Ancien chef des négociateurs du Raid, Christophe Caupenne est parvenu à dialoguer avec des forcenés et installer avec eux une relation de confiance pour mener à bien ses missions sans qu’aucune victime ne soit à déplorer. Fort de cette expérience, il crée aujourd’hui, avec Pierre Winicki et l’Institut Confiances un laboratoire d’idées pour tenter de remédier à cette dégradation du niveau de confiance dans tous les secteurs de notre société.
© Jean-Romain Pac
Écouter l’autre, faire preuve d’honnêteté, tenter de comprendre ce qu’il pense, et ce qu’il attend. C’est ainsi que Christophe Caupenne, ancien chef des négociateurs au Raid, l’unité d’élite de la Police nationale, est parvenu à installer un dialogue et un climat de confiance avec des interlocuteurs, réputés durs à cuire. Comme des forcenés ou des preneurs d’otages. « Des gens en détresse absolue, frustrés et révoltés qui osent des actes fous faute de se faire entendre... ». Pour lui, « au fil du temps, la pratique de la négociation avec des forcenés et des preneurs d'otages, s'est transformée en une discipline aboutie, positionnée à la frontière de toutes les sciences humaines. » Sa plus grande fierté : avoir mené à bien « plus de trois cents missions sans un seul mort ». Dans son livre
Négociateur au RAID, l’ex-commandant démontre comment une bonne approche psychologique et un véritable dialogue offrent souvent une issue pacifique aux pires situations.
Aujourd’hui, après 25 ans de loyaux services dans la police, Christophe Caupenne, fort de son expérience de négociateur au Raid, a créé un cabinet privé de consulting, coaching et formations. Il est également, avec Pierre Winicki, membre fondateur du think tank de l’Institut Confiances . Un colloque ouvert à tous dont l’objectif est de fournir des éléments de réflexion, mais aussi des propositions et des pistes de progrès concrètes en réponse à la question suivante : « Comment, collectivement, contribuer à restaurer la confiance entre politiques, administration, acteurs économiques et financiers, experts, syndicats, médias et citoyens ? ».
Les premiers entretiens auront lieu le 20 février prochain au Palais du Luxembourg à Paris. A cette occasion, plusieurs groupes de travail thématiques auront pour but de concevoir et de mettre en pratique au sein d’administrations publiques, d’entreprises et au plus près des citoyens -via les associations, les élus locaux, et les réseaux sociaux-, des outils d’observation, des méthodes et des approches élaborés collectivement, susceptibles de contribuer à une restauration de la confiance dans les différents domaines confrontés à cet enjeu. « Il nous faudra ensuite être capables de mettre en œuvre les outils de progrès qui émergeront de cette recherche en les confrontant in vivo à des terrains d’application réels », précise Christophe Caupenne qui chapeautera l’atelier "politique de sécurité et de justice". « Nous observons depuis quelques années une dégradation du niveau de confiance dans tous les secteurs de notre société : en matière économique et financière bien sûr avec la crise que nous traversons, mais aussi dans le domaine de la santé avec, par exemple, l’affaire Mediator. Défiance aussi en matière de sécurité et de justice, d’éducation, de pratiques managériales, de dialogue social… Sans parler bien sûr de la défiance croissante de bon nombre de nos concitoyens dans la parole du politique. Nous sommes arrivés à un moment de notre histoire où le niveau de confiance en autrui est extrêmement bas, en France, plus encore que dans la majorité des autres pays. Or, il ne suffit pas de décréter comme le font nombre de dirigeants, de manière incantatoire, « faites-moi confiance ! » pour que la confiance s’instaure ou se restaure. Il faut agir en profondeur, en mobilisant l’ensemble des acteurs de la société autour de cette question. Ceci nécessite un vrai travail de recherche. » Comment expliquer un tel déficit de confiance entre les institutions ? Pour Christophe Caupenne, « le manque d’humanisme » en est la principale raison. « Au lieu d’être au cœur de l’intérêt et de l’attention de tous, certaines valeurs comme l’honnêteté, l’altruisme, la solidarité ou encore l’empathie ont été reléguées au dernier rang de nos préoccupations au bénéfice d’intérêts personnels, et/ou de la course au profit. Plus on va améliorer les relations humaines au sein des institutions, plus on va être à l’écoute de ses interlocuteurs et de tenter de comprendre son point de vue et ses attentes, plus on trouvera des leviers permettant de restaurer cette confiance altérée. Il faudra aussi se défaire de la peur de l’autre, de la peur des autres qui, pour moi, se révèle être un terrible frein à l’instauration d’une relation de confiance. La démarche de ce colloque peut sembler utopique mais elle est nécessaire. Car une société basée sur la méfiance et sur la défiance ne sera pas viable très longtemps. »
www.caupenne-conseil.com/fr/
www.institut-confiances.org