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PUBLIÉ LE 30/05/2011
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

La Voie du chamane

Michael Harner (Traduction inédite de Zéno Bianu, mise à jour par Laurent Huguelit)
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Introduction au voyage chamanique

Le pouvoir de guérison des chamanes est aujourd’hui pris au sérieux par un nombre croissant de professionnels de la santé. Avec le livre La voix du Chamane traduit par Laurent Huguelit, l’anthropologue Michael Harner nous emmène à la source de la guérison chamanique.

Chamane est un mot de la langue des Tungus ou Toungouses de Sibérie – appelés aujourd’hui « Evenk » – qui a été largement adopté par les anthropologues pour désigner des personnes qui, dans une grande variété de cultures non occidentales, étaient auparavant connues sous les appellations de « sorcière », « sorcier », « homme-médecine », « enchanteur », « homme de magie », « magicien » ou « voyant ». Contrairement à ces étiquettes familières, le terme chamane a l’avantage de ne pas être chargé de préjugés ou de significations contradictoires. Qui plus est, il ne suffit pas d’être un homme-médecine ou un sorcier pour être un chamane.

Un chamane est un homme ou une femme qui entre – volontairement – dans un état modifié de conscience afin de contacter et d’utiliser une réalité qui est d’ordinaire cachée, en vue d’acquérir de la connaissance et du pouvoir, ainsi que pour aider d’autres personnes. Le chamane possède au moins un, et généralement plusieurs, « esprits » à son service.

Comme l’observe Mircea Eliade, le chamane se distingue des autres magiciens et hommes-médecine par son utilisation d’un état de conscience qu’Eliade, suivant la tradition mystique occidentale, appelle « extase ». Mais la pratique de l’extase seule, souligne-t-il avec justesse, ne définit pas le chamane, parce que le chamane dispose de techniques d’extase spécifiques. Eliade explique que par conséquent, « on ne peut donc pas considérer n’importe quel extatique comme un chamane ; [le chamane] est le spécialiste d’une transe, pendant laquelle son âme est censée quitter son corps pour entreprendre des ascensions célestes ou des descentes infernales ». À cela, j’ajouterais que, dans sa transe, le chamane travaille normalement en vue de guérir un patient en restaurant son pouvoir bénéfique ou vital, ou en aspirant des forces nuisibles. Le voyage auquel Eliade se réfère est spécialement entrepris afin de restaurer le pouvoir ou de retrouver une âme perdue.

L’état de conscience extatique, ou modifié, et la perspective acquise qui caractérisent le travail chamanique peuvent être utilement appelés État de conscience chamanique (qui sera à partir de maintenant désigné sous l’abréviation ECC). L’ECC comporte non seulement une transe ou un état de conscience transcendant, mais également une conscience des méthodes et des postulats chamaniques acquis dans cet état. L’ECC s’oppose à l’État de conscience ordinaire (ECO), au sein duquel le chamane retourne après avoir mené à bien son travail spécifique. L’ECC est la condition cognitive dans laquelle sont perçues la « réalité non ordinaire » de Carlos Castaneda et les « manifestations extraordinaires de la réalité » de Robert Lowie. L’aspect acquis de l’ECC inclut des informations sur la géographie cosmique de la réalité non ordinaire, afin que l’on puisse savoir où voyager pour trouver la plante ou l’animal (ou tout autre pouvoir) approprié. Cela inclut la connaissance des moyens par lesquels l’ECC permet d’accéder au Monde d’en bas chamanique.

L’aspect acquis de l’ECC inclut des informations sur la géographie cosmique de la réalité non ordinaire, afin que l’on puisse savoir où voyager pour trouver la plante ou l’animal (ou tout autre pouvoir) approprié. Cela inclut la connaissance des moyens par lesquels l’ECC permet d’accéder au Monde d’en bas chamanique.

En ECC, le chamane éprouve une joie ineffable caractéristique devant ce qu’il voit, une admiration respectueuse face aux mondes superbes et mystérieux qui s’ouvrent devant lui. Ses expériences sont semblables à des rêves éveillés qui paraissent réels et au sein desquels il peut contrôler ses actions et diriger ses aventures. Alors qu’il est en ECC, le chamane est souvent stupéfait par la réalité de ce qui lui est présenté. Il parvient à accéder à un univers entièrement nouveau, pourtant familier et ancien, qui lui fournit des informations profondes à propos du sens de sa propre vie et de sa propre mort, ainsi que sur sa place dans la totalité de toute existence. Durant ses grandes aventures en ECC, il maintient un contrôle conscient sur la direction de ses voyages, mais ne sait pas ce qu’il découvrira. Il est un explorateur indépendant dans les palais infinis d’un splendide univers caché. Enfin, il rapporte ses découvertes afin d’enrichir son savoir et d’aider les autres.

Le chamane est un voyant accompli qui pratique généralement dans l’obscurité, la nuit ou au moins avec les yeux couverts, afin de « voir » clairement. Certaines formes de vision chamanique peuvent être réalisées les yeux ouverts, mais cette sorte de perception est souvent d’une nature moins profonde. Dans l’obscurité, le chamane n’est pas distrait par la réalité et peut se concentrer sur les aspects de la réalité non ordinaire essentiels à son travail. Mais, l’obscurité seule ne suffit pas à la vision chamanique. Le voyant doit également entrer en ECC, assisté par le son du tambour, par des hochets, des chants et de la danse.


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