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PUBLIÉ LE 08/02/2012
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Je ne suis pas mort...

Isabelle de Roux, membre du Réseau INREES, nous a quittés le 19 janvier dernier. La nouvelle nous a tous profondément bouleversés. Nous étions à quelques jours d’une réunion importante du Réseau, et nous nous faisions une joie de ces retrouvailles. Isabelle de Roux était psychothérapeute et avait su nous captiver par sa capacité d’écoute et son professionnalisme.

Isabelle faisait partie de ces professionnels de santé qui ont rejoint l’association Réseau INREES afin de travailler au développement d’un nouvel espace d’écoute de l’extraordinaire dans notre société. L’écoute, c’est savoir s’effacer afin de laisser à son interlocuteur toute la place pour exprimer des choses parfois difficiles, confuses, complexes, ou sortant de l’ordinaire. C’est savoir entendre sans que ses propres émotions ne viennent se mêler à l’échange ; savoir être disponible pour l’autre, pleinement, sans attendre de retour. La posture d’écoutant est pleine de pièges, nos bonnes intentions masquent quelquefois nos propres blessures — dont nous pouvons ne pas même avoir conscience —, aussi aider les autres, écouter les autres, les conseiller, les orienter, nécessite professionnalisme, discernement, et une grande capacité d’effacement. C’est ce qui caractérise l’empathie. Quand ce professionnalisme et cette empathie se doublent d’une grande beauté d’âme, on a Isabelle.

Nous avons toutes et tous eu une grande chance de partager du temps avec Isabelle, et nous sommes honorés par son passage. Elle aura donné au Réseau INREES naissant une part d’elle, de son temps, de son énergie et de son amour. Le Réseau INREES porte aujourd’hui et pour toujours un peu de la vie d’Isabelle. Et nous sommes convaincus qu’elle ne nous a pas complètement quittés. Son beau visage est présent.

Comme tous les membres du Réseau INREES, Isabelle avait une grande curiosité face à l’extraordinaire. Une curiosité sans doute un peu nourrie de sa propre expérience. En effet, il y a des années de cela, alors qu’elle allait subir une intervention chirurgicale lourde, elle s’est levée un matin, touchée aux larmes : Elle avait « rêvé » de son père. En réalité, cette expérience s’était produite alors qu’elle était assoupie, « Je ne rêvais pas » se souvient-elle. Son père était mort alors qu’elle n’était qu’une enfant, elle ne gardait aucun souvenir de lui. Cette nuit-là, il est venu la voir. Il était entouré de lumière, et souriant. Tellement réel. Pour Isabelle : « Il n’y avait aucun doute, il ne s’agissait pas d’un vrai rêve, il était venu me dire que je m’en sortirai, qu’il était auprès de moi et qu’il me protégerait ». C’était la première fois qu’elle « rêvait » de son père, et que son « rêve » était si net, m’a-t-elle précisé dans son dernier mail.

Isabelle savait que ces vécus ne sont pas uniques, ou isolés. Elle voulait comprendre bien-sur, mais aussi et avant tout aider les autres — ceux qui traversent pareilles expériences — à faire en sorte que ces expériences trouvent leur juste place dans nos existences. La place légitime et normale que devrait avoir l’extraordinaire dans nos vies.

Lors de ses obsèques le 26 janvier dernier, de nombreux textes ont été lus. Parmi eux, Isabelle en avait notamment choisi un, attribué à un auteur amérindien anonyme :

Ne reste pas à pleurer sur ma tombe,
Je n’y suis pas.
Je n’y dors pas.
Je suis un millier de vents qui soufflent,
Je suis le scintillement du diamant sur la neige.
Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr,
Je suis la douce pluie d’automne.
Dans le silence feutré de la clarté du matin,
Je suis l’oiseau au vol rapide.
Ne reste pas à te lamenter sur ma tombe.
Je n’y suis pas,
Je ne suis pas mort.


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