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PUBLIÉ LE 18/06/2010
  • Olivier Piazza
    Auteur

LE LIVRE À LIRE

La mort n'est pas une terre étrangère

Stéphane Allix
Albin Michel
Magazine » Air du temps

Savoir ne suffit pas

Jeudi 12 Novembre 2009 se tenait à l'INREES une conférence consacrée au livre-témoignage de Stéphane Allix : La mort n'est pas une terre étrangère. Au cours de la soirée, comme dans son livre, le Président de l'INREES a raconté le long cheminement personnel qu'il a parcouru suite au décès de son frère Thomas, survenu lors d'un accident de la route en Afghanistan, et qui l'a conduit à fonder l'INREES.

La projection du documentaire Afghanistan : un autre regard, réalisé par Stéphane Allix alors qu'il dirigeait l'Antenne des Explorateurs français à Kaboul, campe le décor du drame. Le 12 avril 2001, arrivant sur les lieux de l'accident, Stéphane trouve les corps inanimés de son frère et d'un ami, Vadim, participant à l'expédition. Dans cet état de trouble et de confusion intenses, il ressent le besoin de leur parler, tout en regardant au-dessus de leurs corps. « Ne vous inquiétez pas, vous êtes morts ». Il se charge ensuite de la préparation des corps et de leur rapatriement en France. Suite à ce traumatisme, des questions le hantent. Où est Thomas ? Est-il dans le néant ou bien y a-t-il une vie après la mort ? n'étant d'aucune confession religieuse, aucune croyance éclairante ou à défaut apaisante ne lui vient en aide. Il décide alors de se lancer dans une vaste investigation.

Tête de mule, tel qu'il se définit lui-même, il part à la recherche de preuves et se tourne naturellement vers la science, la rationalité étant finalement devenue la religion par défaut des occidentaux. Sa quête le mène vers des récits d'expérience de mort imminente (EMI ou NDE en anglais). Il lit beaucoup, rencontre des expérienceurs et des scientifiques américains spécialistes de ces sujets. c'est alors qu'il découvre le cas stupéfiant de Pam Reynolds, une américaine qui subit une opération de réduction d'un anévrisme cérébral selon un protocole très particulier : la circulation extracorporelle. Son sang est dérivé de son corps, pour permettre une intervention sur le cerveau. Sa température corporelle est abaissée à 15°C pour éviter des processus de dégradation tissulaire. Pendant toute l'intervention, son activité cérébrale, parfaitement monitorée, est nulle. Ses yeux sont fermés et bandés pour protéger ses cornées du dessèchement, un son assourdissant est diffusé dans ses oreilles pour mesurer la moindre réaction cérébrale. Après son réveil, Pam Reynolds décrit très précisément des éléments ou anecdotes concernant sa propre opération qu'elle a perçu lors de son intervention : forme d'appareils de chirurgie extrêmement rares, musique diffusée lors de l'opération, évanouissement d'une infirmière... sans le moindre battement cardiaque, ou la moindre onde d'activité cérébrale pendant une heure !

La conscience semble donc être autre chose que des ondes électriques cérébrales... Les E.M.I sont-elles le début du processus de mort que traverse chaque homme lors de sa mort ou bien sont-elles des épiphénomènes ? A ces questions, la science n'apporte pas de réponse. c'est l'impasse. Stéphane Allix donne alors à sa recherche une nouvelle orientation. Sur les conseils du Père François Brune, il décide d'aller à la rencontre d'un médium : Henry Vignaud.

Armé de scepticisme et sans donner le moindre détail sur son identité, il n'offre au medium pour seule information qu'une photo de son frère. Là, les descriptions s'enchainent, l'accident, les circonstances, la personnalité de Thomas, le fait que ce soit son frère, qu'il ait été chauve au moment de l'accident alors qu'il ne l'était pas sur la photo... Curieux, secoué même par cette expérience, Stéphane rencontre d'autres mediums, triés sur le volet, et obtient des informations aussi surprenantes et qualitatives. Toutes ces informations aussi justes, sans le moindre renseignement ou la plus petite suggestion donnée, Stéphane est troublé, mais sa tête de mule ne se satisfait pas de ces premières réponses. Sa soif d'exigence et d'absolu le pousse à monter un protocole de test. Il propose à quatre mediums d'y participer. Ils acceptent. Dans ce protocole, les mediums ne voient pas la personne qui vient consulter. Ils sont séparés par une cloison. Ils ne leur adresse pas non plus la parole, c'est Stéphane qui se chargera de répondre par Oui ou par Non, selon les signes de la tête du consultant. A nouveau, les séances se suivent et révèlent des informations incroyablement précises, justes. Lorsque le consultant change, les descriptions des mediums s'adaptent immédiatement, avec pertinence. Dans plusieurs cas, des informations livrées par le medium ne sont même pas connues de la personne présente. Ce n'est qu'après vérification auprès de tierces personnes que la confirmation de véracité survient. Ces cas éloignent assez radicalement l'idée d'un éventuel processus télépathique entre le medium et le consultant. Les mediums communiqueraient-ils effectivement avec les morts ?

Alors s'amorce un nouveau virage. Si les medium y arrivent, peut-être est-il possible de pénétrer dans le monde des morts pour y voir à nouveau Thomas, se dit Stéphane. c'est l'heure de la rencontre avec la « liane des morts », l'Ayahuasca, dans la forêt amazonienne. Sous la conduite d'un chamane de grande qualité, recommandé par son ami Jan Kounen, Stéphane Allix expérimente le breuvage, en souffrance. l'expérience est douloureuse, atroce. Stéphane est sur le point d'abandonner. Il tient bon, provoque la plante au-delà des limites en lui demandant de voir la mort. Il se sent alors partir, ressent ses organes l'abandonner un à un. Ce n'est que par l'intervention du chamane qu'il revient et voit Thomas, à ses côtés... Sceptique, il n'y croit pas, jusqu'à ce que sa compagne, présente également ce soir là, lui décrive la même vision, la position de son frère, son attitude, en tous points conformes.

Dernière étape du voyage, Stéphane Allix s'oriente vers le bouddhisme tibétain et son trésor, le Bardo Thodol, véritable guide pratique pour accompagner les morts. Stéphane comprend alors qu'il est parfois le joiuet de ses émotions. Ce thème sera approfondi par Fabrice Midal, philosophe et bouddhiste, lors de la prochaine conférence de l'INREES, le 17 décembre prochain.

Alors, doucement, lentement, Stéphane Allix accepte de lâcher prise et enterre sa tête de mule. En acceptant de s'ouvrir à ses propres expériences, d'accorder de la valeur à leur subjectivité, la transmutation opère, il ressent la libération. Notre société occidentale a dissocié notre corps de notre raison. c'est en reconnectant ces deux faces d'une seule et même pièce, en apprenant à intégrer ses propres expériences et leurs significations que l'on développe une personnalité plus riche et ouverte, en paix avec soi-même. Ce très beau témoignage, intime et pudique à la fois, apportera beaucoup de réconfort et d'espoir à ceux qui ne se relèvent pas de la perte d'un être cher, mais sa contribution ne s'arrête pas là. Il est tout aussi précieux pour les explorateurs des frontières de la conscience, dont les mystères sont parmi les plus étonnants défis que l'homme n'a qu'à peine commencé à effleurer. c'est l'une des missions de l'INREES que de préparer les mentalités à ce prochain voyage.


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