Magazine


© Oz Haver
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 09/02/2012
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
    Auteur
Magazine » Air du temps

Les anges sont de retour

Romans, témoignages, entretiens, encyclopédies : depuis quelques mois, les librairies croulent sous les publications angéliques. Pourquoi ce regain d’intérêt pour les anges ? Et qui sont ces êtres invisibles qui fascinent autant ?

Que se passe-t-il avec les anges ? A voir la flopée d’ouvrages qui leur est actuellement consacrée, il semblerait qu’ils soient de retour parmi nous. La Confession des anges, Le Livre de l’ange, La Couleur de l’âme des anges, Le Petit livre des anges... Depuis quelques mois, de nombreux auteurs semblent particulièrement inspirés par ces êtres invisibles.
Mais d’abord un ange, c’est quoi ?
Tantôt appelés « créatures célestes », « messagers du divin », « esprits protecteurs », « maître intérieur », « channels » ou encore « intermédiaires entre dieu et les hommes », difficile de savoir à quel saint se vouer.

Erik Pigani, psychothérapeute de formation, journaliste, et auteur de Channels, les voix de l’Au-delà, tente de nous éclairer : «  Selon les différentes cultures et les croyances de chacun, il peut être considéré comme une entité autonome, extérieure à soi ; comme notre double dans le monde subtil — un jumeau — ; ou encore comme un moi supérieur, une partie inconsciente de chacun de nous. Puisqu’il n’existe à l’évidence aucune preuve tangible, c’est à chacun de faire un choix personnel et de prendre position. J’ai moi-même fait le choix de croire en une âme qui perdure dans l’au-delà. »

Pour Patrice Van Eersel, éditeur, journaliste et écrivain, également spécialiste de la question, l’ange serait « la partie immergée de notre âme, bien plus grande que celle dont nous avons conscience. Je dirais même qu’il s’agit de la part créatrice que nous avons en chacun de nous, précise-t-il. Un Moi supérieur capable d’accéder à la source intemporelle de toute inspiration et de créer. Quand Mozart composait sa musique ne disait-il pas que c’étaient les anges qui l’inspiraient ?».

Patrice Van Eersel a participé à son « corps défendant » à la première grande déferlante des anges dans les années 90 avec la publication de La Source blanche. Ce livre retrace l’histoire vraie de Gitta Mallasz, Lili Strausz, Joseph Kreutzer et Hanna Dallos, quatre amis qui, alors que la Hongrie voit arriver les troupes nazies, se cachent dans une petite maison des faubourgs de Budapest. Les discussions philosophiques deviennent alors leur seule distraction. Un jour, Hanna avertit soudain que ce n’est plus elle qui parle mais « son pareil de lumière ». Commence un enseignement spirituel de dix-sept mois — de juin 1943 à novembre 1944 — où chacun découvrira sa propre part de divinité créatrice à travers des paroles aux accents prophétiques prônant la joie et la grandeur de l’Etre. Des communications qui tranchent avec le quotidien des quatre amis. L’aventure s’achèvera dans un ancien collège transformé en atelier de confection d’uniformes militaires que les trois femmes dirigeront pour sauver de la déportation une centaine de femmes et d'enfants. Mais l’étau nazi se resserre. Joseph, Hanna et Lili sont déportés et ne reviendront pas. Seule rescapée, Gitta retranscrira l’intégralité des quatre vingt-huit entretiens dans un livre, Dialogues avec l'Ange, paru en 1976, puis traduit dans seize langues.

Peu avant sa mort en 1991, Gitta Mallasz demandera à Patrice Van Eersel d’écrire l’histoire de cette expérience spirituelle collective. C'est elle qui lui suggéra le titre de La Source blanche, en expliquant : « Par La Source noire tu as contribué à changer le visage de la mort dans la conscience des hommes. Dans le même style, tu pourrais faire connaître La Source blanche pour aider à changer le visage de la vie ». Toujours dans les années 90, Enquête sur l’existence des anges gardiens, écrit par Pierre Jovanovic, sera le premier ouvrage qui étudiera de manière approfondie les apparitions d’anges. Les résultats de six années d’investigation inciteront l’auteur à examiner les apparitions d’anges chez les grands mystiques chrétiens et à les comparer à celles vécues lors des expériences de mort imminente. Salué par toute la presse internationale, cet ouvrage, vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde, deviendra un best-seller.

S’ensuit alors une multitude d’articles dans les journaux français — de ELLE à VSD en passant par Paris Match ou le Figaro Magazine — et une flopée de livres et autres produits dérivés sur les anges dont « les trois-quarts se sont avérés totalement inutiles », lance Erik Pigani.
Comme toutes les modes, l’intérêt des médias pour les anges, peu à peu, s’est essoufflé. Mais comme la mode, on le sait, est toujours un éternel recommencement, les anges font leur retour en force dans les rayons littéraires, après vingt ans de présence discrète.
« Ce nouvel engouement n’a rien d’étonnant, commente Erik Pigani. Avec la crise, et dans la logique d’un système qui arrive à sa fin, on vit une époque où l’on manque cruellement de repères, où l’on se sent démuni. On a besoin de se sentir accompagné, épaulé, guidé. Et il n’y a rien de plus rassurant que de sentir qu’on veille, nuit et jour, sur nous. Comme le disait Carl Jung, la spiritualité est nécessaire à l’être humain. Parce que nous sommes faits pour ça. Par nature, nous avons besoin de ce contact spirituel, et l’élément le plus proche de nous, c’est l’ange. »

Comme pour boucler la boucle, les éditions Albin Michel ont publié, le 11 janvier dernier, Le Dernier convoi, épilogue tragique des Dialogues avec l’ange. Un livre poignant, écrit par Eva Danos qui, comme des centaines de milliers de juifs hongrois, a été déportée après l'invasion de son pays par les nazis en 1944. Rescapée des camps de la mort, son témoignage relate au jour le jour l'horreur des derniers convois de déportés. Dans ces wagons à bestiaux, Eva Danos avait pour compagnes Hanna Dallos et Lili Strausz qu’elle a rencontrées dans l'atelier d'uniformes militaires avec Gitta Mallasz. Eva avait alors assisté aux dernières séances des « dialogues » et partagé le quotidien de Hanna et Lili au camp de Ravensbrück. Comme invité par les anges à célébrer leur grand retour, Patrice Van Eersel, vingt ans après la publication de La Source blanche, s’est vu confier la préface du livre. L’écrivain-journaliste vient également d’être sollicité par le magazine Canopée pour interviewer l’actrice Juliette Binoche, une amie de longue date avec qui il partage cette fascination pour les anges, part de notre inspiration créatrice. « Oui, conclut-il, je crois que la vogue des anges est bel et bien de retour. »


NOS SUGGESTIONSArticles