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PUBLIÉ LE 30/05/2013
  • Smaïn Hadjadj
    Auteur

A RETROUVER DANS

Inexploré n°18

Méditation, changez votre réalité
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Le psy, le patient et la Kundalini

La montée de Kundalini est un phénomène énergétique d’une telle intensité qu’elle peut terrifier ceux qui la vivent. Pourtant, l’expérience peut être bénéfique, à condition d’être comprise.

Spécialisé au début de ma carrière dans les addictions toxicomaniaques, je recevais très régulièrement le témoignage de patients aux prises avec des phénomènes psychosomatiques étranges. Nombre d’entre eux revenaient de Katmandou, de Kaboul, du Cachemire ou d’Auroville et racontaient des histoires invraisemblables que mes collègues et moi classions systématiquement dans la rubrique « délires psychotiques ».
Presque tous avaient lu le livre de Michel Lancelot Je veux regarder Dieu en face (Albin Michel, 1968). Ils essayaient n’importe quelle substance ou pratique insolite susceptible de déclencher « quelque chose » qui, espéraient-ils, allait donner du sens à leur vie juvénile. La plupart, piégés dans leurs pratiques toxicomaniaques, étaient en réalité confrontés à une « urgence spirituelle ». Ils aspiraient à voir en quelque sorte Dieu en face, à accéder à un au-delà du « mur du langage », pour paraphraser Lacan. J’avais pu mesurer, derrière ces états toxicomaniaques et pathologiques, la force de cette aspiration, souvent niée par la psychiatrie.

C’est fort de ce parcours et de mes propres expériences spirituelles, sur lesquelles je reviendrai, que je reçus Tristan à mon cabinet en 1998. Lors de sa première visite, ce jeune homme, informaticien âgé de 28 ans, me dit qu’il était perclus de douleur depuis une séance de pranayama (technique de yoga basée sur le souffle) un peu violente. Il pratiquait le yoga tout seul chez lui et cherchait à déclencher un état de conscience modifié. Mais il fut complètement pris au dépourvu par la violence de l’expérience. C’était quelqu’un d’introverti et de timide, qui fonctionnait normalement jusqu’au jour où ce phénomène se déclencha. Il était traversé de douleurs erratiques le long de sa colonne vertébrale. Celles-ci se déplaçaient, montaient puis descendaient et disparaissaient plusieurs heures avant de réapparaître à un endroit où parfois elles n’étaient jamais allées.
A sa demande, il avait été admis à l’hôpital psychiatrique de Villejuif car il avait peur de se tuer. Il considérait en effet que cette « chose » qui se promenait en lui était le diable et se plaignait de la liberté totale qu’elle prenait, contrôlant selon lui son corps et ses actions. Il employait le terme « chose », faute de pouvoir nommer le phénomène plus précisément. Il était terrorisé. Les médecins qui l’avaient pris en charge l’avaient étiqueté « dysmorphophobique avec délire d’organes » car il ne se reconnaissait plus. Il était resté quelques jours à l’hôpital où un traitement médicamenteux l’avait temporairement calmé. Puis il avait arrêté de prendre ses médicaments car il ne voulait pas les prendre ad vitam aeternam. Trois jours après, le processus était reparti de plus belle.


Apprivoiser la « chose »


Il arriva donc à mon cabinet dans un état de panique. Il fallut une dizaine de séances avant qu’il n’arrive à calmer cette peur. Grâce à des techniques de relaxation profonde, nous sommes arrivés à dédramatiser la situation pour mettre dessus des mots plus justes et entrer dans un domaine où je n’ai pas peur d’aller, la spiritualité. Le fait d’aborder ce thème avec lui, ainsi que ma propre expérience d’éveil de la Kundalini, participa à son apaisement. Il connaissait le terme mais n’avait qu’une vague idée de ce qu’il désignait.
Je sus très vite que c’était une expérience de Kundalini, en raison de ses symptômes : il avait l’impression qu’une chose se promenait en lui, une sorte de boule chaude plus ou moins supportable suivant la colonne vertébrale particulièrement sensible au niveau des chakras ; plus la boule montait (plexus solaire, gorge, etc.), plus les niveaux de vigilance et de perception directe des objets se modifiaient (audition, vision etc.). L’une des caractéristiques de la Kundalini est de provoquer une amplification des sens. Vous pourriez presque entendre une fourmi grimper sur un mur. Quand la chaleur était dans l’œil de Tristan par exemple, cela s’accompagnait d’une amélioration de sa vision ; quand elle était au milieu du front, ce sont ses pensées qui étaient plus fluides. Il se sentait plus intelligent. En ce sens, la Kundalini procède à un véritable « nettoyage » des capacités perceptives et cognitives.
Lors des séances, j’utilise un processus de pleine conscience : je demande au patient d’observer dans son corps ce qu’il est en train de vivre sans chercher à s’en défendre. À mesure que Tristan observait cette chose dérangeante et violente en lui, elle lui devenait de moins en moins étrangère. Il constata qu’elle n’était pas hostile, et en vint même à considérer qu’elle ne lui voulait que du « bien ». Il en inféra qu’elle se déplaçait dans son corps pour mettre de l’ordre dans ses organes vitaux, dans sa colonne vertébrale, son cœur, ses yeux, etc. ...


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