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Mercredi 07 Mars 2012 / Par Audrey Mouge
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Bonnes feuilles

L'amour au-delà de la mort

Elle a été, pendant douze ans, la femme du chanteur Alain Bashung. Trois ans après sa mort, dans un court récit intitulé Let go, Chloé Mons raconte, avec pudeur, élégance et réalisme, la dernière semaine de la vie de l’homme qu’elle aime, l’accompagnement jusqu’au bout du chemin, la semaine qui a suivi sa mort, et la vie qui, sans lui, doit reprendre son cours. Un livre bouleversant, empreint d’amour, sans déballage, ni larmoiement. Un récit joliment bien écrit, « sobre, grand, juste », fidèle à l’image qu’elle décrit du chanteur. Extraits.

Samedi 14 mars



15 heures 51
(...)
Alain vient de mourir. Il y a un quart d'heure. Il m'a attendue.
J'étais avec Poppée et ma mère. En arrivant dans le couloir, j'ai vu de gens courir vers la chambre.
Je leur ai dit : « Si c'est critique, je veux être là. S'il vous plaît, je veux être là. »
Je suis restée derrière la porte, en alerte des pieds à la tête et je l'ai vu allongé avec quatre personnes autour et j'ai compris que ça n'allait pas. La porte s'est ouverte et on m'a dit : « Entrez, madame, il va partir. »
Je lui ai pris la main et je l'ai inondé de mes je t'aime, et j'ai pleuré sur lui, mon visage tout contre le sien.
Et doucement Alain s'est éteint, la vie s'en est allée.
Je bénis le ciel pour avoir été là pour son passage.
Ils m'ont laissée seule avec lui, et j'ai pris des photos de lui, de ses affaires... J'ai touché ses pieds, ses mains, ses couilles, tout... En lui disant que je l'aime, que je l'aime si fort.
Son âme me regarde. Je parle au plafond, aux murs, je le sens partout à travers l'écran de larmes.

Quand je me suis détachée du corps d'Alain et que je lui ai lâché la main, je l'ai vu là, gisant sur le lit et j'ai pris le temps de le regarder.
La main que j'avais prise dans la mienne était encore serrée comme s'il avait attrapé quelque chose de moi pour partir. L'autre main était détendue.
Et la mort m'a soudain semblé si naturelle.
Ce corps était si détendu, en paix. C'était le calme retrouvé, et tout était si tendre autour. Toute la douceur du monde autour de nous. Comme devant un nouveau-né. La peau pâle et douce, toutes les tensions disparues.
La mort est comme une naissance. On dit « délivrance » pour les deux. Je ne comprenais pas ce mot pour la mort avant de vivre ce moment.
La mort en soi n'est pas horrible. La souffrance, les maladies, les plaies, la guerre, ça c'est l'horreur.
Mais la mort n'est qu'un passage pour un autre voyage.

Quand l'infirmière est venue prévenir maman et Poppée, la fenêtre du petit salon s'est ouverte en fracas. Maman lui a dit : « Oh, c'est l'énergie de ton papa qui s'en va. » Et Poppée a dit : « Quand papa se couche, le vent se lève. »

Dimanche 15 mars


(...)
J'ai préparé les vêtements pour habiller Alain et aussi des choses à mettre dans ses poches. Des dessins de Poppée, des photos, mon dernier disque. Envie qu'il parte comme un roi, avec ce qu'il aimait. Mon pharaon.
Après un chassé-croisé avec les photographes qui hantent notre allée, Laura et moi partons à l’hôpital où nous retrouvons Émilie, pour régler des papiers. (...) Devoir s'occuper à ce point du matériel alors qu'on est projeté au comble du surnaturel et du spirituel, c'est définitivement absurde.
(...) Je donne au thanatopracteur les habits d'Alain. Je lui explique que c'est normal si le tee-shirt est tout troué. C'est parce que c'est celui de notre rencontre il y a douze ans. Je lui dis : « C'était notre tee-shirt d'amour. » (...) En revenant à la chambre, un pigeon nous suit pas à pas sur le muret que nous longeons. Je plaisante : « Alain ? Tu es là ? C'est toi ? (…) Toujours à trois, nous allons aux pompes funèbres. Là, la tête d'enterrement du croque-mort est déjà un spectacle. Et l'obsession, le tissu de l'intérieur, les fleurs, la dalle,... Et aussi l'église et le cimetière.
Saint-Germain-des-prés parce que c'est un bel endroit, et le Flore où nous allions avec bonheur manger des mille-feuilles est tout près. Inhumation et pas crémation. Alain a tant manqué d'ancrages. Il est grand temps qu'il s'enracine pour toujours. Et puis la terre est le souvenir, contrairement à la cendre qui est la dispersion. Important aussi que les gens qui l'ont tant aimé puissent venir lui rendre hommage.
En sortant de cette drôle de boutique, nous croisons un lapin, promené par un homme comme il sortirait un chien. On se dit que c'est encore Alain, lui qui m'appelait toujours « mon lapin ».
(...)

Après


Les jours qui suivent ne sont que papiers et démarches. Je navigue entre abandon, épuisement, lâcher-prise et matérialité exigée.
Ma mère est présente. Émilie veille. Et Laura est là, toujours. Que ce soit pour faire la queue à la mairie ou pour me faire rire quand il faut appeler Orange, EDF, Gaz de France...
On plaisante sur le caractère animalier des situations et on imagine la voix off d'un documentaire : « Quand un être humain meurt, ses congénères s'agitent dans tous les sens avec des papiers dans les mains. Cette parade dure environ huit jours. Ensuite, le rythme ralentit. »
Mais ça c'est aussi l'Occident et son incapacité à faire avec la mort et la vieillesse.
(…)

Mardi 24 mars


(…)
Il y a des moments bizarres où je suis prise d'une envie de dormir irrésistible. Et même ma conscience a ce désir de s'évanouir, comme une façon de le retrouver. D'ailleurs je me pose des questions sur cet état.
Est-ce une réaction biologique à la perte de quelqu'un ? Ou est-ce Alain qui vient m'envahir, me prendre, m'accaparer dans mon sommeil ?
J'ai eu très fort cette impression hier dans l'avion. Assise, j'étais happée. Mes yeux se fermaient, mes bras se vidaient et j'étais heureuse de décrocher du réel, comme pour un rendez-vous.
Et finalement Poppée s'est aussi endormie dans mes bras. Et j'avais cette impression très forte qu'Alain était avec nous. Il y avait cette force en plus....

www.chloemons.com
Let go, Chloé Mons
Editions Fetjaine (Mars 2012 ; 61 pages)



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