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PUBLIÉ LE 23/10/2011
  • Virginie Gomez
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°12

Corps-Esprit / Hommage à David Servan-Schreiber
Magazine » Air du temps

L’intelligence du corps

Le sport peut être l'occasion d'une expérimentation extraordinaire des liens entre corps et esprit... Peut-être l'avez-vous déjà vécu ? Cet état appelé « la Zone », serait la garantie de la meilleure performance possible.

Imaginez, au coeur de l’effort, un état de parfaite coïncidence entre vos actions et ce qui vous entoure. Tout semble plus lent, vous avez tout le temps d’ajuster votre geste. Sur le banc de touche, où sont pourtant assises plusieurs personnes, vous ne voyez plus que le coach. Les spectateurs aussi ont disparu. Vous êtes dans un état de fluidité, sans conscience de soi. Qu’il s’agisse d’un revers au tennis ou d’un shoot en football, vous êtes en totale confiance. Dans l’effort, corps et esprit sont totalement réconciliés. « Vous ne pouvez rien manquer. C’est comme si vous anticipiez plus tôt que d’habitude. Vous savez exactement où va la balle » rapporte Chris Evret, championne de tennis.
Pour qualifier ce moment atteint parfois lors de la pratique d’un sport, Damien Lafont, consultant pour Mental Training, spécialisé dans le coaching sportif, parle de la Zone. Selon lui, les sportifs évoquent rarement cet état et peu ont tenté de le développer systématiquement.
L’ex-sportif et écrivain à succès Dan Millman fait exception à la règle. Ancien champion du monde de trampoline, longtemps entraîneur à l’université, auteur de L’athlète intérieur et de vLe Guerrier pacifique, il a réfléchi sur ces états dont seuls certaines variables seraient contrôlables : la concentration, la respiration, la visualisation. « On peut faire le lien entre la Zone et les états vécus dans la pratique des arts martiaux, en particulier les moments de satori, lorsque l’esprit, les émotions et le corps sont dans un état particulier d’intégrité, d’harmonie et de synergie », écrit-il.
« Dans la plupart des sports, cette connaissance du corps – qui signifie le connaître, prêter attention à ses ressentis – est noyée dans l’entraînement physique, dans la technique. Mais le lien avec l’esprit compte », explique Damien Lafont. « Lorsqu’on enseigne aux jeunes, cela se traduit par exemple par une lutte contre les inhibitions. Au tennis, on peut leur demander de jouer en dehors des limites. La peur de ne pas arriver à jouer dans les limites leur fait faire des mouvements saccadés. Lorsqu’ils ont pris conscience de leur force, de leurs mouvements, ils ont plus de contrôle. »

« Dans l’effort, corps et esprit sont totalement réconciliés »


Arriver au détachement, se détendre, ne plus analyser ses actions en permanence, autant de points essentiels. Certains coachs ont fait du travail sur le mental un point central de leur approche, avec pour but d’atteindre « la zone ». C’est le cas de Jerry Lynch, ancien joueur professionnel de baseball devenu psychologue du sport, qui revendique une approche basée sur la spiritualité orientale : « La façon d’atteindre la victoire plus efficacement passe par des stratégies qui éliminent ou minimisent les résistances. C’est l’art de l’effort sans effort (…) appelé wu-wei en chinois. Comme notre entraînement permet de développer une mémoire musculaire, résultat de la répétition de nos mouvements, le corps “sait” comment bouger sans avoir à penser comment. »
Autre exemple, Phil Jackson, coach des célébrissimes Lakers de Los Angeles, qui a pris récemment sa retraite, faisait méditer ses joueurs, et leur donnait à lire des livres sur le zen. De son approche, il disait qu’elle englobait « l’attitude zen, qui est un moyen pour intégrer l’esprit et le corps, le sport et le spirituel. »
Pour les sportifs de haut niveau, atteindre la zone est synonyme d’éblouissante performance. « Lorsque Roger Federer au tennis ou Kobe Bryant au basket, font abstraction de ce qu’il y a autour d’eux, ils ne se posent plus de questions et ne ratent plus rien, c’est alors de la performance maximale. » Toutefois, ajoute Damien Lafont, même un sportif moins expérimenté peut atteindre la zone. Il sera alors au meilleur de sa technique. Mais attention : la victoire n’est pas garantie ! Ce qui n’est pas si grave car à en croire les témoignages, l’état se suffit à lui-même et justifie tous les efforts.


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