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© Claude Robillard
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PUBLIÉ LE 09/01/2013
  • redigé par INREES INREES
    La rédaction
Magazine » Air du temps

Surmonter la perte de son animal

Aujourd’hui, le lien existant entre un propriétaire et son animal de compagnie est davantage admis et compris. La perte de celui-ci est désormais considérée comme un véritable deuil. Une nouvelle conscience qui se retrouve dans la pratique des vétérinaires. Devenus les accompagnateurs de fin de vie de ces animaux, leur pédagogie et leur écoute permettent aux propriétaires de mieux vivre la situation.

Trente ans après les faits, Véronique en est encore traumatisée. Elle était venue soutenir sa meilleure amie, qui venait de perdre son chat. « Je tâchais de la consoler. L'animal, empoisonné, reposait sur le carrelage, se souvient-elle. Soudain, mon amie s'est levée, a pris le chat mort et… l'a jeté dans la poubelle. Je ne m'en suis jamais remise. » Choquée, Véronique avoue que cette manière d'agir a sérieusement endommagé le lien qu'elle avait avec son amie. « Traiter ainsi un animal avec qui on a vécu de longues années, c'est inhumain, non ? »
L'attitude expéditive de cette propriétaire envers son chat correspond à une époque révolue: celle où l'on ne prenait pas en compte la profondeur du lien qui peut unir un maître à Médor ou Mistigri. « Pendant longtemps, la question de la condition animale n'a pas suscité grand intérêt en Occident, rappelle la journaliste Karine-Lou Matignon, qui vient de publier le beau livre Enfants et animaux. Des liens en partage (Éditions de La Martinière). L'attachement que l'on pouvait éprouver pour un animal a été souvent jugé sinon indécent ou dérisoire, en tout cas symptomatique d'une époque et d'une société malades, en perte de repères. Dans un tel contexte, il était même difficile de montrer sa peine lors de la mort de son chien ou de son chat. »
Les pays anglo-saxons ont été les premiers à changer la donne, avec la création de groupes de parole pour propriétaires endeuillés * et l'émergence de pet loss therapists, qui accompagnent ceux dont la douleur s'éternise. Internet a aussi ouvert de nouveaux espaces pour toute une population qui ne savait pas où communiquer son chagrin: les cimetières virtuels pour animaux y fleurissent, ainsi que les forums de discussion autour d'un chat ou d'un chien perdu.

Les étapes du deuil


Pour la journaliste Karine-Lou Matignon, pas de doute, il s'agit bien d'un deuil à traverser. « On peut retrouver envers l'animal les réactions typiques en cas de décès d'un humain: attitude de déni à l'annonce de la mort, suivie de colère, puis de culpabilité et enfin d'acceptation… »
Cette nouvelle conscience du deuil des propriétaires est notamment en train de changer le rôle du vétérinaire, devenu un tiers essentiel. « En trente-trois ans de pratique, j'ai vu une grande évolution dans la manière de vivre la fin de vie de son animal de compagnie, témoigne Jean-Pierre Kieffer, vétérinaire en Ile-de-France. Des personnes âgées de plus en plus isolées sont extrêmement attachées à leur animal, des couples sans enfant considèrent leur chien comme “leur bébé”, des ados s'accrochent à ce hamster offert par un parent qui a désormais quitté le domicile familial… Tous ces nouveaux liens ont transformé notre clinique. »
Car le vétérinaire est désormais celui qui accompagne la fin de vie de l'animal, soit que ce dernier, malade ou accidenté, lui ait été confié pour être soigné, soit que des propriétaires lui amènent le corps pour incinération. Consultation particulièrement « sensible », celle où il faut euthanasier l'animal. Tout un protocole et même des rites permettent aux maîtres de vivre au mieux la situation, notamment en exprimant leur culpabilité : « Je les préviens que leur animal va d'abord être anesthésié et ne souffrira pas, explique Jean-Pierre Kieffer. Je les invite à rester un dernier moment seuls avec leur chien ou leur chat, puis je les écoute me parler de lui, de ce qu'il a apporté dans leur foyer et leur vie, car un animal représente pour beaucoup un moment précis de leur existence. Enfin, je leur propose, après rasage de la patte où sera pratiquée l'injection létale, une touffe de poils à emporter chez eux. » Et le vétérinaire de reconnaître qu'il a dû acquérir cette expérience sur le terrain, car la formation dispensée jusque-là ne prévoyait pas la nécessité d'écouter les maîtres éplorés.

Écouter la peine de l'enfant


Auprès des enfants aussi, l'écoute et l'attention s'avèrent essentielles. « Si l'on porte intérêt à la peine de l'enfant en évoquant les bons moments passés avec l'animal de son vivant, les raisons de sa mort, puis en organisant avec lui un petit rituel de deuil, l'épreuve sera alors mieux vécue et la place de l'animal intégrée sous le signe du respect », conseille Karine-Lou Matignon. Un poème, des fleurs, une petite tombe dans le jardin ou des caresses avant de laisser le corps chez le vétérinaire… Pour la journaliste, dans tous les cas et quelle que soit l'espèce animale, l'entourage doit accompagner l'enfant dans cette étape. « Et il faut respecter un temps avant d'envisager l'acquisition d'un autre animal, précise-t-elle, ceci afin de ne pas projeter sur le nouveau compagnon le souvenir du précédent. »
Nouvelle preuve que la singularité de l'animal et la peine provoquée par sa perte sont désormais prises en compte: quelques jours après l'euthanasie, les vétérinaires sont invités à envoyer une lettre de condoléances à ses propriétaires.

Lire l'article sur Le Figaro.fr


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