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PUBLIÉ LE 12/09/2011

LE LIVRE À LIRE

Le défi positif

Thierry Janssen
Editions Des liens qui libèrent
Magazine » Bonnes feuilles

Devenir l'expert de sa propre vie

A la lumière des définitions du bonheur des grands textes de la philosophie occidentale et des plus récentes découvertes, Thierry Janssen définit les attitudes « positives » qui permettent de s’épanouir en lien avec les autres. Plus qu'un projet d'épanouissement personnel, l'écrivain propose avec son nouveau livre un « défi positif » à l'ensemble de la société. Extrait.

Il fallait la passion et la curiosité d'un chercheur comme George Vaillant - professeur de psychiatrie à Harvard - pour passer tant de temps à comptabiliser le nombre de lignes consacrées à différents sujets en rapport avec la santé mentale dans l'édition 2004 du Comprehensive Textbook of Psychiatry - un ouvrage de référence pour de nombreux professionnels de santé aux Etats-Unis. Son constat parle de lui-même : sur les cinq cents mille lignes du texte, quelques centaines concernent des sujets comme la honte, la culpabilité, la colère ou la haine, plusieurs milliers traitent de l'anxiété et de la dépression, cinq font mention de l'espoir, une de la joie et pas une seule de la compassion, du pardon ou de l'amour. Il existe donc un réel déséquilibre entre l'intérêt porté aux aspects négatifs et douloureux de l'expérience humaine et celui porté à ses aspects positifs et agréables.
Le déséquilibre mis en évidence par Vaillant traduit une manière de penser très répandue dans nos sociétés. En effet, à l'instar des psychiatres et des psychologues, la plupart d'entre nous avons tendance à focaliser notre attention sur ce qui ne va pas au lieu de nous intéresser à ce qui va bien. « Le négatif est plus fort que le positif », résume Roy Baumeister - professeur de psychologie à la Florida State University de Tallahassee. Il suffit d'écouter les informations à la radio ou à la télévision pour s'apercevoir que nous sommes naturellement portés à nous abreuver de catastrophes et de prévisions pessimistes plutôt qu'à nous sustenter de réalisations constructives et de témoignages optimistes. La question est de savoir pourquoi il en est ainsi.
Selon Baumeister, nous sommes plus attentifs aux informations négatives qu'aux positives parce que, en termes de survie, il est plus important d'identifier une menace éventuelle qu'un bénéfice potentiel. Notre priorité est de repérer ce qui pourrait mettre notre vie en danger et de trouver le moyen d'y remédier ou d'y échapper. Ensuite seulement, nous pouvons nous préoccuper d'améliorer notre condition en développant les aspects agréables de notre existence. Notre intérêt pour le négatif serait donc le résultat d'un processus d'adaptation sélectionné par l'évolution, un moyen efficace d'assurer la pérennité de notre espèce.
Une autre explication réside peut-être dans le fait que, lorsqu'on interroge des gens sur la qualité de leur vie, il se révèle qu'ils ont tendance à penser qu'ils font environ trois fois plus souvent l'expérience d'événement positifs que d'événements négatifs. James Olson - professeur de psychologie sociale à la Western Ontario University, au Canada - a montré que cela nous prédispose à attendre surtout les événements positifs ; dès lors, il est probable que nous remarquons davantage ce qui contredit notre attente, c'est à dire les événements négatifs. Ce phénomène jouerait un rôle particulièrement important au sein de populations comme les nôtres, habituées au confort et à la sécurité. Car, à force de vivre sans tourment, la moindre difficulté provoque un désagrément et un stress.
Enfin, on peut également penser que, face à la difficulté, nous avons tendance à détecter et à corriger ce qui la provoque au lieu d'essayer de renforcer ce qui pourrait permettre de l'éviter. En d'autres mots, l'impérieuse nécessité de nous débarrasser du négatif nous fait oublier la possibilité de cultiver le positif. En médecine, cela se traduit par une volonté de soigner des maladies avant de promouvoir la bonne santé. Cette tendance a probablement été accentuée, dans la culture occidentale, par un postulat philosophique qui place l'être humain en dehors et au-dessus de la nature, lui imposant d'utiliser ses facultés intellectuelles pour comprendre cette dernière dans les moindres détails afin de mieux pallier ses défaillances et se protéger de ses débordements. « l'idéologie médicale est une véritable “idéologie“ », fait remarquer James Maddux - professeur de psychologie à la George Mason University de Fairfax, en Virginie. Force est de constater que notre médecine déploie davantage d'efforts pour corriger les défauts et suppléer les insuffisances des patients que pour développer les qualités et mobiliser les ressources des gens bien portants.

En janvier 1999, au cours d'une rencontre dans la petite ville d'Akumal, au Mexique (rencontre désormais annuelle), les premiers « psychologues positifs » ont défini le champ de ces applications : amélioration de la psychothérapie en développant des approches qui mettent l'accent sur l'espoir, le sens et l'autoguérison ; amélioration de la vie familiale grâce à une meilleurs compréhension des dynamiques de l'amour, de l'engagement et de la générativité ; amélioration de la satisfaction au travail tout au long de la vie en aidant les gens à mettre en oeuvre un engagement authentique, à vivre des expériences optimales et à avoir le sentiment d'apporter une réelle contribution à la vie de la collectivité ; amélioration des institutions et des organisations en découvrant les conditions qui facilitent la confiance, ma communication et l'altruisme entre les personnes ; enfin, amélioration du caractère moral de la société grâce à une meilleure promotion de la dynamique spirituelle chez les être humains.
Le projet de la psychologie positive n'est donc pas seulement orienté vers l'épanouissement personnel ; c'est aussi un projet social, voire politique. Cependant, ses promoteurs insistent sur le fait qu'il y a chez eux aucune volonté d'imposer aux individus une manière de penser ni de leur dicter une conduite. Au contraire, pour les psychologues positifs, chacun est l'expert de sa propre vie ; personne ne sait mieux que soi-même ce qu'il conviendrait de faire pour réaliser se buts, connaître le bonheur et rester en bonne santé. Il ne s'agit jamais de dénoncer, de culpabiliser ou de corriger, mais bien d'enseigner, d'encourager et d'aider ceux qui le souhaitent à développer le meilleur d'eux-mêmes, individuellement et collectivement.


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