les objectifs thérapeutiques que l'on s'est fixé, et qui sont à l'origine du suivi hypnotique avec le praticien.
Est-il possible en état hypnotique de recourir à l'auto-suggestion afin de changer notre comportement au quotidien ? Par exemple, nous aider dans notre comportement alimentaire... (Pantxika-Françoise)
La vulgarisation abusive de la « méthode Coué » (dont la pratique est loin d'être aussi simpliste qu'on pourrait le penser) a fait beaucoup de tord au sujet important qui vous interroge, à savoir la question de l'auto-suggestion éventuellement « renforcée » par l'hypnose. Votre question
est donc très pertinente. La pratique de l'auto-suggestion est effectivement possible, mais encore faut-il qu'elle prenne corps dans le cadre d'un suivi rigoureux avec un praticien de l'hypnose. Ensuite, on peut reproduire seul les méthodes vues avec l'hypnopraticien (auto-hypnose) et utiliser des suggestions conseillées par le professionnel un peu à la façon de mantras. Mais cette pratique, pour être efficace, demande vraiment à être appuyée sur un suivi en relation avec un professionnel, car les mots n'ont pas de pouvoir en tant que tel. Ils prennent par contre un sens et une fonction au regard d'un suivi et de ce que le professionnel aura compris de la situation
du patient et des leviers qui existent.
Pour information, et sans doute un peu en marge de votre question, dans les situations de troubles du comportement alimentaire avérées (anorexie, boulimie, obésité), je travaille toujours en parallèle avec un médecin (nutritionniste, endocrinologue ou autre selon la situation du patient).
c'est à la fois une question d'éthique professionnelle et une nécessité clinique pour que le patient ait toutes les chances de pouvoir sortir de sa difficulté. Ce n'est pas parce que l'on pratique l'hypnose que l'on est tout puissant...
Etant bénévole dans des services de soins palliatifs, je me demande par quel mécanisme l'hypnose pourrait-elle soulager les personnes atteintes de maladie grave, évolutive ou terminale ? (Claude)
Passionnante question, qui fait l'objet de nombreuses et longues interventions en formation que je peux donner ! De façon très synthétique, l'hypnose permet d'une part de mieux gérer les douleurs dans les situations que vous exposez. Egalement, on peut faire un travail autour d'une meilleure
inscription du patient dans son parcours de maladie, et de l'appropriation par le patient de la situation dans laquelle il est plongé. Un travail autour des ressentis corporels, des restaurations des limites du corps et une écoute de ce dernier est souvent conseillé. Une petite précaution
cependant : le cadre de l'action du bénévole de santé, très important, ne laisse pas forcément de place pour un accompagnement qui pourrait s'apparenter à un acte soignant. Car la forme de travail que je viens de décrire demande des connaissances sur les processus de la maladie, les
incidences de celles-ci, et d'avoir une certaine visibilité sur la stratégie thérapeutique globale engagée.
l'hypnose est-elle un outil qui peut s'avérer dangereux si elle fait remonter des souvenirs trop douloureux et paralysants ? (Viviane)
Lorsque l'hypnose est utilisée dans un cadre psychothérapeutique, elle peut en effet amener le patient à revivre des moments difficiles ou des émotions difficiles à gérer. Il est donc fondamental d'être accompagné par un hypnopraticien compétent, et spécialisé dans les suivis en santé psychique. Cependant, d'expérience, il ne « remonte » que ce que les patients sentent que le praticien peut recevoir, encadrer et aider à gérer. Si le patient ne sent pas que le praticien peut accueillir des choses fortes et difficiles pour lui, il sort simplement de la situation hypnotique ou ne laisse pas émerger ces éléments. c'est vrai en hypnose comme dans d'autres formes d'accompagnement.
Un engagement responsable est-il en vigueur chez les hypnothérapeutes et le secret professionnel est-il de rigueur ? (Patricia)
La question que vous posez est centrale et d'une extrême importance. l'hypnose n'est qu'un outil et être « hypnotiseur », « hypnothérapeute » ou « hypnopraticien » n'est pas une profession en soi et elle n'est donc régit par aucun texte de loi ni aucune obligation professionnelle. Lorsque l'on consulte pour un problème de santé, il faut donc consulter... un professionnel de santé. Et spécifiquement pour les troubles psychiques, un professionnels de la santé psychique (psychologue ou psychiatre). Cela pour deux raisons : le professionnel de santé est seul à même, de part ses études et son expérience, d'avoir une vision globale du problème posé, de pouvoir établir un diagnostic, et d'envisager la méthode thérapeutique la plus adaptée. - Consulter un professionnel de santé garantie au patient que la pratique se fera dans un cadre légal et réglementaire strict (celui de la profession d'origine : médecin, infirmier, psychologue...). Le
praticien est alors responsable de ses actes civilement et pénalement, et son cadre professionnel déontologique et éthique l'oblige à des règles de pratiques, dont celle du secret professionnel dont vous parlez.
Il convient donc, dès la première consultation (ou avant...) de s'assurer de la profession de celui qui emploie l'hypnose. c'est une démarche dont on a cependant peu l'habitude en France, malheureusement, mais le patient est en droit de demander ces informations. Si l'on consulte pour un problème de santé physique ou mental, et que la personne consultée n'est pas un professionnel de ce champ mais a juste reçu une formation en hypnose, il faut savoir que la personne pratique sans cadre légal ni réglementaire reconnu, et n'est donc tenu à rien. Attention aux « faux diplômes » : aucun diplôme délivré par des centres privés n'a de valeur juridique ou professionnel, malgré parfois des titres « ronflants » (comme « maître praticien »).