Magazine


© Jean-Romain Pac
+ Déjà dans mes favoris
+ Ajouter aux favoris

PUBLIÉ LE 21/01/2013
  • Virginie Gomez
    Auteur
Magazine » EXPLO+

Stanislav Grof :
Le psychiatre aux mille visions

Ses découvertes, qui révolutionnent les concepts de la psychiatrie officielle, sont porteuses d’une vision plus vaste de la psyché humaine.

« Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir »... Ce vers d’Arthur Rimbaud, extrait du Bateau ivre, résume Stanislav Grof. Plus encore que son intense attention à l’autre, c’est son regard qui capte l’interlocuteur. Semblent s’y refléter « des lichens de soleil », souvenirs peut-être de ses innombrables voyages dans les profondeurs de la psyché humaine. À 81 ans, il affirme avoir conduit plus de 4 000 sessions sous psychédéliques et assisté aux séances de 38 000 personnes en respiration holotropique, une méthode que lui et sa femme Christina ont mise au point pour accéder aux états non ordinaires de conscience. De ses expériences et de celles de ses patients, ce médecin tchécoslovaque, pionnier de la psychologie transpersonnelle, a tiré une théorie qui ouvre la voie à une compréhension radicalement différente de l’être humain. Son approche controversée ne l’a pas empêché d’être respecté des milieux académiques : « Quand j’allais à Harvard, je portais un costume et une cravate, des cheveux courts, je n’étais pas un hippie, et je n’ai jamais fait de prosélytisme ni encouragé les rave parties ou la prise de substances : j’ai trop de respect pour leur pouvoir. »
La substance qui changea la vie de Grof, c’est le diéthylamide de l’acide lysergique, plus connu sous le nom de LSD-25. Nous sommes en 1956. Quelques années plus tôt, en s’intoxiquant par inadvertance, le chimiste suisse Albert Hofmann a découvert l’effet du produit sur le cerveau humain. Pour explorer son potentiel, les laboratoires Sandoz en ont expédié des échantillons dans plusieurs hôpitaux et universités. Au département psychiatrique de la faculté de médecine de l’université Charles à Prague, le paquet arrive accompagné d’une lettre qui précise que le LSD peut éventuellement être utilisé par les psychiatres et les psychologues comme un outil leur permettant d’accéder temporairement aux états de psychose de leurs patients. « Cette note devint ma destinée », aime à dire Stanislav Grof.
Pourquoi ressent-il cet intérêt ? Le produit est inconnu, issu d’une série de manipulations à partir d’alcaloïde d’ergot, un médicament destiné aux patients en gériatrie ou en gynécologie. Il est vrai que ses effets inattendus sur la psyché humaine semblent intéressants. « On espérait montrer que le corps produisait une substance similaire et que les maladies n’étaient pas mentales, mais chimiques. C’était le Graal de la psychiatrie. » Mais surtout, à cette époque, Stanislav Grof s’ennuie. Lorsqu’il a découvert L’Introduction à la psychanalyse, de Freud, à l’âge de 18 ans, il a abandonné du jour au lendemain la carrière à laquelle il se destinait, dans le secteur du dessin animé, pour rejoindre la faculté de médecine. Sept ans plus tard, sa passion n’est plus si ardente. Les traitements disponibles à l’époque sont rudimentaires. Quant à la psychanalyse, qu’il poursuivra pourtant jusqu’en 1967, elle lui semble limitée...

L'accès à l'intégralité de l'article est réservé aux abonnés de la famille INREES.

OU

NOS SUGGESTIONSArticles