Magazine


© peppus84
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 21/12/2012
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Air du temps

La culture du bien-être
à l’origine de la déprime ?

La culture du bien-être à tout prix serait-elle à l’origine d’un mal-être psychologique ? C’est la question qui est posée à Gustave Nicolas Fischer, psychologue, suite à la publication par le journal The Economist d’un classement des 80 pays « où il fait bon naître » et où, paradoxalement, on recense également beaucoup de dépressions.

L'hebdomadaire The Economist a publié la semaine dernière un classement de 80 pays « où il fait bon naître ». La France est 26e du classement, tandis que la Suisse est première, le Danemark cinquième, et les Pays-Bas huitième. Parallèlement, les français étaient les plus nombreux à déclarer avoir traversé une période de dépression selon une étude de l'OMS de 2011, suivis des Américains. Les Néerlandais arrivent en quatrième place. Comment expliquer ce décalage entre les pays où il fait bon vivre et le mal-être psychologique des gens ?

Gustave-Nicolas Fischer : Ce paradoxe est tout à fait intéressant, et renvoie à une étude datant de 2009 où le bien-être matériel n'apparaît que comme faiblement corrélé au bonheur dans nos sociétés. Les personnes très aisées ne sont pas plus heureuses que les personnes défavorisées financièrement. Les éléments de type matériel ne constituent qu'un élément parmi d'autres dans le bonheur, et pas le plus important. Les gens lancés dans une stratégie de bien-être ont tendance à la poursuivre au détriment de leur vie sociale. Ils évoluent dans les mêmes cercles de personnes, par exemple. Plus on est dans le bien-être, moins on développe sa capacité à savourer les petits plaisirs de la vie.

A travers ce processus de quête du bien-être se développe donc un processus des grandes insatisfactions. Les éléments de dépression et d'isolement social que l'on constate sont des conséquences directes de ces phénomènes de « culture du bien-être ». Cette dernière génère des handicaps psychiques qui peuvent dépouiller les individus concernés de véritable valeur par rapport au sens de la vie. Il faut aussi chercher le bonheur par rapport à des aspects relativement immatériels : l'amour, la confiance, le sentiment de partager quelque chose d'intime.

Nous sommes dans des sociétés d'abondance où l'aisance et le matériel contribuent au bonheur, mais beaucoup plus faiblement que l'on ne l'imagine.

Les personnes défavorisées sont-elles plus à même d'apprécier les bienfaits que la société leur offre dans les pays où il fait bon naître ?

Elles le sont. On a constaté dans l'étude citée ci-dessus que les personnes ayant des revenus moyens, sans être en-dessous du seuil de pauvreté, sont dans des situations de bien-être « satisfaisant » et sont plus épanouies. A Lisbonne où j'enseigne, les gens sont heureux avec ce qu'ils ont dans un pays qui subit de plein fouet la crise. Les salaires au Portugal oscillent entre 450 et 500 euros par mois, les retraites atteignent 200 euros par mois, mais les gens se contentent de ce qu'ils ont. Il ne faut pas oublier que le pays sort d'une étape de relatif sous-développement qui a duré jusque dans les années 1980.

Les pays du sud de l'Europe sont des endroits où la solidarité familiale est quelque chose de très important, et où les liens sociaux dans un groupe sont capitaux.

Qu'en est-il des jeunes dans les pays riches ?

Les jeunes se développent dans une conception de la vie qui est extrêmement individualiste. La trame sociale sur laquelle ils se construisent disparaît. Ils n'ont plus de support social fait d'autres choses que de données matérielles. Il y a un effet réel d’isolement qui touche particulièrement les jeunes qui sont dans une phase de construction sociale, de recherche de leur propre avenir et de leur identité.

Ils n'arrivent plus à s'inscrire dans des projets de vie. En France, qui est un pays riche, c'est le cas des jeunes en banlieue. Dans leur cas, c'est aussi lié à d'autres facteurs puisqu'ils souffrent de l'exclusion, de l'écart entre eux et la frange de la population française qui en moyenne se porte plutôt bien. Les français chialent, gueulent, font des manifestations, se plaignent tout le temps, mais globalement leur niveau de vie est tout à fait satisfaisant. Dans notre contexte, c'est l'écart entre ces personnes qui ont un niveau de vie satisfaisant et ceux dont le niveau de vie est bas qui génère des difficultés. Le niveau de bien-être n'est pas quelque chose d'homogène dans un pays.

Lire l'article sur Atlantico


NOS SUGGESTIONSArticles