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© Matthieu Ricard (à gauche) / Jean-Romain Pac (à droite)
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PUBLIÉ LE 15/07/2013
  • Virginie Gomez
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Matthieu Ricard :
un contemplatif en action

Chercheur sur l’altruisme, impliqué dans les recherches scientifiques sur la méditation, traducteur, interprète, pratiquant bouddhiste, photographe à ses heures, chef de projet humanitaire, Matthieu Ricard est un contemplatif engagé.

Le destin, voilà un mot qui a le don d’agacer Matthieu Ricard. « Allons donc, si en plus il fallait se préoccuper de cela. » Tout au plus admet-il que son parcours a quelque chose de « rigolo ». Son histoire est celle d’un dialogue entre spiritualité et science. Avec cette dernière, il pense en avoir terminé lorsque, après avoir obtenu brillamment son doctorat en génétique cellulaire dans les années 70, il décide de rejoindre les maîtres tibétains exilés dans l’Himalaya pour se consacrer à la pratique du bouddhisme. Mais la science le rattrape. Près de trois décennies plus tard, il joue un rôle de premier plan dans l’essor des neurosciences contemplatives qui étudient les effets de la méditation sur le cerveau. Si son discours a autant d’impact, c’est sans doute parce que Matthieu Ricard est tout à la fois, profondément et sans contradiction, scientifique et spirituel.

Il estime d’ailleurs qu’il n’a jamais « renoncé » à la carrière scientifique. Le mot ne fait pas partie de son vocabulaire. « Renoncement ? C’est un mot souvent mal compris. L’oiseau, par exemple, ne “renonce“ pas à sa cage, il s’en libère. » Il n’empêche, la décision de ne pas poursuivre ses travaux après sa thèse en dit long sur l’indépendance d’esprit du futur moine.


Un nouveau départ


Dans sa jeunesse, il dit avoir eu « la chance d’avoir pu acquérir une vision large des gens qui sont admirés pour ce qu’ils savent et ce qu’ils font ». Depuis son enfance, Matthieu, né en 1946, fréquente toutes sortes de personnalités renommées, iconoclastes, avant-gardistes : des intellectuels par son père, le philosophe Jean-François Revel ; des artistes par sa mère, la peintre Yahne Le Toumelin, dont l’œuvre est appréciée d’André Breton ; des aventuriers par son oncle Jacques-Yves Le Toumelin, l’un des derniers navigateurs en solitaire. Il est âgé de 16 ans lorsqu’une amie du New York Times l’invite à participer à un déjeuner en tête-à-tête avec Stravinsky. Son travail de thèse le met en contact avec de brillants scientifiques.
Autant de talents reconnus. « Mais y avait-il un lien avec la qualité de la personne ? C’était moins évident. Parmi toutes ces sommités, il y avait des gens vraiment sympathiques avec lesquels on avait vraiment envie de passer une journée, et d’autres qui étaient très difficiles », explique-t-il. Ce constat se double d’une statistique qui le déconcerte. « Prenez cent musiciens, cent jardiniers, cent philosophes, vous avez la même répartition en termes de caractère, certains altruistes, d’autres égoïstes. »
Les maîtres qu’il rencontre lors de son voyage en Inde en 1967 lui paraissent autrement plus cohérents. « J’ai passé 13 ans avec mon deuxième maître et je n’ai jamais eu le moindre soupçon d’une parole, d’une pensée, d’un acte malveillant ou égoïste, qui fasse du mal à autrui. » Qu’une telle qualité d’être puisse s’acquérir au fil d’un entraînement de l’esprit, guidé par un maître, qui tel un « vieux marin », a déjà parcouru le chemin et est prêt à vous indiquer la route à suivre, voilà qui peut donner sens à la vie.

C’est sa mère et son oncle qui l’ont initié à la spiritualité. De longue date, Yahne Le Toumelin et son frère Jacques-Yves s’intéressent à l’ésotérisme – de maître Eckart au soufisme en passant par l’hindouisme. Mais en France, les discussions sont purement intellectuelles. Comme son fils, sa mère, devenue nonne bouddhiste en 1968, laisse derrière elle sa vie parisienne pour s’installer à Darjeeling en Inde et se consacrer à la pratique spirituelle.
Avec son père en revanche, les choses sont plus compliquées. « Mon père a été au début très déçu par ma décision. Il trouvait que c’était une catastrophe mais il n’a pas fait de drame. » Le désaveu de son père n’aurait sans doute pas suffi à le faire changer d’avis. « Mais je serais parti avec un sentiment de tristesse si j’avais dû aller contre sa colère. » En 1997 paraissent les dialogues intitulés Le Moine et le philosophe qui font un carton en librairie et dissipent les derniers malentendus. « Un jour, au cours d’une interview après le livre, il a dit que j’avais 26 ans à l’époque et que je pouvais décider de ma vie. Il a vu ensuite que ça n’allait pas trop mal. »
Quant à François Jacob, son principal directeur de thèse, prix Nobel de médecine récemment décédé, « il se doutait que j’allais partir, explique Matthieu Ricard, j’étais allé en Inde en 1967 avant de rentrer à Pasteur, il savait que j’y retournais tous les ans. Quand j’ai soutenu ma thèse, je lui avais déjà fait part de mes intentions. » Le moment est opportun : c’est aux Etats-Unis que Matthieu aurait dû poursuivre ses travaux, avec de nouvelles méthodes de recherche. « Il y avait donc une étape à franchir, et ça a été facile de prendre la tangente. J’ai donc fait mon postdoc dans l’Himalaya », dit-il en riant. ...

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