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© Franz Galo
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PUBLIÉ LE 13/04/2012

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Inexploré n°14

Quand la vie s'arrête...
Magazine » Entretiens

La part spirituelle
de Jacques Attali

Le monde est en train de changer. Et si l’altruisme, et les forces de l’esprit, étaient l’avenir ? Confidences intimes et surprenantes d’un homme au cœur de la vie intellectuelle, politique et économique française. Entretien exclusif à découvrir dans le magazine Inexploré n°14.

Selon vous, la crise que l’on traverse aujourd’hui a-t-elle seulement des ressorts économiques ?
Elle est en fait beaucoup plus profonde. Crise, cela veut dire : mouvement, changement, mutation. Nous traversons une mutation extrêmement complexe, celle de la généralisation du modèle occidental. Nous ne sommes pas à la fin, mais au contraire dans l’universalisation du modèle occidental. Quand l’empire romain a disparu, une grande partie du monde était devenue romaine. Les valeurs romaines étaient devenues globales. C’est ce qui se passe avec l’occidentalisme : tout le monde devient occidental alors que l’Occident s’enfonce. La valeur majeure de l’Occident, c’est la liberté individuelle. Et c’est justement cette apologie extrême de la liberté individuelle qui est la cause profonde de la crise actuelle.

Vivons-nous la crise d’une société fondée sur l’assouvissement de nos passions et de nos désirs de consommation ?
De nos désirs tout court. C’est le « moi d’abord, maintenant, tout de suite », et rien d’autre ne compte. C’est cela qui fait la tragédie et en même temps la vertu fascinante de la liberté individuelle. L’expansion de ce système le fait triompher en détruisant des sociétés antérieures, en faisant exploser les autres systèmes : des sociétés religieuses, des sociétés archaïques, des sociétés dictatoriales aussi – parce que la liberté individuelle, c’est à la fois le marché et la démocratie, une valeur à la fois positive et problématique. C’est ça qui est en train d’exploser.

Les pays émergents, comme l’Inde, la Chine, sont aujourd’hui des puissances économiques colossales qui avancent vers l’accroissement de la consommation, de la richesse…
Bien sûr, c’est ce que je viens de dire : elles vont dans la direction de l’expansion du modèle de la liberté individuelle.

Et selon vous, ça mène à quoi ?
A l’occidentalisation de la planète. Avec (souvent d’ailleurs en Occident), l’émergence d’une nouvelle valeur qui est l’altruisme – que l’on voit apparaître dans les ONG, dans les réflexions sur l’empathie, le désir de s’occuper des autres, le bonheur que l’on trouve dans le fait que les autres soient heureux, toutes ces choses nouvelles qui à mon avis sont l’avenir. Les réseaux sociaux, par exemple, sont à la fois du narcissisme (je me montre dans les réseaux), et témoignent aussi d’une volonté de communiquer, de mettre en relation.

Voyez-vous plus d’avenir dans des systèmes valorisant la coopération que dans les systèmes actuels ?
La première vague d’avenir, c’est la généralisation du marché et de la liberté individuelle. Cela conduira à une contradiction, une explosion : écologique, militaire… Parce que toutes les libertés individuelles ne sont pas compatibles. En même temps, l’exacerbation de la liberté, c’est l’exacerbation de désirs impossibles à satisfaire : vivre éternellement, avoir accès à tout… La liberté ça sera de plus en plus non pas la liberté de choisir : « ça OU ça » mais celle de « je veux avoir ça ET ça ». Donc la polygamie, l’accumulation d’objets à l’infini… toutes choses devant être considérées comme moralement non répréhensibles si on les décide comme telles – mais qui sont impossibles. Vivre éternellement, avoir autant de partenaires que l’on veut, à l’infini, sur une durée de vie très longue, ça créera des contradictions. Accumuler des objets en permanence, avoir non pas une voiture mais plusieurs, juste pour pouvoir en changer tous les jours, ça n’a pas de sens. Donc c’est en contradiction avec la rareté des choses, et cette contradiction va entraîner progressivement l’apparition d’un autre modèle qui est celui de l’altruisme.

Pensez-vous que l’altruisme peut avoir une réelle application concrète, et collective ?
Cela existe déjà : les ONG sont fondées là-dessus, les réseaux sociaux sont fondés là-dessus, beaucoup de dimensions même très banales...

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