Magazine


©
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 14/04/2012
  • illustration de Audrey Mouge Audrey Mouge
    Auteur
Magazine » Enquêtes

Que devient la conscience
quand le coeur s’arrête ?

Le 17 mars dernier, le footballeur anglais Fabrice Muamba était victime d’un arrêt cardiaque. 78 minutes se sont écoulées entre le moment où il s’est écroulé sur le terrain et celui où il a repris connaissance. Que devient la conscience durant ce laps de temps, quand le cœur s’arrête brusquement ?

Depuis plus de trois siècles, les fondements de la science sont basés sur une approche matérialiste du corps et de l’esprit où pensées, souvenirs, rêves et sensations émaneraient uniquement d’une activité cérébrale mesurable. Lors d’un arrêt cardiaque, l’absence d’afflux sanguin va priver le cerveau d’un apport en glucose et en oxygène, ce qui va entraîner une perte de la fonction neuronale. Si l’on suit la logique de la pensée dominante, aucun souvenir, ni aucune perception n’est alors possible pendant cette cessation d’activité du cœur et du cerveau.
Pourtant, ce modèle théorique auquel les scientifiques se réfèrent depuis la fin du 17ème siècle n’a jamais été véritablement démontré. Aucune preuve directe n’a jamais permis de déterminer si les neurones de notre cerveau produisent ou non l’essence de notre conscience, ni comment ils la produisent. Aujourd’hui, un autre fait marquant est en train de remettre en question ce vieux paradigme : les Expériences de Mort Imminente. C’est-à-dire des souvenirs et des perceptions rapportés par des dizaines de millions de personnes à travers le monde après un coma avancé ou une mort clinique. Aujourd’hui, de plus en plus de scientifiques de renommée internationale évoquent l’existence d’une conscience qui serait délocalisée et ne serait donc pas limitée à notre cerveau. Bruce Greyson, professeur de psychiatrie, directeur de la Division of Perceptual Studies et du département de médecine psychiatrique de l’Université de Virginie aux Etats-Unis, et spécialiste des EMI, partage ce point de vue : « La présence paradoxale d’une conscience aigüe, lucide, et de processus de pensée logique pendant une période d’irrigation insuffisante de cerveau soulève des questions particulièrement embarrassantes pour notre compréhension actuelle de la conscience et de sa relation aux fonctions cérébrales. Comme l’ont conclu des chercheurs, une sensorialité nette et des processus perceptifs complexes pendant une période de mort clinique apparente ébranlent la conception d’une conscience exclusivement localisée dans le cerveau. ».

Selon une étude réalisée par le Dr Pim Van Lommel, médecin cardiologue hollandais de renommée internationale, publiée en 2001 dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, entre 18 et 20% des personnes ayant été victimes d’un arrêt cardiaque disent avoir vécu une Expérience de Mort Imminente. « Cette étude a démontré qu’une conscience lucide, avec des souvenirs et des perceptions, est possible pendant une période d’inconscience, donc indépendamment du cerveau et de l’organisme, explique Pim Van Lommel, auteur du livre Mort ou pas (1). Cette conclusion s’est imposée à partir de preuves incontestables que l’EMI se produit bien pendant la période de mort clinique, et non juste avant ou juste après un arrêt cardiaque. Il s’agit d’une expérience authentique, qui ne peut être attribuée ni à l’imagination du patient, ni à sa peur de la mort, ni à une hallucination, une psychose, des médicaments, ou toutes autres causes physiologiques. C’est le caractère prospectif de ces études de cas qui a permis de le démontrer. Les patients qui m’ont raconté avoir fait une EMI pendant un arrêt cardiaque avaient perçu clairement leur environnement, et le récit qu’ils en faisaient pouvait être clairement vérifié. Si l’hypothèse selon laquelle la conscience et les souvenirs sont localisés dans le cerveau était exacte, il ne pourrait y avoir aucun signe de conscience au moment où le cerveau ne manifeste plus d’activité. Cette situation est considérée dans la plupart des cas comme la mort clinique, un coma ou la mort du cerveau. Mais, comme l’ont démontré les études d’EMI, il existe des exceptions à la règle. Cette découverte nous contraint à reconsidérer la relation entre cerveau et conscience. Car comment pourrait-on jouir d’une conscience exceptionnellement lucide pendant une période d’interruption de toutes les fonctions mesurables du cerveau ? »
Cette étude - la plus importante jamais réalisée sur les Expériences de Mort Imminente - a bouleversé le milieu médical international, car elle démontre que la conscience semble ne plus devoir être limitée au fonctionnement du cerveau.
Où est donc située la conscience si ce n’est pas dans le cerveau, et où va-t-elle pendant une période de mort clinique ?
« Une partie de la conscience pourrait être stockée dans une dimension non-locale, suggère Pim Vam Lommel. Notre cerveau servirait seulement de relais à cette conscience non-locale. Il pourrait être comparé à un poste de télé ou à un smartphone qui reçoit des ondes électromagnétiques et les transforme en images et en sons. Sa fonction pourrait être assimilée à celle d’un émetteur-récepteur. Nous sommes conscients de ces champs seulement quand nous allumons notre télé ou quand nous décrochons notre téléphone. Pourtant la voix que nous entendons, les personnes que nous voyons à l’écran ne se trouvent pas à l’intérieur de l’appareil, ni dans ses composants. Mais grâce à cet appareil-récepteur, l’information des champs électromagnétiques devient perceptible pour nos sens. Ce qui expliquerait pourquoi même quand le fonctionnement du cerveau est gravement compromis, certaines personnes ont toujours des sensations, des souvenirs et des perceptions. ». Pourquoi certaines personnes vivent une EMI, d’autres pas ? Fabrice Muamba aurait-il lui aussi eu ce type d’expérience durant cette période de mort clinique ? Peut-être le révélera-t-il un jour...


(1) Sortie prévue le 16 mai 2012 (édition Interéditions/Inrees).


NOS SUGGESTIONSArticles