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PUBLIÉ LE 16/04/2013
  • Virginie Gomez
    Auteur

LES LIVRES À LIRE

La Tendresse du monde

Fabrice Midal
Editions Flammarion

Exercices d'éveil pour petits chatons

Christian Gaudin, Sabine Rochas et Marc de Smedt
Editions du Relié (Nouvelles clés)

Manger en pleine conscience

Jan Chozen Bays
Le jour
Magazine » Air du temps

Méditation : la déferlante

La méditation est une pratique qui séduit un public croissant, et les livres qui abordent le sujet rencontrent bien souvent le succès. Retour sur une petite révolution.

Sommes-nous en train de vivre « une révolution silencieuse », comme le suggère le méditant et écrivain Marc de Smedt ? La déferlante de livres sur la méditation, à laquelle le public répond présent, semble le suggérer. « L’intérêt du public s’est accentué depuis 6-7 ans, avec un coup de feu depuis deux ans » note Laurence Corona, directrice de la communication aux Arènes, qui publie de nombreux ouvrages sur le sujet. Exemple de ce succès, le livre du psychiatre Christophe André, Méditer jour après jour, sorti en 2011, s’est vendu à 220 000 exemplaires. Sortie de son contexte religieux, la méditation s’est propagée dans le milieu hospitalier. Elle s’étend à d’autres champs et s’adapte selon des problématiques précises.

Ainsi Jan Chozen Bays, auteure de Manger en pleine conscience, propose d’utiliser la pleine conscience pour changer radicalement notre rapport à la nourriture et corriger d’éventuels déséquilibres alimentaires. Dans ce « manuel d’apprentissage de la pleine conscience appliquée à l’alimentation », ce pédiatre, professeur de zen et de méditation, explique comment la nourriture peut servir de base à la méditation, et comment en retour, la méditation modifie le rapport à la nourriture.

Autre exemple de cette capacité de la méditation à s’adapter à son public, celui des livres pour enfants. Christian Gaudin, Sabine Rochas et Marc de Smedt proposent des Exercices d’éveil pour les petits chatons, qui s’adressent aux enfants : tu deviens un arbre, peindre des cercles… Les animaux et leurs qualités sont mis à contribution : on peut ainsi apprendre à faire le tigre, le cobra, l’ours, et même le dragon. « Dans la société hyper rapide et hyper stressée dans laquelle nous vivons, il est important que les enfants prennent conscience, le plus tôt possible, de leurs tensions ainsi que de la possibilité de les dépasser et de se relaxer par des exercices corporels et mentaux » soulignent les auteurs.

Si cet engouement est porteur de promesses, certains s’inquiètent de l’instrumentalisation de la méditation. Mal comprise, appréhendée comme une technique et non comme un art de vivre, privée de sa dimension spirituelle, elle pourrait perdre son âme. Nous rendant moins stressés, moins impliqués dans nos émotions et plus performants, ne risque-t-elle pas d’être considérée comme un moyen d’augmenter notre « productivité », notre « rentabilité » ? Alors, nous ne changeons pas notre rapport au monde et à nous mêmes, nous le durcissons. Dans son dernier livre, La tendresse du Monde, le méditant Fabrice Midal, fondateur de l’Ecole Occidentale de méditation, attire notre attention sur ce contresens. Son livre est une invitation à s’ouvrir à sa propre vulnérabilité et à accepter l’incertitude : « La tâche d’être humain n’est jamais achevée. Il nous faut chaque jour réapprendre à l’être, apprendre à entrer dans l’océan de la réalité – sans aucune certitude, en nous dénudant et en étant même prêts à tout perdre » écrit-il. Pour l’auteur, la méditation est le lieu d’une prise de risque : le risque de l’inconnu et de l’ouverture.


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