Magazine


©
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 26/01/2012
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
    Auteur
Magazine » Entretiens

Le rôle du medium
dans le processus de deuil

Trois questions à Christophe Fauré, psychiatre, spécialisé dans l’accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches.

Quelle utilité peut avoir une consultation chez un médium dans le processus de deuil ?
D’abord, soyons clair, je ne recommande jamais à mes patients d’aller voir un médium. Néanmoins, je constate que les personnes ayant perdu un proche manifestent parfois le besoin d’aller voir quelqu’un qui prétend communiquer avec l’au-delà. Et cela pour diverses raisons : Certains sont juste curieux et se disent « je n’y crois pas mais je veux voir ». D’autres ont la conviction qu’il existe une vie après la mort. Ils veulent alors savoir si le défunt va bien, s’il est à leur côté ou s’il ne leur en veut pas, s’il leur a pardonné quelque chose qui les ferait culpabiliser. Ces patients –qui, bien sûr, m’avouent toujours, après coup, avoir été voir un médium !- me disent soit que cette consultation les a rassurés ou les a apaisés. Soit que cela ne leur a rien apporté mais qu’ils avaient à ce moment-là besoin d’y aller. En tout cas, même si certaines personnes peuvent y avoir trouvé une certaine forme d’apaisement, cela ne va jamais en aucun cas –et j’insiste là-dessus- raccourcir le processus de deuil qui a sa logique propre. Ce processus est une blessure psychique qui va cicatriser avec le temps. Et, pour y parvenir, différentes étapes sont nécessaires. Il ne s’agit pas seulement de soulager sa souffrance mais aussi de réussir à vivre avec cette solitude créée par l’absence de ce proche. Comme la difficulté à renouer des liens sociaux, le manque de partage au quotidien, de projets communs...

Des consultations répétées chez un médium peuvent-elles freiner ce processus ?
Certains ont besoin, pour être rassurés, de contacts réguliers avec un défunt via un médium, par télécommunication instrumentale, par écriture automatique... Le processus de deuil peut ne pas être parasité s’il n’y a pas d’obsession du lien.
Car en effet, certains en viennent à consulter tous les médiums possibles, et sont à l’affût du moindre signe. Cela peut s’avérer très délétère. D’abord parce qu’ils dépensent beaucoup d’énergie pour tenter de rétablir des liens qu’ils ont perdus. Ensuite parce qu’en essayant de pérenniser une relation extérieure -comme si la personne était encore présente-, on bloque le bon déroulement du processus de deuil qui consiste, au contraire, à intérioriser ce lien pour continuer à vivre sa propre vie sans ce proche disparu. La multiplication d’hypothétiques contacts avec un défunt peut clairement empêcher la personne en deuil d’avancer et de réinvestir sa vie. Elle n’est plus ancrée dans la réalité. D’ailleurs, les médiums de qualité refusent cette régularité, et n’acceptent qu’une, voire deux consultations par an au maximum avec une même personne. C’est même, je dirais, un gage d’honnêteté.

Comment désaccoutumer une personne obsédée par ce lien ?
S’il y a contact effectif avec l’au-delà, et si l’au-delà existe, on peut imaginer que les défunts ont autre chose à faire que d’être sans cesse solliciter par la personne en deuil. Cela doit fortement les perturber et empêcher leur développement personnel.
Je prends souvent l’exemple d’un enfant qui va partir étudier à l’autre bout du monde et que sa mère va, toutes les cinq minutes, vouloir contacter par téléphone, par mails, par sms, il sera alors impossible pour l’enfant de vivre sereinement et de grandir.
C’est cette image-là que j’essaie de véhiculer. Si cette obsession perdure, il faudra alors envisager un travail psychologique sur l’attachement.


Mots-clés associés :

NOS SUGGESTIONSArticles