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PUBLIÉ LE 23/10/2011
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La science d’aujourd’hui,
le paranormal d’hier ?

Le célèbre écrivain Didier Van Cauwelaert aime sortir des sentiers battus et rôder aux limites de la science. S’interrogeant sur les raisons amenant notre société à rejeter tout ce qu’elle ne peut expliquer, il nous invite à plus d’ouverture et de curiosité.

Si le paranormal avait révolutionné la connaissance, ça se saurait. Il n’y a qu’à regarder où en est la connaissance du paranormal, toujours aussi dénaturée, faussée, occultée, quelles qu’en soient les causes : peur, méfiance, rejet sincère ou censure « protectrice » des rationalistes. C’est toujours le même débat qui est ressassé dans les médias : « Est-ce que ça existe ou pas ? », ce qui est aussi enrichissant que de se demander si l’homme est mortel ou non. Le fait est largement démontré, mais on préfère revenir sans cesse sur la « vraisemblance » au lieu de s’interroger sur le sens. Ou sur l’histoire des sciences.

Au XVe siècle, on brûla comme sorcière une femme prétendant qu’on pouvait recréer de nuit dans une pièce la clarté du soleil, par un « courant de lumière » invisible. Or l’électricité existait. Mais on n’avait pas encore inventé les fils, l’ampoule et l’interrupteur. La science d’aujourd’hui, c’est le paranormal d’hier. Si l’on regroupe sous cette appellation incontrôlée tout ce qui échappe à la raison « pure », aux modèles préétablis et aux conseils de l’Ordre, combien de connaissances à présent communément admises nous sont arrivées par un canal paranormal ? Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Pasteur, Edison, Fleming, Einstein, Yves Rocard, Régis Dutheil, Olivier Costa de Beauregard, Jacques Benveniste étaient-ils des « normaux », des « bien vus », de dociles adeptes de la déduction logique et des canons rationalistes ?

A un moment ou à un autre, ils ont tous été décriés, discrédités, condamnés parce qu’ils avaient trouvé, ce qui depuis bien longtemps est considéré comme incompatible avec l’état de chercheur. C’est pourquoi l’intuition scientifique, l’accès soudain ou méthodique à un niveau de connaissance inédit, est toujours le fait de marginaux, de solitaires incompris, d’esprits curieux et vigilants qui refusent l’idée qu’un iceberg soit résumable à sa partie visible. Et je pense même que l’hostilité ambiante des gens « normaux » est souvent un excellent stimulant pour ces intelligences rebelles. C’est d’ailleurs en cela que les gardes-chiourmes de la raison officielle ont leur utilité. Mais il ne faut pas dépasser la mesure.

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi pratiquer avec tant de bonne foi le terrorisme rationaliste ? Pourquoi les détenteurs de la vérité cartésienne s’énervent-ils toujours dans les débats, pourquoi qualifient-ils a priori de naïfs, d’hallucinés ou de menteurs les témoins, victimes ou bénéficiaires de phénomènes inexpliqués (miracles, apparitions, OVNI, N.D.E, médiumnité, transcommunication…) ? Pourquoi essaient-ils de nous faire croire qu’il y a réponse à tout ? Par crainte de la manipulation des consciences ? Pour nous protéger des sectes ? C’est très bien – sauf que les sectes se portent de mieux en mieux, toujours prêtes à accueillir à bras ouverts les victimes d’événements paranormaux, diabolisées, ridiculisées par les rationalistes. Pour éviter que l’inexplicable ne nous ramène à l’obscurantisme ? Curieux raisonnement qui revient à dire que tout ce qui nous dépasse nous diminue. Or nous vivons dans un miracle constant, au sens non pas religieux mais étymologique : « source d’étonnement ». Il suffit de savoir que l’homéostasie, la stabilisation des constantes physiologiques, est toujours la même, que le rapport oxygène/hydrogène qui nous permet de respirer ne varie jamais, quels que soient les facteurs climatiques, les accidents volcaniques, chimiques ou nucléaires. Des savants m’assurent que s’il variait d’un point, la vie serait impossible sur terre, tout brûlerait. Mais qui est le gardien de cet équilibre ? La « nature » ? L’évolution ? L’autorégulation de la planète ? Les bactéries qui ont inventé la photosynthèse ? J’aimerais bien que les rationalistes s’expriment sur ce point, mais c’est moins confortable évidemment que de se gausser des gens qui déclarent entendre des hertzienne varie, et que des sons nouveaux apparaissent puis disparaissent – comme s’il s’agissait d’une matière « vivante ». Pour autant, et Dieu merci, nous n’avons pas la preuve objective que ces phénomènes sont imputables à l’au-delà. Un laboratoire de Toronto a démontré que des médiums et des scientifiques pouvaient se concentrer suffisamment pour imprimer sur bande magnétique les mots auxquels ils pensaient. Et les rationalistes de fêter cette victoire de la raison. C’est dire où ils en sont.

Mais je ne suis ni un scientifique ni un obsédé du surnaturel. Je m’intéresse, c’est tout. Aux énigmes qui nous entourent comme aux êtres humains qui les subissent, les affrontent, essaient de les comprendre. Et, si l’on me demande des exemples, les phénomènes paranormaux qui m’impressionnent le plus ne sont pas les observations d’OVNI, les voix venues d’ailleurs ou les apparitions de fantômes, mais l’intelligence, la création artistique et l’imposture sexuelle chez l’orchidée.

L’intelligence, d’abord. On oublie trop souvent qu’elle partage la même étymologie que le mot « religion ». C’est la capacité à reconnaître les liens entre les êtres, le monde, les choses, et à en créer de nouveaux. Or on peut disséquer tous les cerveaux du monde, isoler les facteurs génétiques, établir des cartes précises sur les zones où siègent la mémoire, la parole, le rêve, le mensonge, la volonté de pouvoir ou le besoin d’être aimé, on n’expliquera jamais rationnellement pourquoi, chez certains, cette organisation débouche sur l’intelligence et, chez d’autres, sur la bêtise. « Alors, où est l’âme ? », persiflait d’un air victorieux un des premiers spécialistes du cerveau cartographié. On peut lancer la même question au sujet de l’intelligence, qu’on définisse ce mot comme Valéry par « l’adaptation au réel », ou par le refus de s’en contenter. Semblable à l’électron toujours invisible, on ne peut vraiment connaître et apprécier l’intelligence que par les effets qu’elle exerce sur son environnement. Bien sûr, nous avons appris qu’elle fonctionnait par connections neuronales. Mais, pour donner de la lumière, la connaissance du courant électrique ne suffit pas à remplacer l’interrupteur ni l’ampoule. Quant à l’inspiration créatrice, ce chemin détourné, imprévu qui mène à l’émotion artistique, on ne peut la réduire à aucune explication : il suffit de voir le résultat quand on veut en faire un itinéraire balisé, quand on tente de reproduire artificiellement ces forces mystérieuses de l’imaginaire qui transcendent l’analyse et le savoir-faire. Que les totalitarismes entreprennent de créer un art « officiel », ou que les artistes eux-mêmes décident de s’enfermer dans un système dogmatique, au service d’une pensée unique, la création meurt quand on la « normalise », quand on lui refuse la liberté de l’inexplicable. L’art n’est qu’une synthèse nécessaire et fragile entre la technique et le mystère. Vouloir le réduire à l’un des deux n’est qu’un facteur de stérilité.

Un mot de l’orchidée, pour finir. Sa survie est une insulte à la raison. Souffrant d’exclusion de la part des abeilles qui n’aiment pas son pollen, et incapable de se fabriquer des graines toute seule parce que son pistil est trop loin de ses pollinies, elle aurait dû logiquement disparaître depuis longtemps, si elle n’avait eu recours à un stratagème particulièrement retors, mis en évidence par Rémy Chauvin et Jean-Marie Pelt : fabriquer une substance odorante, identique à celle que certaines guêpes femelles utilisent pour attirer leur mâle. Celui-ci se met alors à forniquer dans la fleur en détachant ainsi, à son insu, le pollen qui va se coller sur le pistil. Mais n’employons pas le mot de paranormal ; ça froisse trop de gens et ça mettrait en danger l’orchidée. Continuons à parler de « loi de la nature », et tout ira pour le mieux dans le plus intelligent des mondes.


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