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PUBLIÉ LE 17/03/2014
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction

LE LIVRE À LIRE

Frappe le ciel, écoute le bruit

Fabrice Midal
Éditions Les Arènes
Magazine » Bonnes feuilles

Ouvrir un espace dans son esprit

« L’espace n’est pas dépendant des seules circonstances extérieures » : dans son nouveau livre « Frappe le ciel, écoute le bruit », Fabrice Midal partage l’une des leçons essentielles que lui a appris la méditation : que l’on peut ouvrir son esprit vers un plus grand espace où pensées se bousculent moins.

L’énigme de l’espace


Dans l’appartement du couple d’Américains, chaque semaine, la personne qui présentait la méditation parlait du lien entre méditation et espace comme d’une évidence. Un jour, elle cita même cette phrase : « S’asseoir pour méditer, c’est une manière d’être dans l’espace ouvert. » J’en fus fortement intrigué. Mais qu’était-ce donc que l’« espace ouvert » ? Pendant quelques mois, ce fut une véritable interrogation. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire.
Avec beaucoup de patience, je compris qu’elle évoquait cet instant où, revenant au moment présent, tout est plus ouvert : nous sommes pris dans nos pensées, coupés de la réalité, et d’un seul coup, nous revenons et la situation est libre et spacieuse. Vingt-cinq ans plus tard, j’ai la conviction que là est l’essentiel, l’une des raisons d’être du chemin tout entier. Mais à l’époque, j’avais le sentiment d’être tombé sur un os. Qu’est-ce que tout cela voulait dire ?

Manquer d’espace et s’élever au sommet d’une montagne


Dans le langage courant, il est des situations où l’on évoque cette expérience. Par exemple lorsqu’on dit : « J’étouffe », « La situation est complètement claustrophobe » ou même « Tu me pompes l’air. » On ne désigne pas un état physiologique – un manque soudain d’oxygène – mais une sensation profonde d’étouffement de tout notre être.
Quand l’oppression vient à disparaître règne alors l’espace – présence et ouverture.
Lorsque vous êtes au sommet d’une montagne, vous êtes plus facilement ouverts et détendus. Il peut même arriver que vous ne sentiez plus aucune séparation entre vous et le paysage qui vous entoure de toutes parts et s’ouvre ainsi à vous. Vous vous détendez en un sens profond.
Pratiquer la méditation, c’est découvrir qu’il n’est pas nécessaire de prendre un billet de train ni une voiture pour vivre cette expérience de la haute montagne. Il est possible de le faire dans toutes les situations. Même dans une caverne sombre, nous pouvons laisser tomber la tension malade et nerveuse, nous ouvrir à la simplicité du présent et nous hisser ainsi au sommet de la montagne.
C’était une découverte importante : l’espace n’est pas dépendant des seules circonstances extérieures.

Je me souviens avoir posé à l’enseignant une question qui me hantait : « Est-ce que j’ai bien compris ? L’espace dont vous parlez est tout aussi bien celui qu’il peut y avoir entre vous et moi qu’entre deux pensées ?
- En effet, m’a-t-il répondu. Dans la pratique, l’espace physique et l’espace psychologique ne sont pas distincts. »
Ce fut un éclair décisif. Ma compréhension de la pratique de la méditation s’en est trouvée transformée.

L’espace et l’esprit


Aujourd’hui, je comprends mieux l’aspect révolutionnaire de cette façon de parler de l’espace propre à l’enseignement de la méditation. En Occident, depuis le XVIIe siècle, et en particulier depuis Descartes, nous avons distingué deux ordres de réalité : d’un côté la substance étendue, c’est-à-dire l’espace matériel, et de l’autre la substance pensante, l’esprit. Pour nous, l’espace est mesurable géométriquement, une affaire de mètres carrés, et l’esprit est immatériel et limité au « mental ».
Or l’expérience que nous faisons dans la méditation est exactement contraire à cette conception philosophique : nous découvrons qu’espace et esprit ne sont pas distincts et séparés. L’esprit n’est pas un amas de pensées, il est ouvert et vivant. Il n’y a là rien de magique ni d’ésotérique. Au sommet d’une montagne, votre esprit est spacieux, quand on vous crie dessus votre esprit se referme.


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