Il n'y a pas de moment ni de façon idéale de vivre son chagrin. C'est ce que nous explique Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre et thanatologue de renommée internationale, dans son livre Sur le chagrin et le deuil aux éditions Pocket.
Une perte inimaginable, indescriptible, est survenue. Vous êtes profondément meurtri, en proie à une douleur insoutenable.
Tout le monde subit des pertes dans la vie, mais rien ne cause une tristesse et un sentiment de vide plus aigus que la mort d’un être cher. Le monde se fige. Vous savez à quelle heure exactement votre proche a rendu son dernier souffle ; elle est gravée dans votre esprit. Tout autour de vous se déroule au ralenti et prend un aspect irréel. Vous ne comprenez pas que les horloges continuent de tourner alors que pour vous, le temps s’est arrêté.
Vous êtes encore vivant mais vous ne savez pas pourquoi. Une existence différente va commencer, dans laquelle l’être aimé ne sera plus physiquement présent. Personne n’a de mots pour vous réconforter ; ces mots n’existent pas. Vous survivez, même si vous ne savez pas comment, même si vous n’êtes pas sûr d’en avoir le désir.
La perte qui vous a frappé et la douleur qui en résulte vous sont propres, comparables à nul autre deuil. Vos proches vous font peut-être partager leur expérience personnelle ; ils tentent de vous consoler comme ils peuvent, mais votre perte et votre chagrin sont uniques.
A l’approche de la soixantaine, Brian dut se faire amputer d’une jambe. Ce fut pour lui une terrible perte. Au centre de rééducation, en voyant un homme privé de ses deux jambes, il relativisa : il y avait des situations pires que la sienne. Le lendemain, il croisa un patient qui marchait sur ces deux jambes, en s’appuyant sur une canne. De nouveau, il s’apitoya sur son sort, mais engagea la conversation avec ce jeune homme, qui avait été victime d’un accident de voiture. Brian expliqua qu’il avait été amputé à cause d’un diabète. « Vous avez de la chance, lui dit-il. Au moins, vous avez toujours vos deux jambes, vous.
- Certes, répondit le jeune homme à la canne, mais j’ai perdu ma femme dans l’accident. »
Certaines pertes nous paraissent plus ou moins graves que la nôtre, mais toutes sont douloureuses. Vous aviez soixante-dix ans lorsque votre mari est décédé ; d’autres ont été veuves à quarante-huit ans. Vous avez perdu votre père ou votre mère à l’âge de douze ans ; il y a des enfants orphelins à cinq ans, ou à quinze. Chaque perte est personnelle et ne peut être comparée à aucune autre. Vous seul êtes en mesure d’estimer l’ampleur de la vôtre. Personne ne saura jamais ce que vous partagiez avec le disparu, quel vide il a laissé autour de vous. Vous seul savez ce que vous avez perdu. Vous seul savez combien était profonde la relation physique qui vous unissait au défunt.
Nous jouons de nombreux rôles dans la vie : conjoint, parent, enfant, membre de la famille, ami. Vous connaissez le disparu comme personne d’autre ne l’a jamais connu. Un décès touche de nombreuses personnes, mais chacune différemment. Votre deuil est unique, vous devez appréhender la perte d’un point de vue purement personnel, lui accorder le respect et le temps qu’elle mérite à vos yeux.