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PUBLIÉ LE 05/06/2014
Magazine » Air du temps

Se téléporter...

Téléportation : la science fiction pourrait devenir réalité. Faire voyager une information de manière instantanée, défier les lois de la physique classique, c’est ce que des chercheurs néerlandais ont réussi à accomplir. C’est un premier pas vers des performances que l’on pensait inconcevables.

L’équipe du Kavli Institute of Nanoscience de l’université de Delft aux Pays-Bas a réussi à téléporter l’information contenue dans un bit quantique vers un autre bit quantique se trouvant à 3 mètres de là, sans que l’information ne voyage à travers l’espace. Par où est-elle passée ? Par l’intrication quantique. En effet, les chercheurs ont utilisé le phénomène de l’enchevêtrement mis en avant par la théorie quantique il y a de cela plus d’un siècle. « L’enchevêtrement est certainement la conséquence la plus étrange et la plus fascinante des lois de la mécanique quantique, avance le Pr Ronald Hanson, responsable des recherches. Quand deux particules sont intriquées, leurs identités se fondent, leur état collectif est déterminé mais l’individualité des deux particules a disparu. Les particules intriquées se comportent comme une chose, même si elles sont séparées d’une longue distance ». Donc en agissant sur l’une d’entre elles, vous agissez de manière immédiate sur l’autre, sans que l’information n’ait besoin de voyager dans l’espace qui les sépare. Mystère peut-être, mais réalité aujourd’hui.

Utilisant des diamants, car ils fournissent des sortes de « mini-prisons pour électrons », l’équipe néerlandaise est la première à avoir réussi une telle téléportation d’information « garantie à 100% », précise le Pr Hanson. Ce développement est une étape importante vers la constitution d’une sorte d’internet quantique. Déjà capables de résoudre des problèmes que nos ordinateurs les plus puissants n’appréhendent même pas, les ordinateurs quantiques pourront, en plus de cela, être connectés entre eux par ce procédé immédiat. C’est ainsi une rapidité inimaginable de calcul au cœur d’un réseau de communication instantanée qui va bientôt s’offrir à nous. Nous rattrapons le temps. L’intrication quantique suggérant que l'information passe même lorsque les deux particules enchevêtrées sont chacune à des distances insondables, nous allons potentiellement faire fi de l’espace. Ce procédé insolent sera de plus totalement sécurisé. N’utilisant pas de chemin connu et traçable, l’information ne peut être interceptée et épiée.

Est-ce un premier pas vers la téléportation d’êtres vivants ? Certains chercheurs pensent que si nous partons du fait que tout dans notre monde est information, nous pourrons encoder le génome d’un être vivant, le téléporter, et par exemple reconstituer un être humain à l’autre bout de l’univers. Ce serait une sorte de téléportation. « Notre meilleur pari pour l’exploration de l’espace pourrait être d’imprimer organiquement des humains sur une autre planète », avance Adam Stelzner, un ingénieur en chef du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. A l’heure d’aujourd’hui nous ne sommes pas capables de faire cela mais « nous n’avons que 50 ans de recherche sur l’ADN derrière nous, dans 5000 ans nous penserons probablement que c’est du gâteau », souligne Gary Ruvkun, un biologiste de Harvard.

Cela pose toutefois des questions essentielles. Est-il possible de numériser la conscience humaine ? Si certains considèrent la matière dont nous sommes faits comme de l’information déchiffrable, il est moins sûr que la conscience qui nous habite soit réellement issue de notre cerveau et donc encodée dans sa structure physique. Réapparaîtra-t-elle lorsque nous aurons éventuellement reconstitué notre corps dans une autre galaxie ? Rien n’est moins sûr. Nous pourrions avoir une copie de notre cerveau, mais pas de notre conscience. Par contre si la conscience est perçue comme étant détachée du corps, elle pourrait être vue comme un programme radio ou télé lancé dans l’univers et pouvant être capté par de nombreuses antennes. Pourrait-elle alors être lue par deux corps en même temps et être un agent d’intrication entre les deux ? La recherche continue.


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