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PUBLIÉ LE 24/04/2011
Magazine » Air du temps

Insaisissable inconscient

Qu’est ce que l’inconscient ? Mot fourre-tout ou réalité ? Ce concept popularisé par Freud conserve à ce jour sa part de mystère. Réflexion autour d’une hypothèse.

Les rêves sont l’occasion d’une production de représentations qui semblent à première vue aléatoire. Ces images ont-elles un sens ? A l’inverse d’autres auteurs comme Descartes, Freud pense que oui. Il voit dans le rêve non un outil prémonitoire ou encore un espace de rencontre avec le monde des esprits (des conceptions ancestrales), mais une voie royale vers l’inconscient. Mais quelle est la nature exacte de l’inconscient et son existence est-elle si évidente que cela ? Certes, la notion possède un important passé d’études en philosophie et psychologie qui plaide en sa faveur (principalement depuis le milieu du 19e siècle). Pourtant, fondamentalement, la notion d’inconscient n’est pas un fait, mais une métaphore (comme la notion de psychisme, d’âme, etc.), autrement dit une hypothèse de travail pour penser et comprendre des faits observés. Certes, il existe des processus que l’on peut qualifier d’inconscients, c’est-à-dire que des attitudes sont en partie déterminées par des processus qui échappent à la connaissance immédiate de celui qui agit. Mais l’inconscient (le terme utilisé cette fois comme substantif) existe-t-il ? Autrement dit, existe-t-il une instance constitutive de l’essence humaine mais dont paradoxalement on ne peut dire grand chose ? Freud dans une démarche scientifique a proposé de poser l’hypothèse de l’inconscient pour donner des contours à son objet d’étude, le psychisme humain dont ferait partie l’inconscient, et ainsi créer sa méthode, la psychanalyse. D’autres après lui feront de même pour d’autres pratiques. Mais est-ce pour cela que l’on peut avec assurance affirmer que l’inconscient existe en tant qu’instance constitutive et universelle ? Bien sûr, on pourrait dire que le simple fait que l’on puisse donner une cohérence et du sens à un rêve est une preuve qu’il renvoie à un contenu qui n’est pas aléatoire. Sans doute. Mais un fait m’a toujours troublé : dès lors que j’évoque un rêve, que je le raconte, que je cherche à lui donner un sens, je suis toujours dans l’après coup, dans une reconstruction des choses.

Autrement dit, lorsque j’analyse un rêve et que (schématiquement) je me dis qu’avoir rêvé de telle scène de telle façon est en fait l’expression d’un désir inconscient que je peux nommer : est-ce que mon rêve désignait véritablement cela à la base et en soi, ou n’est-ce pas plutôt le sens que j’ai bien voulu lui donner à posteriori, et que j’exprime lorsque je dis « telle est sa signification » ? Le rêve possède-t-il un sens en soi, en lien avec un inconscient ? C’est le pari de Freud, pour ma part je resterais prudent car les éléments de preuve d’un lien entre le rêve et un potentiel inconscient restent ténus, puisque le sujet peut toujours reconstruire un sens dans l’après-coup, et que de ce fait, une analyse a posteriori n’est la preuve de rien. Elle peut aussi n’être qu’une spéculation répondant à un vieux besoin de l’homme : ne pas rester dans le vide, l’incertitude ou l’inexpliqué, mais donner du sens à tout, quitte à faire appel à des notions par nature non vérifiables.


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