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PUBLIÉ LE 02/01/2012
  • Virginie Gomez
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°13

Intuition : retrouvez votre 6e sens
Magazine » Air du temps

Intuition : Retrouvez votre 6e sens

Quels moments marquent le plus nos vies ? Nos moments d’intuition. Et même si l’on parle souvent de chance, on pressent qu’il s’est passé quelque chose. Comme vous allez le découvrir dans ce dossier, ces perceptions ne sont pas anecdotiques : elles participent d’un fonctionnement normal de l’être humain. Là où la vie est intense, l’intuition entre en jeu, avec ses fulgurances et ses mystères…

Intuition… Fermez les yeux. Laissez le mot se déployer en vous – saveur, texture, sonorité. Quelles sensations vous viennent ? Des souvenirs peut-être ? Un moment où vous avez su quoi faire, sans hésiter. Un instant de connaissance qui vous a sidéré et ravi. Fragile comme une bulle de savon. Cette « forme de connaissance immédiate ne recourt pas au raisonnement » nous apprend Le Petit Robert. L’intuition désigne « le sentiment plus ou moins précis de ce qu’on ne peut vérifier, de ce qui n’existe pas encore ».
Ce n’est pas le mode de fonctionnement que privilégient nos sociétés. On s’y affirme rationnel à tout bout de champ. Dans un univers à choix multiples, base de la société de consommation, on s’épuise à toujours chercher la meilleure option, le meilleur moment pour faire les choses, le meilleur placement… C’est d’autant plus compliqué que nous croulons sous l’information. Elle voyage autour de nous, sous forme immatérielle. Elle est accessible de manière illimitée par Internet. Chaque sujet est une spécialité sondée par des myriades de spécialistes. La quantité d’information manipulée aujourd’hui par un citoyen ordinaire en une seule journée est égale à celle qu’un homme du XVIIIème siècle manipulait tout au long de sa vie.
Nous sommes submergés, stressés, affolés, et notre intuition bien souvent reste muette. C’est pourtant une ressource précieuse. Un lapin qui sort du chapeau magique, en nous épargnant les affres du choix « rationnel ». Comment la comprendre ? Comment l’expliquer ? Souvent, nous cherchons les « trucs » pour avoir de bonnes intuitions. Mais l’intuition est d’abord une attitude, comme l’a expliqué Christophe Haag, auteur de La Poulpe attitude, en référence au céphalopode qui s’est rendu célèbre en prédisant avec succès les résultats des matchs de la Coupe du monde de football. Pour ce professeur en ressources humaines, il faut « poulper », c’est-à-dire apprendre à utiliser son cerveau intuitif.

Des processus inconscients à la rescousse


Car c’est un fait : nous n’avons pas pour seuls alliés dans la vie que la logique et le calcul rationnel. Dans Le Génie de l’intuition, Gerd Gigerenzer, directeur de l’Institut Max Planck de Berlin, montre comment en situation d’incertitude – autrement dit la vie –, ceux qui ne savent rien font parfois aussi bien que les experts qui soupèsent, calculent, modélisent. Pour cela, ils utilisent un savoir inconscient fondé sur des règles culturelles implicites de leur culture.
Les neurosciences confirment que nous ne sommes que partiellement conscients de ce qui nous pousse à agir : 80 % de notre matière grise est occupée à des processus inconscients. La logique et la rationalité ne font donc appel qu’à 20 % de notre capacité cérébrale. Les moments d’intuition sont des pépites d’or, produits de ce fonctionnement inconscient soudain accessibles à la conscience. « L’intuition fait référence à un mécanisme évolué tel que la mémoire implicite, ou une intelligence inconsciente qui a enregistré au fil du temps, et de manière implicite, des éléments liés à notre expérience personnelle passée. Ces éléments, enfouis dans la mémoire, peuvent revenir à la surface lorsqu’on se trouve dans une situation similaire » affirme la neurologue Stéphanie Ortigue dans La Poulpe attitude. Le cerveau décode en permanence l’environnement, à notre insu, avec une précision incroyable.
Prenons l’exemple du seul visage : « Deux muscles produisent trois cent combinaisons et trois muscles plus de quatre mille. Nous sommes allés jusqu’aux combinaisons de cinq muscles, avec pour résultat plus de dix mille configurations faciales perceptibles » a expliqué Paul Ekman au journaliste Malcom Gladwell, auteur de La force de l’Intuition. Avec son collègue Wallace Friesen, ils se sont entraînés à répéter toutes les combinaisons au prix d’une intense gymnastique faciale. Très peu de gens maîtrisent consciemment ces idéogrammes émotionnels, mais nous tous avons appris au cours de notre existence à en discerner les principales nuances. Nous pouvons mentir, y compris à nous-mêmes, notre visage exprime notre vérité profonde. Les travaux d’Ekman et Friesen sont utilisés avec succès pour prédire la durée de vie des couples, en fonction des émotions que traduisent leurs mimiques au cours des entretiens. Voilà un savoir qui peut participer d’une intuition : j’embauche ou non ; je fais confiance – ou pas…
Ces recherches aboutissent à la revalorisation de l’intuition, historiquement considérée comme inférieure à la raison. C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’on la disait féminine. Aux hommes le monopole de la raison, aux femmes, l’intuition. De nos jours, on sait que l’intuition est unisexe. Ce qui est finalement une bonne nouvelle pour les hommes.
Car l’intuition est indispensable à la prise de décision. Nous pouvons développer et affiner l’outil pour ne plus être dupes de nos peurs et de nos préjugés, qui brouillent l’intuition. Les stéréotypes s’expriment particulièrement en situation de stress. Dans l’affolement, les mauvaises décisions se succèdent. Suite à une bavure aux États-Unis, qui a entraîné la mort d’un Afro-Américain, le psychologue Keith Payne a mené une expérience dans laquelle il a d’abord conditionné ses sujets en projetant sur un écran d’ordinateur des visages de Noirs ou de Blancs. Puis il leur a présenté des photos à la suite les unes des autres en leur demandant d’identifier rapidement s’il s’agissait d’un fusil ou d’une clé à molette. Lorsqu’il a accéléré la cadence et diminué le temps de présentation des images, ceux qui avaient été conditionnés d’abord par les visages noirs prenaient plus souvent la clé à molette pour un fusil. En situation de tension, « ils ont cessé de se fier aux preuves réelles que leur transmettaient leurs sens pour glisser dans un système rigide et inflexible guidé par les stéréotypes » résume Gladwell. Si la capacité de l’être humain en matière de balayage et de jugements éclairs est extraordinaire, elle a donc besoin de temps pour s’exprimer. Le stress et l’affolement sont contre-productifs, l’expérience et la confiance en soi sont des alliées précieuses. Il est possible d’entraîner sa sensibilité intuitive. Malcom Gladwell rapporte que Paul Ekman a conçu plusieurs tests pour évaluer la faculté d’interpréter les expressions faciales. L’un d’eux est un exercice de détection de mensonge. C’est un exercice très difficile, et ceux qui le réussissent sont aussi ceux qui se sont beaucoup entraînés.
Les capacités de perception intuitive sont décuplées lorsque le cerveau est en état de synesthésie, c’est-à-dire que tous les centres – vision, motricité, audition… – travaillent en coopération. Cet état, qui nous rend hypercompétitifs, peut être stimulé par l’activité physique, et plus spécifiquement par ce qui favorise en nous l’état de transe, potentialisant l’utilisation de notre cerveau intuitif. Pour Jean Becchio, président de l’Association française d’hypnose, l’intuition allie forcément l’apprentissage, les expériences, et la synesthésie...

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