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PUBLIÉ LE 12/05/2011
  • Virginie Gomez
    Auteur
Magazine » Air du temps

Rêves lucides au Cinéma

Le terme « rêve lucide » fut introduit en 1913 par le psychiatre hollandais Frederik van Eeden. Il en avait lui-même eut plusieurs centaines qu’il avait répertoriés et classifiés. Les recherches scientifiques se sont poursuivies pour aboutir à la mise en évidence du phénomène en laboratoire dans les années 70. Ces développements sont contemporains de ceux du septième art.

La maîtrise du rêve lucide constitue le thème central de plusieurs films récents dans des registres très différents : la comédie romantique avec The Good Night, l’interrogation philosophique et existentielle avec Waking Life, ou plus récemment le film à suspense avec Inception.

Certains réalisateurs n’hésitent pas à faire référence au rêve lucide comme une source d’inspiration essentielle. Le film fantastique Le labyrinthe de Pan en est issu directement, de même que, dans un tout autre style, la comédie dramatique La Science des Rêves ou encore certaines scènes d’Avatar de James Cameron. Selon le réalisateur à succès, l’humanité ayant le rêve en partage, l’utilisation de l’ambiance des rêves lucides « créerait une connexion entre les spectateurs au-delà des particularismes ».

Les frères Andy et Larry Wachowsky, réalisateurs de la trilogie Matrix, sont-ils aussi des rêveurs lucides comme le suggèrent certaines sources sur le net ? Plusieurs aspects de la matrice semblent inspirés directement du phénomène. Toutefois, les grilles d’interprétation du film sont nombreuses, à tel point qu’elles ont suscité un livre, Matrix Machine Philosophique paru en 2003.

D’autres films ont un sérieux parfum de rêve lucide, même si ce n’est pas leur sujet central. Citons dans cette catégorie eXistenZ et Ouvre les yeux - titre original Abre los ojos - dont la version américaine est intitulée Vanilla Sky.

Certains commentateurs critiques notent que l’univers du rêve lucide au cinéma est souvent mis en scène dans un contexte futuriste regorgeant de haute technologique, alors que l’atteindre, dans sa forme la plus aboutie, nécessite tout au plus… un oreiller !


8 films sur les rêves lucides à voir ou à revoir


Inception (2010) de Christopher Nolan, avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Ken Watanabe : Ce dernier incarne Cobb, un personnage passé maître dans l’art de s’introduire dans les rêves d’autrui et de les manipuler. C’est un architecte des rêves qui se charge de concevoir les décors des opérations. Mais Cobb doit compter avec ses propres obsessions et avec les névroses des rêveurs dont il infiltre les songes. Dans ce film, les potentialités du rêve lucide s’allient à celles de la télépathie. L’univers de Christopher Nolan séduit un large public. Le succès d’Inception a dépassé celui de Dark Night.

The good night (2007) de Jake Paltrow, avec Gwyneth Paltrow, Penélope Cruz et Danny Devito : Gary Sheller est à un tournant de son existence. Sa femme le rend fou, son travail ne le mène nulle part. C’est alors qu’il rencontre Anna, la fille de ses rêves… qu’il ne voit qu’en rêve, justement. Pour continuer de la voir, il décide de maîtriser l’art du rêve lucide. C’est Dany De Vito qui joue le rôle du professeur chargé de lui enseigner ces techniques. Par exemple, Gary Sheller se retrouve à pratiquer des tests de réalité, qui permettent de différencier entre rêve et veille : allumer et éteindre des interrupteurs – car la lumière n’est pas la même en rêve ou en état d’éveil ; ou encore regarder ses mains – car en rêve il arrive qu’elles soient plus longues qu’en réalité, ou encore qu’il manque des doigts.

Waking Life (2001) de Richard Linktaker, avec Julie Delpy, Ethan Hawke, Steven Soderbergh: « Etes-vous un somnambule dans la vie ou au contraire un marcheur bien éveillé dans vos rêves ? » C’est le thème qu’explore ce film d’animation rotoscopique - entièrement tourné avec une caméra numérique et dont les images ont été retravaillées par des artistes en infographie qui ont ajouté sur chacune des lignes et des couleurs. Le héros déambule en état de rêve lucide, et a des échanges philosophiques avec les personnages qu’il rencontre. Il finit par se rendre compte qu’il ne parvient pas à se réveiller.

La science des rêves (2006) de Michel Gondry, avec Gael Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, et Alain Chabat : Lassé d’une vie monotone, Stéphane s’invente une émission de télévision devant des caméras en carton,s. Un jour, il tombe amoureux de sa voisine. Ne sachant comment la séduire, il décide de chercher la solution là où l’imagination est reine… Dans une interview au Guardian en 2007, Michel Gondry a affirmé avoir développé l’art du rêve lucide, y compris la capacité d’ajuster le volume sonore et le focus. « Quand j’ai un rêve lucide, je finis généralement avec la première fille que je peux trouver » dit-il avant de préciser à l’intention du journaliste dubitatif qu’il s’agit d’une relation sexuelle en rêve, expérience volontiers répétée car, précise Michel Gondry , « vous réalisez que personne ne vous regarde. »

Le Labyrinthe de Pan (2006), de Guillermo del Toro, avec Ivana Baquero, Doug Jones et Sergi Lopez : Le réalisateur mexicain de films d’horreur affirme que c’est au cours des rêves lucides de son enfance, particulièrement vivaces, qu’il s’est familiarisé avec les monstres. Le Labyrinthe de Pan met en scène l’une des créatures que le réalisateur dit avoir rencontré à cette époque de sa vie, au cours d’un rêve. Il s’agit d’un faune qui garde l’entrée d’un labyrinthe dans une maison où vit la jeune Ofélia. Le film a obtenu trois oscars en 2007 (photographie, maquillage, direction artistique) qui ont récompensé la qualité de cet univers surréaliste.

Matrix (1999), d’Andy et Larry Wachowsky, avec Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Laurence Fishburne : ce grand classique de science-fiction met en scène un univers virtuel dont les protagonistes, l’immense majorité des êtres humains, sont maintenus dans un sommeil artificiel par des machines qui les exploitent en utilisant leur énergie vitale. Cette réalité virtuelle se nommé « La matrice ». Une poignée d’humains éveillés lutte pour la reconquête de leur liberté. Dans la matrice, ils voyagent en esprit et, comme ils se savent dans une réalité virtuelle, ils peuvent utiliser des capacités qu’ils ne possèdent pas dans la réalité « dure » : voler, faire des sauts de plusieurs centaines de mètres etc… Néo, « l’élu », modèle à volonté la matrice, non s’en s’être entraîné au préalable. Le film a donné lieu à de multiples interprétations, certains le considèrent comme une métaphore parfaite du rêve lucide, voire un manuel d’entraînement.

eXistenZ (1999), de David Cronenberg, avec Jude Law, Jennifer Jason Leigh : Dans un futur proche, les joueurs de jeu vidéo sont reliés ensemble à un monde virtuel grâce à une console appelée Pod. La démonstration du dernier jeu créé par Allegra Geller tourne mal avec l’intervention d’un groupe de « Réalistes », opposés à cet univers virtuel. Le thème du film n’est pas le rêve lucide en soi, mais il existe une forte parenté, dans la mesure où la conscience éveillée est convoquée dans l’univers du jeu, qui prend peu à peu force de réalité. C’est sur cette ambiguïté que repose le dénouement du film qui s’achève sur cette phrase : « Sommes-nous encore dans le jeu ? » Notons que dans deux épisodes de la saison 3 de la série Alias, David Cronenberg fait une apparition remarquée en docteur excentrique qui tente d’aider l’héroïne à retrouver ses souvenirs perdus grâce à un cocktail de drogues destinées à la mettre en état de rêve lucide.

Ouvre les yeux (1997), d’Alejandro Amenabar, avec Eduardo Noriega et Penélope Cruz : César était riche et beau, il venait de trouver l’amour de sa vie en la personne de Sofia. Tout bascule lorsque son ex petite amie Nuria, provoque un accident de voiture. Elle meurt, et César est horriblement défiguré. Une opération de chirurgie esthétique lui rend son ancienne apparence. Mais les hallucinations commencent à se succéder et sa vie devient un cauchemar. Un remake, Vanilla Sky avec Tom Cruise et, de nouveau, Penélope Cruz, est sorti en 2001. A moins de dévoiler le pot-aux-roses, il nous est difficile ici de vous expliquer en quoi ce film traite du rêve lucide. Disons que conscience en éveil et conscience en rêve sont au coeur de l’intrigue.


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