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PUBLIÉ LE 20/01/2015
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Le guide de la naissance naturelle

Ina May Gaskin
Mama Editions
Magazine » Bonnes feuilles

Une naissance « naturelle »

La sage-femme mondialement connue Ina May Gaskin partage de belles histoires de naissance dans son livre « Le guide de la naissance naturelle ». Le vécu de Karen Lovell met en lumière la différence, pour la mère et l’enfant, que peut faire un accompagnement à la naissance attentionné.

Alors pourquoi choisir The Farm pour accoucher ? La réponse commence avec la naissance de mon premier fils, Christopher. (...) La première visite chez l’obstétricien qui m’avait été vivement recommandé s’est avérée très désagréable. Il a commencé par me dire qu’il n’était pas possible de moduler la température en salle de naissance, que seul l’éclairage pouvait l’être. Quand j’ai demandé à ne pas avoir d’épisiotomie, il a complètement éludé la question en me demandant à quel genre d’épisiotomie je faisais allusion, sans jamais me dire s’il en ferait ou pas. Cela m’a contrariée, mais voyant bien qu’il s’était déjà montré aussi magnanime qu’il en était capable, j’ai laissé courir. Pour l’instant, je bénéficiais d’un suivi prénatal de qualité. Je pourrais toujours changer de médecin plus tard. Cependant, plus le temps passait et plus j’avais des doutes à son égard. Petit à petit, j’en vins à me méfier de lui. (...)

Une infirmière en obstétrique qui pratiquait des accouchements à domicile de manière clandestine m’a conseillé un obstétricien d’une ville voisine, susceptible de m’apporter un accompagnement plus respectueux. Avec lui, j’ai pu avoir une naissance Leboyer, mais les masques et les blouses d’hôpital destinés à créer un environnement stérile donnaient justement une impression de stérilité et de froideur intimidante. Par ailleurs, j’ai dû rester allongée pendant tout le travail à cause du monitoring et, pour finir, j’ai eu droit à une grande épisiotomie et une extraction aux forceps. (....)

Ma deuxième grossesse est passée presque inaperçue au début, comme si le bébé s’était faufilé en moi et ne posait pas de problème. Les seuls signes de grossesse étaient l’absence de règles en mars et en avril et la sensation que mes vêtements me serraient un peu à la taille. Je n’ai pas perdu un instant pour dénicher le plus « conciliant » des obstétriciens de la ville. Je n’ai eu aucun problème avec lui et je l’ai trouvé très franc à mon égard. Il m’a annoncé sans détour qu’il tenait à ce que je sois sous perfusion et que l’hôpital exigeait le monitorage interne précisant qu’il était néanmoins possible de signer une décharge si je n’en voulais pas. Je m’étais résignée à avoir ce type d’accouchement si nécessaire, mais j’ai décidé de continuer mes recherches. J’ai fini par dégotter un exemplaire de Spiritual Midwifery dans un magasin de produits bio à Nashville, la ville où j’ai grandi. Quelques semaines plus tard, j’ai écrit aux sages-femmes de The Farm, et Deborah Flowers m’a répondu.

J’ai tout de suite eu le sentiment qu’une prière intime venait d’être entendue et j’ai formulé le vœu d’accoucher là-bas si c’était le bon endroit pour moi. Quand j’ai annoncé à Ron qu’une sage-femme de The Farm m’avait répondu, je crois que ça l’a inquiété. Après tout, cette fois-ci, j’avais eu l’air tout à fait satisfaite et l’hôpital n’était qu’à dix minutes de chez nous. Pourquoi aller accoucher à The Farm, à plus de cent kilomètres ? (...)

Ron a été agréablement surpris de découvrir que la maison de naissance était équipée pour procéder à la stabilisation d’un nouveau-né en cas d’urgence. Il a également été impressionné d’apprendre que les sages-femmes étaient formées en médecine d’urgence et qu’elles étaient très qualifiées pour leur travail. Il était donc partant pour que j’accouche à The Farm, à condition que notre assurance-maladie en accepte la prise en charge. Nous avons appris quelques jours plus tard que c’était le cas.

Déborah était ma sage-femme de référence et je me serais confiée toute entière à elle. Je savais que tout allait bien se passer. The Farm avait tout pour plaire : des sages-femmes « complices », une maison de naissance, une clinique à l’approche holistique, et une assistance médicale et hospitalière en cas de besoin. J’appréciais aussi certains détails subtils dans leur pratique, comme aider la tête du bébé à dilater la mère sans provoquer de déchirure, de ne pas s’en remettre à des équipements froids comme l’échographie ou le monitorage fœtal interne, de savoir accompagner les naissances par le siège et d’avoir foi en l’univers. ( ...)

Les contractions étaient fortes et régulières. (...) Au moment de la transition, j’ai gémi : « J’ai vraiment trop mal au dos. » Puis, et c’était une vraie prière : « Oh, mon Dieu, aidez-moi ! » A cet instant précis, j’ai senti tout mon entrecuisse enfler. Les sages-femmes ont fait des commentaires sur la souplesse de mon périnée. J’ai poussé et elles ont vu apparaître la tête du bébé. J’ai poussé encore une fois et sa tête est sortie. Quel soulagement. Après ça, le reste de son corps est passé comme un rien. (...)

J’étais heureuse d’avoir eu une grossesse si facile et que la naissance de mon enfant ait pu être non seulement un événement d’ordre psychologique et social, mais aussi spirituel. J’étais reconnaissante d’être entourée par des sages-femmes aussi attentionnées et affectueuses, et par un mari si prévenant et aimant. J’avais la certitude que c’était la bonne manière de mettre un bébé au monde. J’ai beaucoup apprécié la façon dont les sages-femmes étaient attentives à chaque détail, tout en ayant sur les choses un regard à la fois pragmatique et intuitif.

Le lendemain, je me sentais parfaitement bien. Je me prélassais dans la chaleur du soleil en contemplant le bleu limpide du ciel en ce mois de novembre et les dernières feuilles brunes encore accrochées aux chênes. C’est là que je me suis rendu compte que j’étais réellement bénie et qu’il y avait vraiment des domaines que la technologie ne pouvait pas améliorer – comme le processus de la naissance d’un être humain, dont l’évolution s’étend sur des milliards d’années. Certains pourront trouver ça archaïque ; à mes yeux, c’était parfait.


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