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© Jean-Romain Pac
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PUBLIÉ LE 12/07/2013

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Inexploré n°19

Peut-on connaître l'avenir ?

LE LIVRE À LIRE

Le Mystère du Satellite Planck

Bogdanov Igor, Bogdanov Grichka
Editions Eyrolles
Magazine » Entretiens

Igor et Grichka Bogdanov :
Le hasard nous rend libres

Les étonnants jumeaux férus de découvertes scientifiques se penchent sur l'avant big bang et nous livrent leur conception de dieu et du monde.

Des études sur les jumeaux évoquent chez eux un développement accru des capacités intuitives, et même des perceptions extrasensorielles. Cela est-il le cas pour vous ?
Igor : Chez nous, cela se traduit surtout par des phénomènes d’empathie, par le partage de sensations. Je pense que la gémellité, en ce qui nous concerne, c’est finalement la conjugaison de 2 forces, qui sont des forces de perception, des forces d’interprétation du monde, des forces de culture qui tiennent à notre histoire personnelle. La gémellité en elle-même est une façon de côtoyer une expérience du réel qu’on pourrait très rapidement comparer à une sorte de réalité augmentée. Cela permet de faire plus de choses, cela permet d’aller plus loin, plus vite dans des réalisations. Cela permet aussi de préserver une part de plaisir à exercer une action commune sur le monde, qu’on obtient sûrement plus difficilement quand on est avec une personne qu’on connaît moins bien.
Grichka : Le système gémellaire est un système qui n’est pas comparable ni réductible aux autres. D’ailleurs, on s’est très vite sentis différents de ce point de vue-là. Les gens sont au centre d’un cercle et nous, nous sommes dans une ellipse où il y a 2 centres.
Il y a 2 foyers dans notre réalité. En soi, c’est un système paranormal. Le système gémellaire que l’on forme n’est pas un système réductible aux individus dits normaux, c’est-à-dire solitaires. Igor a employé le mot d’empathie ; on a en permanence ces expériences d’empathie, de partage simultané des mêmes informations, sans qu’elles soient acheminées par des chemins classiques du style : je te donne une information écrite sur une feuille de papier ou sur un écran d’ordinateur. Disons qu’on a la chance quand on est jumeaux d’accéder à un écran abstrait sur lequel les mêmes informations sont accessibles pour les deux en même temps. Le professeur Jacquard a dit à notre propos : « Mais c’est extraordinaire, je suis en face de vous deux et finalement j’ai la sensation que ce que l’un apprend, l’autre le sait déjà. » C’est beau.
Igor : Oui, on peut écrire un livre à deux sans qu’on sente même la transition. Grichka écrit de son côté, moi du mien, et ça colle tout de suite, parce qu’on procède en effet des mêmes informations, du même corpus.

A quoi ressemble votre vision du monde ?
Igor : Nous pensons que le monde physique est naturellement prolongé par le monde métaphysique, que l’un et l’autre sont parties prenantes d’une seule et même réalité. C’est l’aboutissement de notre trajectoire de recherche : nous pensons que l’univers visible, l’univers sensible dans lequel nous vivons, celui qui est accessible à nos sens – une table que l’on peut toucher, une chaise sur laquelle on peut s’asseoir, une voiture que l’on peut conduire – peut se résoudre en quelque chose de beaucoup plus fondamental qui est « l’information ». L’information constitue la réalité profonde, une réalité d’essence mathématique. Elle se situe dans un monde qui n’est pas directement accessible à nos sens mais qui existe avec toute sa force, toute sa puissance. De ce point de vue, on s’approche des convictions de Platon, qui faisait la distinction entre le monde sensible – le monde dans lequel on vit – et le monde des idées. Le monde des idées chez Platon, c’est ce que nous identifions, nous, à l’univers des lois physiques, qui elles-mêmes sont structurées par des informations de type mathématique. On croit à quelque chose qui n’est pas accessible dans notre vie quotidienne mais qui est important et qui fait partie de la réalité.

Vous utilisez le mot mathématique, est-ce que pour vous ce mot a le même sens que métaphysique, voire spirituel ?
Grichka : Quand on dit mathématique, il faut bien se rendre compte que c’est quelque chose d’éminemment mystérieux, dont la source n’appartient pas aux mathématiciens. C’est très important ça, le mathématicien n’invente jamais rien, il découvre. Si Pythagore n’avait pas découvert le théorème qui porte son nom, d’autres l’auraient découvert à sa place. Parce qu’il existe dans une réalité indépendante. Par exemple, le nombre pi, qui du point de vue des mathématiques est un nombre irrationnel – ou transcendant –, infini, n’est jamais épuisé.
L’univers repose sur des nombres mathématiques, le nombre pi fait partie de ces nombres. Alors la grande question est : d’où viennent ces nombres ? On connaît leurs propriétés mais on ne sait pas d’où ils viennent. Et si on prend tous ces chiffres après la virgule, on peut se poser la question : « Est ce que ces chiffres sont disposés au hasard ou pas ? », bien sûr que non. D’abord, pour une raison très simple : un cercle est un cercle et si on déforme le nombre pi on déforme le cercle, le cercle n’existe plus, ni l’univers non plus. Ensuite, les algorithmes qui calculent des millions de décimales après la virgule montrent qu’elles ne s’organisent pas au hasard. Si le nombre pi n’est pas là par hasard, alors il y a de bonnes chances pour que nous ne soyons pas là par hasard non plus.

Quel est votre sentiment personnel ?
Grichka : Devant ce nombre, pi, ou l’essence mathématique dont parlait Igor, si on remonte à l’origine de tout cela, c’est-à-dire à l’origine du big bang, le hasard est totalement exclu. Dans nos vies le hasard joue un rôle, mais il joue un rôle qui s’installe à l’intérieur d’une matrice qui elle-même est programmée. Il existe des lois de la probabilité, des lois du hasard, ce n’est pas pour rien qu’il y a des mathématiques qui encadrent l’aléatoire. Mais, en réalité, la liberté elle-même est programmée. Nous avons le privilège de choisir, cependant les mathématiques nous montrent que si l’univers est unique, alors sa naissance, son arrivée explosive qu’on appelle le big bang, est un vrai miracle. ...

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