Si Jung fut très lié à la psychanalyse de Sigmund Freud, dont il fut l’un des premiers collaborateurs, il émit aussi très vite des réserves qui finirent par provoquer une rupture entre les deux hommes.
Le 25 mars 1909, Sigmund Freud et Carl Jung, qu’il considérait à l’époque comme son successeur, eurent une véhémente discussion. Jung lui faisait part des réserves qu’il éprouvait envers les fondements de la psychanalyse freudienne et la place de la sexualité. Alors que la tension montait entre les deux hommes, un événement intervint qui sans doute précipita la rupture. Jung le rapporte dans ses mémoires :
Face à la distance marquée par Freud, j’éprouvais une étrange sensation, il me sembla que mon diaphragme était en fer et devenait incandescent. En même temps, un craquement retentit dans l’armoire-bibliothèque qui était immédiatement à côté de nous, de telle manière que nous en fûmes tous deux effrayés, craignant que l’armoire ne s’écroule sur nous. Je dis alors à Freud : « Voilà ce que l’on appelle un phénomène catalytique d’extériorisation. »
– « Ah ! dit-il. C’est de la pure sottise !
– Mais non ! répliquai-je, vous vous trompez monsieur le professeur. Et pour vous prouver que j’ai raison, je vous dis d’avance que le même craquement va se reproduire. »
Et de fait, à peine avais-je prononcé ces paroles, que le même bruit se fit entendre dans l’armoire. J’ignore encore aujourd’hui d’où me vint cette certitude. Mais je savais parfaitement bien que le craquement se serait reproduit. Alors, pour toute réponse, Freud me regarda, sidéré. Je ne sais pas ce qu’il pensait, ni ce qu’il voyait. Il est certain que cette aventure éveilla sa méfiance à mon égard ; j’eus le sentiment que je lui avais fait un affront. Nous n’en avons plus jamais parlé ensemble.